Habillage fond de site

“L’ISPF a relancé de nombreuses enquêtes”

lundi 4 septembre 2017

Fabien Breuilh

Depuis deux ans, “un travail assez colossal a été fait”, assure Fabien Breuilh, le directeur de l’Institut de la Statistique de la Polynésie française (ISPF). (© Marie Guitton)


Il y a tout juste deux ans, Fabien Breuilh prenait la tête de l’Institut de la Statistique de la Polynésie française (ISPF). Dans un entretien à La Dépêche de Tahiti, le nouveau directeur plaidait pour une réorganisation de l’organisme, et une production de chiffres et d’études mieux ciblée. “Un système statistique fort, c’est le témoin d’une démocratie qui fonctionne”, disait-il.

Aujourd’hui, au-delà du recensement, plusieurs opérations se concrétisent : fichier électoral, enquête sur l’emploi, immatriculation des Polynésiens au registre national… Mais de nombreux chantiers sont encore à ouvrir, comme la réforme du cadre légal de l’Institut, qui date de 1976, ou la réalisation d’études de cadrage sur la santé et l’aménagement du territoire.

 

En arrivant à l’Institut de la Statistique de la Polynésie française (ISPF), vous aviez donné l’impression de vouloir relancer la machine… Où en êtes-vous deux ans plus tard ?

Les activités socles, qui entrent dans le cadre organisationnel de l’institut, ont été maintenues et largement enrichies. Un travail assez colossal a été fait. L’ISPF a relancé de nombreuses enquêtes sur la conjoncture, comme les enquêtes annuelles d’entreprise, les enquêtes sectorielles sur le BTP, l’énergie, le commerce…  L’institut a aussi lancé une enquête de  satisfaction touristique, et programme déjà la nouvelle enquête sur les dépenses touristiques avec l’IEOM (Institut d’émission d’outre-mer, NDLR), ça fait déjà pas mal de travail !

Par ailleurs, j’avais souligné la nécessité que les enquêtes structurelles soient réalisées de manière régulière. Il y a le recensement, qui est financé par l’État et n’a jamais posé de problème, mais aussi les enquêtes budget des familles, emploi, logement…, dont il est difficile de se passer sur une longue période parce qu’elles donnent des éléments essentiels à la gestion d’un territoire. Sur ce point, les choses avancent bien : on a finalisé l’enquête sur le budget des familles et obtenu le principe de la mise en place d’une enquête emploi en 2018.

 

À votre arrivée, vous trouviez “totalement anormal” que la dernière ait été réalisée en 1994…

Pour faire de vraies analyses, l’enquête emploi doit être annuelle, comme dans tous les pays développés. L’emploi est une problématique fondamentale puisque tout le fonctionnement économique y est lié. Puis le social, et donc le culturel…

Aujourd’hui, le gouvernement a clairement conscience de l’enjeu. L’autorisation de financement supplémentaire de 90 millions de francs qu’on a obtenue nous permet de lancer l’enquête en 2018-2019. Il reste à traiter la question des années suivantes… Il y a encore beaucoup à faire sur la programmation pluriannuelle des enquêtes structurelles.

 

À chaque nouvelle enquête, l’ISPF aura besoin d’une dotation exceptionnelle ?

À chaque fois que l’on veut aller plus loin que les missions dévolues à l’ISPF en 1976, l’indice des prix ou la gestion des répertoires, par exemple, il faut trouver des financements.

Mais si, avec le Pays, on est d’accord sur les priorités, elles seront inscrites de manière pérenne et le budget de l’Institut devra augmenter. D’où l’importance pour nous de dégager des priorités, de “formaliser des objectifs”, comme l’a souligné la Chambre chambre territoriale des comptes (dans un rapport finalisé l’année dernière, lire encadré, NDLR).

 

Parmi ces objectifs figure aussi une enquête périodique sur le logement…

Oui. Dans les dix dernières années, à défaut de cap stratégique de l’institut, les enquêtes étaient réalisées en fonction des moyens disponibles. Désormais, dans l’objectif d’une programmation pluriannuelle, nous travaillons depuis un an avec l’Institut national d’études démographiques (Ined, NDLR) à la préparation d’une enquête famille-logement prévue en 2020. Si on arrive à démontrer qu’elle est d’intérêt fondamental pour la structuration des politiques publiques, le financement sera plus facile à trouver.

 

Vous souhaitiez également que l’Institut réalise des “évaluations” de politiques publiques ?

