Les usagers de la mer stressent les cétacés

    mardi 25 août 2015

    Une baleine et son baleineau, qui avaient trouvé refuge en fin de semaine dernière dans le lagon de Bora Bora, ont été perturbés par des usagers de la mer. Devenus l’attraction de nombreux plaisanciers, qui n’ont pas respecté les règles d’approche du Code de l’environnement, la mère et son bébé ont été séparés quelques heures, vendredi dernier, et un voilier a failli entrer en collision avec le baleineau, le dimanche. L’association Mata Tohora, mandatée par la direction de l’environnement pour sensibiliser à la protection des mammifères marins, tient à rappeler les règles en vigueur.

    Une baleine et son petit ont créé l’événement, en fin de semaine dernière, dans le lagon de Bora Bora.
    “Ils sont arrivés jeudi dernier. Elle se tournait dans tous les sens, elle jouait avec son petit dans seulement 15 mètres d’eau… C’était tellement mignon”, confie Jean-François Ferrand, dit Fanfan, le président de l’association de prestataires de l’île, Bora Bora activités.
    “Mais du coup, ça a attiré du monde, des bateaux, des voiliers, des zodiacs, des jet-skis. La maman a eu peur avec tous ces bruits et elle est partie en laissant son petit dans la passe. Elle n’est revenue qu’en fin d’après-midi pour le récupérer et ils sont repartis au large. Le lendemain, vendredi dernier, ils sont revenus, et là, on a encore fait la guerre avec les prestataires et les voiliers parce qu’ils vont direct dessus. Et vas-y que je plonge avec, que je nage avec ! Donc on a essayé d’informer, mais ça a énervé certains prestataires parce qu’ils veulent emmener leurs clients à 10 mètres de la baleine et ce n’est pas bon. On a failli avoir des bagarres sur l’eau parce que les gens ne voulaient pas respecter les distances.”
    “On”, c’est Fanfan et le vétérinaire Étienne Zipper, référent à Bora Bora de l’association Mata Tohora, qui sensibilise à la protection des mammifères marins dans l’ensemble de la Polynésie française.
    Cette association est mandatée par la direction de l’environnement pour intervenir et demander aux gens de respecter les distances d’approche afin de ne pas stresser les animaux.
    “Mais ce n’est pas évident de gérer ça auprès de la population…”, souffle Fanfan. La police municipale a d’ailleurs dû intervenir sur l’eau.

    Signalements en préparation

    Si ces deux mammifères étaient la semaine dernière à l’intérieur du lagon, c’est parce que, “pas très loin de la passe de Bora Bora, il y a un trou à thons qui attire en ce moment des requins tigres, qui sont des prédateurs potentiels des baleineaux”, explique Agnès Benet, biologiste marine et présidente de l’association Mata Tohora.
    “La baleine et son petit étaient donc venus se mettre à l’abri.” Pour finalement être embêtés par un autre genre de prédateur : l’humain.
    Pour l’instant, l’association n’a pas encore déposé de plaintes, “parce qu’il nous faut des preuves et des signalements”, poursuit la présidente de Mata Tohora. “Nous sommes donc en train de monter un dossier de signalements sur ce qui s’est passé pendant ces quelques jours, et qu’on remettra, si nécessaire, directement au procureur. Pour l’instant, j’attends le rapport de notre référent sur place. Selon lui, dimanche dernier, c’était plus calme, à part pour un ou deux bateaux. Mais pour ces un ou deux bateaux, c’était quand même très dangereux. Un voilier de 40 mètres, qui reculait au moteur à fond sur les baleines pour prendre des photos et avec un drone pour filmer, s’est arrêté à moins de 10 mètres du baleineau. Si notre équipe n’avait pas été sur place, c’est sûr qu’il y aurait eu un carton. Pour ce cas particulier, je pense qu’on pourra faire quelque chose, parce qu’il ne faut pas que ça recommence, c’est très dangereux.”

    V.H.

    Dans le lagon, laissez les baleines tranquilles !

    La baleine est un mammifère si majestueux et captivant qu’il est tentant de s’en approcher pour mieux apprécier le spectacle, voire de participer à son ballet pour les plus téméraires.
    Mais depuis 2002, l’observation des mammifères marins est réglementée par un Code de l’environnement. Il exige notamment faire route parallèlement au déplacement des animaux et de garder une distance d’observations de 100 mètres en présence de baleineau, 50 mètres pour les baleines adultes et 30 mètres pour les dauphins.
    Mais surtout, si les baleines entrent ou sont dans le lagon, il faut stopper l’observation et prévenir la direction de l’environnement ou l’association Mata Tohora.
    “Quand ces animaux entrent dans un lagon, c’est pour se mettre à l’abri des prédateurs”, explique Agnès Benet, biologiste marine et présidente de l’association Mata Tohora. “La baleine entre avec son baleineau pour le protéger des requins, des orques ou des autres mâles qui peuvent l’agresser. Quand ils sont dans le lagon, c’est très étroit, il y a des patates coralliennes, beaucoup moins de profondeur qu’en mer, donc leurs déplacements doivent être contrôlés. S’ils sont perturbés et stressés par des bateaux, ils peuvent vite se blesser. Ça s’est déjà vu sur Tahiti où les baleines étaient pourchassées par des bateaux. Elles se sont réfugiées entre des patates, ensuite c’était compliqué pour qu’elles ressortent. Si elles ne sont pas poursuivies, qu’on les laisse tranquilles, elles vont se reposer, se mettre à l’abri, et ressortir comme elles sont entrées. Il ne faut surtout pas les remettre à l’extérieur parce que c’est les exposer au danger qu’elles ont voulu éviter. Pour ne pas les stresser, il faut rester à un minimum de 100 mètres de distance, et au mieux 300 mètres.”
    Les auteurs d’infractions aux dispositions du Code de l’environnement encourent une peine d’emprisonnement de trois mois au moins et un an au plus et/ou une amende de 100 000 F à 980 000 F, mais aussi la saisie immédiate des navires, moyens de transport (…) ou tout autre outil ayant aidé à l’accomplissement des infractions.

    L’association Mata Tohora

    L’esprit de Mata Tohora est de fédérer tous les passionnés de mammifères marins, amateurs ou professionnels. Basée à Tahiti, Mata Tohora est une association polynésienne à buts scientifique et pédagogique. Elle a pour objectif la conservation des mammifères marins et la protection de leur habitat par l’étude et la communication. L’association a d’ailleurs été mandatée par la direction de l’environnement pour intervenir sur site et demander aux gens de respecter les distances d’approche des cétacés.
    Mata Tohora propose également plusieurs activités et événements tout au long de l’année sur l’ensemble de la Polynésie française : études, stages, conférences, formations d’écovolontaires, sensibilisation dans les écoles, etc.

    Didier 2015-08-25 20:31:00
    Ok avec tout ça et bon courage et persévérance .
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