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L’incroyable evasan d’un enfant du pays

mardi 9 mai 2017

stéphane tuhiva

Le fils de Stéphane, Teariki n’avait pas revu son papa depuis sept ans. Leurs retrouvailles ont été très émouvantes. (© Jennifer Rofès)


Parti il y a sept ans, en métropole, pour y trouver du travail, Stéphane Tuhiva a pu retrouver son pays et les siens, dimanche dernier. Gravement malade, cet homme âgé de 37 ans, a vu ses dernières volontés se réaliser grâce à un immense élan de solidarité. Il est dorénavant pris en charge par le service de pneumologie de l’hôpital de Taaone.

C’est sur une chaise roulante que Stéphane Tuhiva a, à nouveau, foulé le sol polynésien dimanche dernier, dans la soirée. Après sept ans d’absence, c’est avec un sourire apaisé que cet homme de 37 ans, atteint d’un cancer des poumons, a retrouvé son fenua.

“Je suis si heureux”, a-t-il confié au ministre de la Santé, Jacques Raynal, venu l’accueillir avec Maiana Bambridge et Laurence Bonnac Theron, et sans qui rien n’aurait été possible.

En effet, l’histoire de Stéphane Tuhiva n’est pas banale. Originaire des Tuamotu, le jeune homme décide, en 2011, de partir dans l’Hexagone pour y trouver du travail et voir la neige.

Il a alors 30 ans et part en laissant derrière lui sa famille, dont un fils de 10 ans. Stéphane tente sa chance à Lille, où on lui a promis monts et merveilles. Mais sur place les choses ne se passent pas comme prévu. À force de persévérance, le trentenaire décroche quand même un job de jardinier pour une durée de deux ans.

Le contrat terminé, Stéphane n’a pas assez d’argent pour rentrer au pays. Il prend alors la décision de rejoindre le dernier de ses frères, adopté par une famille métropolitaine, alors qu’il était bébé.

“Nous avions gardé le contact. Je lui ai dit que j’allais le rejoindre et chercher du travail par chez lui. Il était content”.

Grâce à un programme d’insertion pour les jeunes chômeurs, Stéphane décroche un petit boulot sur Brioude, en Haute-Loire, auprès d’une association. Ayant du mal à joindre les deux bouts, il loge dans les centres du Samu social.

Un jour de mars, alors qu’il se rend à son travail à pied, faute de véhicule, il se sent essoufflé, fatigué. Il se rend donc chez son médecin traitant, qui l’envoie au centre hospitalier de Brioude. Sur place, les radiologies montrent que Stéphane est atteint d’un cancer des poumons.

À 37 ans, il est alors hospitalisé dans le service de médecine de l’hôpital. “Je ne pensais pas que j’avais une maladie aussi grave. Je pensais que j’avais une maladie et qu’on allait me donner des médicaments pour que ça parte”, explique-t-il.

Quand il comprend que c’est grave, il veut rentrer chez lui. Mais personne ne veut rien entendre. L’assurance-maladie  ne veut pas prendre en charge son rapatriement et les services sociaux ne peuvent rien faire.

Un médecin généraliste de l’hôpital, le docteur Olivier Soula, le prend alors en charge et se prend d’affection pour lui.

 

Le médecin français alerte le gouvernement polynésien

 

Stéphane lui raconte son histoire et lui confie vouloir rentrer mourir chez lui, au fenua : “Même si ça faisait longtemps que j’étais parti, les miens ont toujours été là, dans mon cœur”.

Ne sachant à quel saint se vouer, le médecin prend l’initiative d’envoyer un mail au ministère de la Santé à Tahiti et un mail à la délégation de Polynésie à Paris pour expliquer la situation de Stéphane, considéré comme un sans domicile fixe.

Surpris par ce mail, Jacques Raynal décide d’entrer en contact avec ce généraliste, prêt à accompagner son patient gratuitement jusqu’en Polynésie, pour répondre à ses dernières volontés.

Le ministre, informé de la situation dans laquelle se trouve cet enfant du Pays, décide alors de tout faire pour le ramener en Polynésie. “C’est quelqu’un de chez nous. Il fallait qu’on le ramène”, raconte Jacques Raynal.

C’est alors qu’une grande chaîne de solidarité se met en place. Tout le monde se sent concerné. À Paris, Caroline Tang et Dave Taruoura de la délégation polynésienne entre en contact avec lui.

À Tahiti, la directrice des affaires sociales, Christiane Ah Scha, saisie la commission de secours pour pouvoir débloquer des fonds et organiser ce rapatriement un peu particulier.

“Stéphane est malade. Il a commencé les  séances de chimiothérapie. Il  ne peut voyager qu’entre deux séances. Et il doit être accompagné d’un médecin”, précise le ministre, qui se rapproche alors du chef de service de pneumologie du CHPF, Éric Parrat. Le pneumologue met alors tout en œuvre pour pouvoir accueillir ce patient dans son service, le cas échéant.

La CPS est aussi contactée. Les docteurs, Tuterai Tumahai et Géraldine de Mirtas de la Caisse, prennent alors contact avec Europe assistance Océanie.

L’organisme fait lui aussi un geste. Le coût de l’evasan est nettement réduit et un médecin est mis à disposition pour accompagner le malade jusqu’ici.

Entre-temps, au ministère de la Santé et des Solidarités, la conseillère technique, Tumata Helme et la directrice de cabinet, Maiana Bambridge se chargent des dernières démarches administratives. En trois semaines tout est organisé pour ramener Stéphane Tuhiva au fenua.

“Je suis partie mercredi de Tahiti pour aller le chercher en plein centre de la France, à Brioude”, confie Sophie Champenois, la médecin missionnée par Europe assistance, qui l’a accompagné durant le voyage et l’a conduit à l’hôpital de Taaone après leur arrivée à l’aéroport.

“Ses frères et sœurs l’attendaient sur place. C’était très émouvant”, dit-elle.

Stéphane va désormais continuer son traitement de chimiothérapie à Tahiti et être logé dans une maison médicalisée. 

Jennifer Rofes

 

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