Longue maladie : “C’est une réforme d’une stupidité aberrante !”

    vendredi 2 décembre 2016

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    Le CESC a rendu hier un “avis sévère mais justifié”, rapporté par Lucie Tiffenat et Jean-François Wiart. (© Marie Guitton)

     

    L’hypertension artérielle et le diabète seront-ils toujours pris en compte au titre des longues maladies ? Décrit comme “la vision d’un seul homme”, une réforme “bête” et “désespérante”, plusieurs membres du conseil économique, social et culturel (CESC) se sont emportés, hier, contre le projet de loi du Pays sur l’harmonisation de la prise en charge de la longue maladie par les trois régimes de la protection sociale.

    En cause : non pas l’harmonisation en elle-même, vecteur d’équité entre les assurés, mais plutôt l’approche comptable de Luc Tapeta, l’architecte de ce texte, à l’heure où les dépenses de santé représentent 22,4 % du produit intérieur brut polynésien.

    Sous couvert d’harmonisation, le projet de loi renvoie notamment à un futur conseil des ministres le soin de fixer la nouvelle liste – commune aux trois régimes – des pathologies relevant de l’assurance longue maladie. Or l’hypertension artérielle et le diabète ne figureraient pas sur l’ébauche officieuse présentée aux médecins conseils de la CPS, selon Jean-François Wiart, taote à la retraite et ex-président du syndicat des médecins.
    “Donc ça n’est pas une simple harmonisation qu’on nous propose, mais une modification de la liste des longues maladies”, souligne-t-il. 38 000 patients, soit plus d’un Polynésien sur huit, sont aujourd’hui déclarés en longue maladie, dont 18 % sont touchés par l’hypertension artérielle et 16 % par le diabète sucré.

    Le taote du CESC rappelle que l’hypertension, surtout si elle est mal suivie, peut générer des accidents vasculaires cérébraux ou de l’insuffisance rénale, bien plus lourds à prendre en charge. “Donc c’est une réforme d’une stupidité qui me paraît aberrante !”, s’exclame-t-il. “C’est des économies à court terme qui vont, à la fin, coûter une fortune à la CPS.”

    Ni le conseil de l’ordre des médecins ni leur syndicat n’aurait été consulté. Le CESC recommande donc que “l’hypertension artérielle sévère, le diabète de type 2 compliqué et les différents cas de tumeurs malignes” ne soient pas oubliés, et que la nouvelle liste – prise en concertation avec les professionnels de santé – soit officialisée le plus tôt possible, afin que l’assemblée décide en son âme et conscience d’adopter ou non le projet de loi.

    Les membres du CESC se sont également émus de constater que le gouvernement projetait de supprimer une disposition garantissant la prise en charge totale, au titre de la longue maladie, des enfants atteints de handicaps sévères.

     

    Des malades à “responsabiliser”

     

    Troisième grief : l’effort de “maîtrise médicalisée des dépenses de santé”, exigé des médecins. Le CESC, qui craint que la priorité soit désormais donnée aux “considérations économiques et pécuniaires dans l’acte de soin”, réclame que le texte soit précisé.

    L’institution prend acte de l’objectif de “responsabilisation des malades”, notamment via des contrôles pouvant être opérés “à tout moment” et aux termes desquels le bénéfice de l’assurance longue maladie pourra leur être retiré.

    Mais il s’interroge sur une disposition prévoyant que l’assuré en longue maladie, qui continuera à bénéficier du ticket modérateur pour les soins liés au traitement de cette affection, devra désormais s’acquitter de la consultation chez le médecin. Le secteur médical public, vers lequel se tourneront sûrement tous les malades “les moins aisés”, aura-t-il la capacité de les accueillir ?, s’interroge en somme le CESC.

    Cerise sur le projet de loi : le texte est présenté par le gouvernement comme “le premier d’une longue série de mesures destinées à réformer la protection sociale généralisée (PSG)”. “On a l’impression qu’on est en train de nous présenter une PSG2 saucissonnée, de sorte que les petits morceaux soient validés sans vision globale”, a critiqué hier Tepuanui Snow, tandis que Christophe Plée martelait qu’il n’y a “pas du tout de réforme de la PSG”.

    Conclusion : les propositions du gouvernement ont recueilli, “en l’état”, 29 voix défavorables, sur 37 votants.

    Marie Guitton

     

     

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