Les réfugiés de la côte Est quittent peu à peu les salles d’accueil

    vendredi 12 février 2016

    Le 12 décembre dernier, de fortes pluies endommageaient ou détruisaient près d’une centaine de maisons, poussant près de 300 personnes à trouver refuge dans diverses salles omnisports.  Deux mois plus tard, une très grande majorité a quitté la promiscuité de ces salles d’accueil pour retourner dans leur maison ou dans des appartements transitoires.  Pour d’autres, c’est encore la longue attente de la décision de la commission d’attribution des aides en matériaux pour reconstruire, y compris dans les zones rouges.

    “Ce jour-là, j’ai tout perdu, mais j’ai surtout eu peur pour mon fils, qui était dans la maison. Heureusement, mon mari a pu aller le chercher. Aujourd’hui, nous sommes en train de reconstruire une petite cabane et nous attendons les aides en matériaux pour retourner y vivre.”
    Elma n’a pas oublié ce triste 12 décembre qui a complètement changé sa vie. Aujourd’hui, elle songe à pouvoir retourner chez elle, sans que les cris de son bébé ne gênent la communauté de circonstance qui vit depuis désormais deux mois dans la salle de la paroisse protestante de Tiarei.
    Elma était enceinte de huit mois au moment de la catastrophe, elle vivait dans la salle depuis un mois quand les pompiers sont venus la chercher pour lui permettre d’aller accoucher à l’hôpital.
    Depuis, son fils Haunui n’a connu que ce gymnase comme demeure, mais sa maman a envie de “rentrer chez moi. Parce que, ici, en ce moment, même s’il y a de l’entente, il y a des hauts et des bas”. “Ce n’est pas évident d’élever un nouveau-né ici. Certains font comme s’ils étaient chez eux.”
    Elma a déposé son dossier pour bénéficier d’une aide en matériaux et attend la réponse de la commission d’attribution des aides.
    “Je crois qu’il faut s’attendre à rester ici encore trois ou quatre mois. Mais qu’est-ce que tu
    veux dire ? Il faut toujours fa’a’oroma’i.”
    De la patience, Patu et son fils en ont encore. Ils sont dans la salle communale où s’étaient réunis la plupart des membres d’une même famille vivant aux Trois cascades.
    Jusqu’à onze familles s’y sont rassemblées. Depuis, cinq familles ont pu trouver un toit. C’est le cas notamment de cette mamie en insuffisance respiratoire qui a pu être aidée par le Pays pour être logée dans un appartement. Une bonne partie de ses proches en a profité pour se loger avec elle.
    Patu et son fils, eux aussi, attendent désormais l’avis de la commission d’attribution. “C’est juste de la patience”, mais pour eux, même si les dons déterminent encore ce qui finira dans la marmite du soir, ils ont fini par s’habituer à ce mode de vie en communauté.
    “Il n’y a pas de tension, on s’entend très bien ici”, assurent-ils. Les enfants seraient même plus heureux. “Ça va, ils ne comprennent pas trop ce qui se passe. Et ça les arrange parce qu’ils se voient toute la soirée.”

    “Cela ne sera plus pareil”

    James, lui, ne va pas tarder à partir avec sa femme et ses enfants. Il a finalement renoncé à vouloir reconstruire aux Trois cascades pour profiter des aides du Pays et bénéficier d’un fare OPH sur un terrain du Pays.
    “J’ai pris cette décision en pensant plus loin. On ne fait pas construire cette maison pour ma femme et moi, mais pour nos enfants. J’ai peur que ça recommence encore et que
    ça soit encore détruit. J’avais envie de retourner sur notre terre, mais cela ne sera plus
    pareil.”
    Albert a pris la décision inverse. Il est à quelques mètres du site des Trois cascades. Sa maison a été entièrement détruite le 12 décembre dernier.
    S’il dort dans l’une des salles mises à disposition pour les réfugiés, il passe désormais ses journées à reconstruire une petite maison de fortune avec tous les matériaux récupérés aux alentours, aide matérielle ou pas. Il souhaite retrouver son chez lui, sur la terre où il a grandi depuis plus de 25 ans.
    “Durant tout ce temps-là, je n’avais jamais vu la rivière comme ça. J’espère que ça ne reviendra pas. J’ai construit la maison sur des pilotis plus hauts. En même temps, la dernière fois, ce sont surtout les troncs qui ont détruit les maisons”, explique-t-il, fataliste.  
    Mais s’il s’active avec son fils à terminer sa maison en bois, c’est aussi pour quitter au plus vite la salle pour les sinistrés.
    “Ceux qui disent que ça va, ce sont ceux qui dérangent les autres. Ils mettent la musique ou la télé trop fort, ils manquent de respect. Mais c’était la même chose quand ils habitaient dans le quartier.”
    Deux mois après le drame, les tensions qui avaient été mises en sourdine par urgence et nécessité rejaillissent.
    Avec les départs de nombreuses familles, la promiscuité est moindre, mais l’attente, un peu plus longue chaque jour, de trouver une solution de relogement, crée un peu plus de dissensions au sein des derniers sinistrés encore logés dans ces salles d’accueil.

    Florent Collet

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