L’exemple du système japonais d’indemnisation

    jeudi 30 juin 2016

    Au Japon, un petit cahier rose permet aux victimes des bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki de ne pas payer leurs consultations médicales, comme l’a expliqué mardi  la chercheuse Furistu Katsumi aux militants de l’association Moruroa e tatou, présidée par Roland Oldham. (Photo : Marie Guitton)

    Au Japon, un petit cahier rose permet aux victimes des bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki de ne pas payer leurs consultations médicales, comme l’a expliqué mardi
    la chercheuse Furistu Katsumi aux militants de l’association Moruroa e tatou, présidée par Roland Oldham. (Photo : Marie Guitton)

    Le cinquantième anniversaire du premier essai nucléaire français en Polynésie sera commémoré samedi 2 juillet.

    Une délégation nippone sera présente aux côtés des associations Moruroa e tatou et 193,  qui réclament toujours une profonde révision de la loi Morin d’indemnisation des victimes.

    L’occasion de se pencher sur le système de réparation mis en place par le Japon à la suite des bombardements de Hiroshima et Nagasaki.

     

    “Ça fait 50 ans de combat.” L’association Moruroa e tatou, emmenée par son président Roland Oldham, prépare depuis des mois la commémoration du premier essai nucléaire français en Polynésie, tiré le 2 juillet 1966 depuis l’atoll de Moruroa.

    Soutenue depuis toujours par l’Église protestante ma’ohi, l’ancienne garde, usée par les années, peut désormais compter sur le collectif 193 du père Auguste, qui marche autour de Tahiti depuis lundi et qui a été accueilli mardi soir par l’Église catholique de Mataiea.

    Esquissant une reconnaissance du fait nucléaire, le président de la République François Hollande avait aussi tenu, le 22 février à Papeete, des propos rassurants, aussi bien sur la création d’un lieu de mémoire des essais que sur l’amélioration du dispositif d’indemnisation des victimes.

    “Il y en a eu, des résultats, concède donc Roland Oldham. Mais pour nous très insuffisants.”
    Si la relève semble assurée pour sauvegarder la mémoire des essais (la pétition du collectif 193 demandant un référendum sur les conséquences des essais a été signée par 42 300 personnes à ce jour, soit 21 % de l’électorat du fenua en 2014), la loi Morin reste une “escroquerie”, un “leurre”, selon les vétérans. Sur 1 024 dossiers reçus par le comité d’indemnisation (Civen) en octobre 2015, seules 19 offres de réparation ont été formulées, dont une partie pour des victimes des essais français en Algérie.

     

    L’exemple du Japon

    “L’État se fout de notre tête. Sa stratégie : laisser mourir petit à petit les anciens travailleurs”, soupire donc le président de Moruroa e tatou, qui réclame inlassablement la suppression de l’alinéa sur les “risques négligeables” dans la loi Morin, qui permet à l’État de refuser d’indemniser les personnes supposément “peu” irradiées. “Hollande a fait des promesses. Mais nous, on veut des actes.”

    Après deux bombes atomiques, des pêcheurs irradiés lors des essais américains à Bikini, et un tsunami dévastateur frappant de plein fouet sa centrale de Fukushima, le Japon pourrait donner à la France quelques idées. Mardi, Akiba Tadatoshi, ancien maire de Hiroshima de 1999 à 2011, et Furistu Katsumi, chercheuse sur les effets des radiations, ont ainsi expliqué aux militants polynésiens les différents systèmes d’indemnisation existant au Pays du Soleil levant (lire ci-dessous).

    La délégation nippone, invitée à participer à la commémoration de ce samedi (voir le programme ci-contre), a également rencontré lundi Édouard Fritch, afin de “sensibiliser” les autorités polynésiennes sur “l’importance d’un suivi médical” des vétérans et de leurs descendants.

    Le président du Pays aurait alors reconnu avoir commis “des erreurs d’appréciation sur le sujet nucléaire”. “Nous avons toujours cru les propos rassurants de l’État sur l’innocuité des essais. Mais la reconnaissance du fait nucléaire par le président de la République française a complètement changé la donne”, aurait-il déclaré, selon un communiqué de la présidence rappelant la volonté du gouvernement de “travailler avec les associations qui ont eu raison”.

    De quoi rassurer Roland Oldham ? “Il est important que les hommes de notre pays, de France, comprennent qu’après cinquante ans de combat, il faudrait qu’il y ait une justice acceptable”, a-t-il simplement remarqué.

    Marie Guitton

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