Loi Morin : “Une mascarade, un mépris incroyable”

    vendredi 22 juillet 2016

    Amèrement déçus par la réunion à laquelle ils étaient conviés à Paris, Roland Oldham et le père Auguste (ici avec Mickaël Kautai, deuxième vice-président de l’Association 193) déclarent vouloir aller “beaucoup plus loin” et dépasser le niveau local dans leurs actions pour une meilleure reconnaissance des conséquences des essais nucléaires. (Photo : Caroline Perdrix)

    Amèrement déçus par la réunion à laquelle ils étaient conviés à Paris, Roland Oldham et le père Auguste (ici avec Mickaël Kautai, deuxième vice-président de l’Association 193) déclarent vouloir aller “beaucoup plus loin” et dépasser le niveau local dans leurs actions pour une meilleure reconnaissance des conséquences des essais nucléaires. (Photo : Caroline Perdrix)


    Nucléaire – Moruroa e tatou et l’Association 193 tirent le bilan de leur visite à Paris et réclament toujours un référendum

     

    Roland Oldham de Moruroa e tatou et le père Auguste de l’Association 193 étaient à Paris le 6 juillet pour assister, avec Édouard Fritch, Marcel Tuihani, Lana Tetuanui, Maina Sage et Jonas Tahuaitu, ainsi qu’un représentant de Tamarii Moruroa, à la réunion de la commission consultative du suivi des conséquences des essais nucléaires. Hier, les deux hommes ont tiré un bilan amer de cette rencontre.

    L’État présentait, suite à la promesse de François Hollande lors de sa visite en février, les modifications du décret d’application de la loi Morin. Le seuil de probabilité de 1 %, en dessous duquel la loi invoque le “risque négligeable” pour rejeter les dossiers, serait abaissé à 0,3 % ; certains dossiers pourraient donc être redéposés ; enfin, les victimes pourraient s’exprimer par vidéoconférence.

    Roland Oldham se dit “scandalisé par l’attitude de l’État.” La ministre de la Santé française, Marisol Touraine, n’est restée qu’une demi-heure et a refusé la discussion, raconte-t-il. “C’était une mascarade, un mépris incroyable.

    C’était clair que tout était déjà décidé. On nous traite comme des riens du tout depuis des années. Pour l’État, les Polynésiens n’existent pas.” Pour le père Auguste, “c’est un traficotage pour jouer la montre. Derrière, il y a toujours la thèse des essais propres”.

    Les associations insistent sur les dysfonctionnements constatés dans le travail du comité d’indemnisation, le Civen. Ils pointent l’indisponibilité des experts, le fait que certains d’entre eux réclament des honoraires normalement à la charge du Civen, et des retards importants dans le versement des indemnités.

     

    Le risque négligeable, “un piège”

     

    Les associations réclament la suppression pure et simple de la notion de risque négligeable. “Pour moi, c’est un piège”, dit Roland Oldham. Les associations demandent le réexamen par le Civen de tous les dossiers, mais aussi la rectification de la liste des 21 maladies radio-induites et l’examen de dossiers de malades “hors liste” en s’appuyant sur les plus récentes recherches médicales.

    Ils contestent également le reversement automatique par l’État de la moitié des indemnisations à la CPS : “Les gens sont doublement victimes.”

    Le père Auguste a aussi exprimé ses doutes personnels sur Jean-Luc Sans, qui préside en France l’Association des victimes des essais nucléaires : “J’ai eu l’impression qu’il est devenu comme un avocat du diable.” Roland Oldham et père Auguste ont insisté sur ce qui est, à leurs yeux, le point le plus positif : l’implication des autorités du Pays.

    “Si l’État français ne nous a pas entendus, j’ai quand même l’impression que notre gouvernement nous entend”, dit Roland Oldham. Ils demandent à tous les élus un soutien encore plus ferme.

    Les deux hommes continuent donc à militer pour la tenue d’un référendum local sur les conséquences des essais nucléaires et d’éventuelles réparations de la part de l’État ; la pétition a déjà recueilli 45 000 signatures. “À l’échelle de la France, c’est comme si dix millions de personnes avaient signé ! Du jamais vu dans une démocratie !”,
    s’exclame le père Auguste.

    Et ils mettent les politiques en garde : “Moi, je dis qu’il faut faire attention. Les gens ont un peu plus de courage pour parler !”

    Alain Juppé, ex-Premier ministre lors de la reprise des essais en 1995, arrive au fenua samedi soir et a demandé à rencontrer les associations : “Eh bien, on va l’accueillir chaleureusement, sourit père Auguste. On sait accueillir, mais on n’est pas naïf.”

     

    C.P.

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