Les sculpteurs de Ua Pou célèbrent la pierre fleurie

mardi 2 juin 2015

La rarissime pierre fleurie de Ua Pou fait l’admiration des touristes et des passionnés de géologie. Elle est sculptée et taillée par les artisans de l’île depuis une trentaine d’années. Ils vont chercher cette roche, de son véritable nom phonolite à grenats, dans des lieux connus et protégés par eux seuls.
 
Bien qu’elle soit extrêmement dure et difficile à travailler, la pierre fleurie, ke’etu pua, est prisée des sculpteurs de Ua pou dont le savoir-faire ancestral en extrait toute la beauté. Ils taillent, sculptent, polissent la matière pour réaliser des bols, des umete, des tiki, des animaux marins ou encore des pilons, penu. « Il faut créer beaucoup de variétés de pièces pour vendre » explique Jean Kahutai, sculpteur.
Cette pierre fleurie, ils en sont fiers car elle est rare. La phonolite est une  roche magmatique volcanique assez commune mais, accompagné du grenat – qui désigne une famille de minéraux – incrusté à l’intérieur comme des pétales – elle a été identifiée seulement dans quelques endroits dans le monde.
Selon les sites Tahitiheritage et Artoceanien, on ne trouverait cette roche tachetée qu’à Ua Pou et au Brésil. Toutefois, des volcanologues en ont aussi repéré en Éthiopie et dans le Massif Central. Ce qui est certain, c’est que celle de Ua Pou serait la plus belle, d’où les magnifiques sculptures réalisées.
« La vallée de Hohoi est la plus connue pour la pierre fleurie, mais on en trouve dans deux autres vallées habitées, Hakatao et Hakahetau » nous confie par ailleurs un habitant de Ua Pou. Les artisans qui se sont spécialisés dans la taille et la sculpture de la pierre fleurie, gardent jalousement leur « spot » secret. Devenue plus rare sous forme de galets sur les plages, il faut désormais organiser des « chasses aux cailloux » en montagne.
« Certains Marquisiens savent parfaitement où trouver les grosses pièces. Ils exploitent réellement cette pierre seulement depuis une trentaine d’années, depuis qu’ils ont accès aux outils qui permettent de la tailler et la polir » explique Didier Benatar, habitant de Ua Pou passionné par l’histoire des Marquises et guide sur le cargo mixte Aranui.
Une fois à l’atelier, la matière sera façonnée avec dextérité et patience. Les artisans sont unanimes pour reconnaître que c’est une pierre difficile à travailler. En effet, un choc maladroit et la pièce peut éclater. 
L’œuvre achevée sera d’autant plus belle. « Une fois poli, c’est un caillou qui saute aux yeux, différent des autres. Je suis fier de ma petite vallée » résume le sculpteur Jean Kahutai.
 
Sandrine Guyonnet

Retrouvez la pierre fleurie à Ua Pou mais aussi au salon des Marquises salle Aorai Tini Hau à Pirae jusqu’au dimanche 7 juin.

 
 

Georges Kautai, sculpteur

« J’habite dans la vallée de Hohoi. Une petite vallée de 90 habitants. Nous sommes six tailleurs de pierre. Pour ma part, je travaille la pierre fleurie depuis seulement 4 ans. Je me suis lancé pour donner l’exemple, pour dire aux jeunes que le travail est entre leurs mains.
Au début, je ne faisais que des pilons puis, à force d’aller dans les expositions, j’ai amélioré mon savoir-faire.
La pierre n’est pas facile à trouver mais je connais les lieux comme ma poche. J’ai été agriculteur, aujourd’hui, la pierre fleurie, c’est mon gagne-pain. J’évalue le prix de mes pièces en fonction du temps passé avec mes outils. Je vends au centre artisanal et chez moi. Mais il faut produire beaucoup. Avant, au temps de nos papas, on fabriquait uniquement des pilons avec une autre pierre plus facile à travailler. Maintenant, on a les outils pour tailler la pierre fleurie qui est beaucoup plus dure. »
 
 

Teiki, dit le « le sculpteur de Ua Pou »

« Cela fait 14 ans que je taille la pierre fleurie. C’est mon grand-père qui m’a appris et qui m’a laissé ce savoir faire. Mais il n’avait pas conscience de la rareté de cette pierre. Avant, on la trouvait sur la plage mais maintenant, on la trouve dans la brousse. On doit partir à la chasse aux cailloux. J’ai de la chance car la pierre fleurie est sur une terre familiale. Les autres artisans se débrouillent. Je descends à Tahiti de temps en temps notamment pour le salon des Marquises et je présente une quarantaine de pièces. »
 

Jean Kahutai

« Je travaillais au collège puis je me suis lancé, il y a six ans, dans la pierre fleurie après avoir patiemment ramassé pendant des années la matière première. Je ramenais petit à petit des cailloux à la maison. J’ai une grosse réserve. J’utilise pas moins de sept machines. Ma fille et ma femme travaillent avec moi. Il faut créer beaucoup de variétés de pièces pour vendre. Je sais comment travailler et varier les formes et les couleurs. Cette tortue vaut 250 000 francs. »

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