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“Que l’État reconnaisse vraiment le fait nucléaire”

mercredi 3 juillet 2019

Plus de 1 000 personnes se sont mobilisées, hier, pour commémorer le 2 juillet, jour anniversaire du premier essai nucléaire. C’était en 1966, Aldébaran. Photo : Yan Roy

Plus de 1 000 personnes se sont mobilisées, hier, pour commémorer le 2 juillet, jour anniversaire du premier essai nucléaire. C’était en 1966, Aldébaran. (Photo : Yan Roy)

 

L’Église protestante ma’ohi et les associations Moruroa e tatou et 193 sont descendues hier, mardi, dans la rue pour commémorer l’anniversaire du premier tir atmosphérique nucléaire en Polynésie française, Aldébaran. Elles souhaitent interpeller l’État sur une véritable reconnaissance du fait nucléaire et tirent à boulets rouges sur la nouvelle mouture de la loi Morin.

Le 2 juillet 1966, le premier essai nucléaire, nommé Aldébaran, avait lieu sur l’atoll de Moruroa. Le premier d’une longue série d’expérimentations aériennes, puis souterraines qui ne prendra fin, définitivement, qu’en 1996. Au total, 193 tirs.

Cette date du 2 juillet deviendra-t-elle un jour férié, au fenua ? La demande a été faite hier matin par une délégation menée par le président de l’Église protestante ma’ohi (EPM), Taaroanui Maraea, lors d’un entretien avec le gouvernement, représenté par le ministre de la Culture et de l’Environnement, à la présidence.

Au cours de cet échange, la délégation, composée de membres des associations Moruroa e tatou et 193, a également dit à l’exécutif la nécessité d’une “vraie prise en compte de la situation des victimes des essais”.

Hier, pour commémorer ce 2 juillet, plus de mille personnes se sont réunies à Papeete. À l’appel de l’EPM et de l’association Moruroa e tatou (émanation de l’EPM), deux groupes se sont formés tôt. Des fidèles des circonscriptions des côtes est et ouest, et de Moorea, se sont retrouvés en deux points : l’un au stade Bambridge, l’autre dans les jardins de la mairie de Papeete.

Aux alentours de huit heures, les uns et les autres se sont mis en marche. Direction Tarahoi. Sur place, l’association 193 avait déjà pris ses quartiers. Avec quelques dizaines de militants seulement, mais une mise en scène musclée : des affiches noires portant les messages “droit de tuer” et de faux cercueils noirs marqués de croix blanches.

 

Deux associations, deux styles différents

 

Pendant une demi-heure, les deux cortèges de l’EPM-Moruroa e tatou (qui comptait aussi des figures du Tavini, Oscar Temaru en tête) et 193 ont partagé un moment de recueillement. Sit-in sur l’avenue du général de Gaulle, celui qui aura incarné le lancement des essais français.

Un groupe de musiciens de ukulele, des percussionnistes se mettent à accompagner les chants qui viennent de démarrer, et qui résonnent au coeur de la ville.

Puis vient le moment de poursuivre la marche. La foule mobilisée par l’EPM et Moruroa e tatou se rend aux Jardins de Paofai.

Tout y a été mis en place pour poursuivre le recueillement. Trois portraits ont été installés : celui de Roland Oldham, celui de Bruno Barillot et celui de John Doom. Trois figures de l’association. Trois ardents défenseurs de la cause des victimes des essais, aujourd’hui disparus.

L’association 193, elle, va se positionner au monument aux morts, avenue Pouvana’a a Oopa, y transportant les dizaines de faux cercueils. De part et d’autre, les prises de parole se multiplient. La délégation est reçue, comme souhaité, au haut-commissariat, par le secrétaire général et le tavana hau des Tuamotu-Gambier (archipel dont font partie Moruroa et Fangatafau, les deux sites de tir).

Puis à la présidence. C’est le moment du débriefing avec toutes les personnes mobilisées de la matinée. “Cette date du 2 juillet a marqué le destin de ce pays. Les conséquences des essais nucléaires, sur les plans sanitaire et environnemental, ne sont pas quelque chose que l’on peut laisser dans le passé. Cela nous accompagnera sur plusieurs générations. Donc, cette date marque un tournant radical dans notre société, y compris sur les questions économiques et sociales. Pour nous, il est important que cette date soit reconnue et fériée”, insiste le président de l’Église protestante  ma’ohi.

 

Yan Roy

 

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Thierry Tapu, coordinateur de Moruroa e tatou : “Que la France reconnaisse le fait nucléaire et surtout qu’elle indemnise les victimes”.

Thierry TapuQue représente pour vous cette mobilisation du 2 juillet ?

C’est surtout pour la jeunesse. C’est vraiment improbable, leur avenir.

 

Comment leur faire passer le message à ces jeunes, qui n’ont pas connu cette période ?

Nous organisons des conférences dans les paroisses qui nous le demandent. On se déplace, donc, dans les paroisses, dans les mouvements de jeunes, à l’école du dimanche, pour expliquer le fait nucléaire.

 

Les deux associations se sont croisées, ont passé un moment ensemble puis ont pris deux directions différentes. Qu’en pensez-vous ?

Moruroa e tatou se rassemble à Paofai, 193 au monument aux morts. Tant mieux, c’est plus de visibilité.

 

Quelle est la nature de vos relations avec 193 aujourd’hui ? Comment les qualifiez-vous ?

Nous avons de bonnes relations avec 193.

 

Il y a pourtant des échanges peu aimables entre vous, il n’y a pas longtemps…

Moruroa e tatou ne se réunit pas comme 193, qui se réunit toutes les semaines. Nous, nous avons un calendrier, seulement tous les deux-trois mois.

 

Ne vous interrogez-vous pas sur l’importante visibilité médiatique de 193, alors que Moruroa e tatou mène un combat pour les victimes des essais depuis très longtemps ?

Nous n’avons pas cette impression. Moruroa e tatou et 193 travaillent chacun de leur côté, et de temps en temps nous nous rassemblons. Et cette année, nous sommes vraiment contents que les paroisses s’impliquent de plus en plus dans cette célébration du 2 juillet.

 

Quel est le message que vous faites passer à la population en vous mobilisant ainsi ?

C’est avant tout que la France reconnaisse le fait nucléaire et surtout qu’elle indemnise les victimes.

 

Avez-vous fixé une date pour tenir une assemblée générale et désigner un successeur à Roland Oldham ?

Pas encore, nous discutons de cela en comité et avec la commission permanente de l’Église (protestante ma’ohi, NDLR).

 

nucléaire

(© Yan Roy)

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(© Yan Roy)

moruroa e tatou

Pendant une demi-heure, les deux associations, 193 et Moruroa e tatou, se sont recueillies ensemble, avant de poursuivre leurs parcours respectifs. L’une et l’autre étaient membres de la délégation menée par le président de l’Église protestante ma’ohi reçue au haut-commissariat puis à la présidence. Photo : Yan Roy

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L’association 193 avait déposé des dizaines de faux cercueils au monument aux morts, à Papeete. (Photo : Yan Roy)

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