Livre – “Redonner aux gens de Tai’arapu leur fierté”

    samedi 18 juin 2016

    Professeure d’anglais, Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau a enseigné pendant 20 ans au lycée  de Tai’arapu Nui. Aujourd’hui, retraitée de l’Éducation nationale, elle continue à enseigner l’anglais  à l’Université de la Polynésie française, ainsi que les langues et cultures polynésiennes.

    Professeure d’anglais, Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau a enseigné pendant 20 ans au lycée
    de Tai’arapu Nui. Aujourd’hui, retraitée de l’Éducation nationale, elle continue à enseigner l’anglais
    à l’Université de la Polynésie française, ainsi que les langues et cultures polynésiennes.

    Le tout premier livre de Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau, Fa’ati’a mai ia Tai’arapu, grandeur et déclin  des Teva i Tai, est sorti en librairie, il y a quinze jours. À partir de sources livresques, mais
    également des légendes et des témoignages  des anciens, l’auteure met en lumière l’histoire  de ce bout d’île quelque peu oublié, et redonne  à la Presqu’île sa place de “tête de poisson”  mythique. Pour en savoir plus ou pour débattre avec elle sur le sujet, vous pourrez rencontrer  Josiane, ce matin, à la librairie Odyssey,  et le 25 juin, à la librairie Klima, à Papeete.

     

    Ce livre, Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau n’avait pas prévu de l’écrire. “Ce qui est à l’origine de ce livre, c’est avant tout l’envie de faire connaître cette histoire aux jeunes d’ici”, explique-t-elle. Tout a commencé en 1994, lorsqu’elle revient vivre à Tahiti, après plus de dix ans d’absence du territoire.
    Mutée au lycée de Tai’arapu Nui en 1994, elle se rend compte que ses élèves ne sont pas particulièrement motivés par l’anglais, matière qu’elle enseigne. “Il fallait que je trouve quelque chose pour les motiver à apprendre cette langue. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de leur enseigner l’anglais en leur parlant d’eux. Je me suis dit, si ça ne marche pas, au pire, je leur aurai parlé de leur histoire et, au moins, ils sauront un peu plus d’où ils viennent”, raconte-t-elle.

     
    Petit à petit, elle met le manuel d’anglais de côté et fait étudier à ses jeunes des documents sur l’histoire de Tahiti, écrit en anglais. Après plusieurs années d’enseignement, elle décide de reprendre ses études, à 40 ans, “pour aller encore plus loin, et avoir plus de légitimité pour transmettre mon savoir”, explique-t-elle.
    Elle obtient alors un Master en multiculturalisme et pluralité linguistique dans le Pacifique, à l’Université de Polynésie française. Elle poursuit ensuite ses recherches plus spécifiquement sur l’histoire de la Presqu’île et soutient une thèse en doctorat en 2012, sur le thème : “L’Autre à la Presqu’île de Tai’arapu de Samuel Wallis à Frederic O Bryan (1767- 1921)”.

     
    “Je me suis intéressée à l’ ‘Autre’ anglophone : ces missionnaires, navigateurs, écrivains, artistes… Qui ont mis un pied à la Presqu’île. Quels changements leur présence a-t-elle entraîné à la Presqu’île ? Comment la présence anglaise a modifié le jeu politique, a fait basculer le pouvoir, a bouleversé l’histoire, et comment cette présence nous a enrichis ? Ces visiteurs anglophones ont gardé la mémoire de certaines choses en tenant des journaux qui permettent aujourd’hui de mieux connaître notre histoire. Ce sont ces journaux que j’ai étudiés tout au long de ma carrière avec mes élèves”, raconte Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau.

    Son éloignement,  une révélation

     
    Suite à sa soutenance de thèse, Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau reçoit des propositions de publication et trouve l’idée très bonne, à condition que la publication et l’impression se fassent sur le territoire. Elle confie donc la publication de son livre à Ta’atira’a Parau et l’impression à l’imprimerie Juventin.
    Pour elle, il est important de rendre accessible ses recherches à tous et notamment aux habitants de la Presqu’île. “Je me suis dit qu’il fallait rendre aux gens de Tai’arapu leur histoire, pour leur permettre de retrouver leur fierté. On constate que les jeunes de la Presqu’île sont en recherche de modèle, qu’ils sont assez complexés. Ils n’ont pas l’assurance des jeunes de la ville. Ils se sentent un peu “plouc”. À travers ce livre, je souhaite leur montrer à quel point leur histoire est riche, à quel point leur district était fertile et puissant à une époque. Pour moi, c’est un moyen de les faire se redresser”, explique-t-elle.

     
    Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau est née d’un père Italien et d’une maman Tahitienne.
    La Presqu’île, elle connaît bien, puisqu’une partie de sa famille est originaire de Tautira. Interne au lycée Paul-Gauguin, elle a toujours aimé les études, qui étaient aussi pour elle, à l’époque, un moyen de “ne pas rester dans le fa’a’apu”, raconte-t-elle.
    À 18 ans, curieuse de découvrir le monde, elle part, le bac en poche, poursuivre ses études en métropole, dans la ville de Nice. Six années très difficiles, loin de sa famille. Elle saisit ensuite l’opportunité d’enseigner le français à l’Université de Cork, en Irlande, une expérience révélatrice pour elle. Elle décide alors de se lancer dans une carrière de professeure et passe le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du secondaire (Capes), avant de revenir à Tahiti en 1994. Elle s’installe alors avec sa famille à ‘Afa’ahiti, pour retrouver l’atmosphère de district qu’elle avait eu gamine au fenua. Elle se passionne alors pour ce “bout d’île” quelque peu oublié, pour le plus grand bonheur de ses élèves et aujourd’hui d’un plus grand public. K

     

    É.P.

     

    Résumé du livre

    Le 19 juin 1767, le Dolphin, commandé par le capitaine anglais Samuel Wallis, arrive à Tautira, à la Presqu’île de Tahiti, mais ne s’y attarde pas… C’est le début d’une ère nouvelle marquée par des transformations radicales de la société traditionnelle tahitienne, de son organisation, de ses croyances.
    Les Anglais préfèrent le mouillage de Matavai à celui de Tautira et soutiennent le ari’i Pomare du district de Pare ; les autres chefferies, dont celles de la Presqu’île de Tai’arapu, sont ainsi peu à peu effacées de l’histoire.
    Afin de remettre en lumière l’histoire de cette partie de l’île et, en quelque sorte, de redonner à Tai’arapu sa place de “tête du poisson” mythique avec son Histoire, ses histoires et sa grandeur passée, Josiane Di Giorgio-Teamotuaitau s’est intéressée à cet “Autre”, celui qui a bouleversé, fait et écrit l’Histoire.
    Navigateurs, missionnaires, beachcombers, colons ou écrivains, quelles étaient leurs motivations, leurs perceptions ?
    Quels changements leur présence a-t-elle entraîné dans cette partie de l’île de Tahiti ?
    Comment les personnes en présence se sont-elles perçues, interprétées, comprises ?
    Qu’apprenons-nous grâce à leurs témoignages ? Les regards ont-ils évolué au cours des 150 ans qui ont suivi le contact ?
    Telles sont les questions auxquelles cet ouvrage tente d’apporter des éléments de réponse.

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