Plutôt des analyses techniques, des études d’impact qui accompagneraient avec pragmatisme les projets du Pays. Par exemple : si je faisais un gros hôtel à cet endroit, qu’est-ce que ça rapporterait pour l’emploi et l’économie ?

Ça a été fait sur le spatial en Guyane, ou les ports autonomes dans certaines villes. A À partir de ces investissements, nos instituts sont capables de calculer les effets directs, indirects et induits, jusqu’aux retombées pour les roulottes par exemple.

C’est une compétence que je souhaite initier à l’ISPF. C’est ambitieux car particulièrement technique, mais c’est l’objectif qu’il faut avoir à terme. La statistique est là pour éclairer le débat public de manière compréhensible.

Il faut informer les gens. Bien sûr, les dirigeants pour qu’ils prennent les décisions les plus éclairées, mais également la population pour garantir un débat équitable. La démocratie n’est jamais acquise.

 

L’année dernière, l’ISPF a récupéré la gestion du fichier électoral. Est-ce important ?

Dans l’appareil démocratique, le fichier électoral est la pierre de base. L’ISPF assure désormais, à Tahiti, la gestion du fichier unique des électeurs, ce qui permet de s’assurer par exemple qu’ils ne sont pas inscrits dans deux communes différentes, qu’ils sont toujours en vie, qu’ils n’ont pas perdu leurs droits civiques…

Ce fonctionnement était prévu par la loi depuis plus de dix ans, mais n’avait jamais été mis en place (le contrôle était opéré partiellement depuis Paris, à des milliers de kilomètres des îles polynésiennes, NDLR).

Cette avancée a été permise par un très bon dialogue entre l’État et le Pays.

Nous avons aussi pu ouvrir la porte de l’immatriculation des Polynésiens au répertoire national d’identification des personnes (numéro de sécurité sociale), ce qui était une autre obligation légale. Le protocole d’inscription sera opérationnel vers mars 2018.

 

Cela changera-t-il la prise en charge des Polynésiens dans l’Hexagone ?

Aujourd’hui, quand les étudiants polynésiens arrivent dans l’Hexagone et s’inscrivent à l’université, il faut qu’ils récupèrent un numéro de sécurité sociale. Cette démarche administrative est longue et complexe. En 2018, ils seront déjà immatriculés.

De même, la personne évasanée en métropole sera identifiée immédiatement dans les structures médicales. C’est donc une simplification majeure dans l’accès des Polynésiens aux droits sociaux nationaux. Leurs dossiers ne seront plus traités comme ceux des étrangers, ça va faciliter leur remboursement et la résolution des contentieux entre la Sécu (caisse nationale, NDLR) et la Caisse de prévoyance sociale (CPS polynésienne, NDLR).

 

Vous avez participé récemment au débat public sur la Polynésie en 2050. Du point de vue de la statistique, après les mesures pour l’emploi, deux axes seraient prioritaires pour le développement : l’aménagement du territoire, et la question sanitaire…

La problématique se situe sur l’évolution démographique. Par exemple : la pression démographique sur les îles  du  Vent est- elle tenable ou non ?

À Tahiti, qui est le poumon de la Polynésie, le manque de stratégie globale d’aménagement, handicapée par la situation du foncier, est vraiment problématique. Un littoral inaccessible, un accès aux sites culturels limité, des vallées enclavées, peu de lieux de vie collectifs… Il y a un enjeu profond de société.

Je fonde un espoir sur la démarche du SAGE (Schéma d’aménagement général, NDLR), relancée récemment. L’ISPF est mobilisé pour réaliser le diagnostic et des études de quartiers les plus fines possibles.

 

Et sur la santé ?

Il y a un vrai enjeu à coordonner les statistiques, pour permettre au Pays de disposer des indicateurs les plus pertinents. L’Observatoire de la Santé est resté une coquille vide pendant longtemps. Une dynamique s’installe avec le nouveau ministre, des agents ont été nommés et notre expertise devra les aider à structurer les données, dans la perspective d’améliorer l’accès aux soins.

Qu’il s’agisse de l’obésité, du diabète ou du vieillissement, on attend l’Observatoire pour établir une stratégie. 

 

Propos recueillis par  Marie Guitton

 

 

Capture d’écran 2017-09-04 à 09.23.51

 

 

ISPF

8
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Le Pays a lancé l'opération "plage propre", vous sentez-vous concernés ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete