L’OPH engage 3,97 milliards en réhabilitation

    vendredi 2 décembre 2016

    lotissement oph

    “Nous allons bientôt lancer une campagne de sensibilisation sur le paiement des loyers, pour faire comprendre que c’est quand les loyers sont payés que l’OPH peut entretenir les logements et construire de nouveaux logements pour les générations futures”, explique Vaiani Garbutt. (© DR)

     

     

    L’Office polynésien de l’habitat (OPH) s’attelle à la réhabilitation de ses lotissements. 845 logements sont concernés. L’année 2017 sera principalement consacrée aux études et aux appels d’offres, et les travaux démarreront pour la plupart au premier semestre 2018.

     

     

    Sur les 91 résidences sociales gérées par l’Office polynésien de l’habitat (OPH), 20 vont faire l’objet d’importants travaux de réhabilitation entre 2018 et 2020. Sous la direction de Vaiani Garbutt, nommée directrice par intérim en mars puis confirmée en juin, l’office et ses 150 employés entament non seulement des travaux importants, mais également une redynamisation interne.

    Souvent instrumentalisé par le politique, l’OPH a lui aussi connu une certaine instabilité et les promesses faites en son nom lui ont valu de nombreux déboires, à commencer par le non-paiement des loyers. “Rien dans nos statuts ne dit qu’on doit construire des logements gratuits !”, rappelle Vaiani Garbutt.

     

    Taux de recouvrement de 82 %

     

    C’est notamment en raison de ces impayés que l’office a peiné, ces dernières années, à assurer l’entretien de son parc immobilier. “Notre taux de recouvrement est de 82 %, contre 94 % en métropole”, indique Vaiani Garbutt. Avec dans certains cas des conséquences tragiques : le mois dernier, l’OPH s’est vu condamné par la justice à verser 10 millions de francs à la famille d’un homme dont la chute n’avait pu être retenue par une rambarde défectueuse.

    Ces (presque) quatre milliards d’investissement sont à mettre en regard des grosses réparations réalisées jusqu’ici : de 2010 à 2016, un total de 916,8 millions de francs a été investi dans les réparations, sur les fonds propres de l’OPH, à quoi il faut ajouter des subventions complémentaires de 327 millions en 2014 et 150 millions en 2016. L’office a également réalisé des travaux de sécurisation (talus, électricité, eaux usées), pour un montant de 1,08 milliard, financé à parts égales par le Pays et l’État dans le cadre du premier contrat de projets 2008-2014.

    Le contrat de projets 2015-2020 prévoit, pour le même type de travaux, une enveloppe de 360 millions. Au titre de la seule année 2016, les travaux de sécurisation, de voirie et d’entretien des stations d’épuration se montent à 503,5 millions de francs. C’est donc un important bond en avant que s’apprête à faire l’OPH.

     

    C.P.

     

    Vaiani Garbutt, directrice de l’Office polynésien de l’habitat : “Avec des clichés et des préjugés, on n’avance pas”

    vaiani Garbutt

    (© Caroline Perdrix)

     

    Comment seront gérées ces rénovations ? Disposez-vous de suffisamment de logements de transit ?
    Comme les opérations de construction : il y aura des appels d’offres par lots, établis par un architecte. Nous devrons reloger les habitants, car il est plus avantageux économiquement de faire tous les travaux en même temps, et puis il y a un aspect de sécurité, c’est un chantier, dont on doit nécessairement restreindre l’accès.

    Nous allons lancer des études puis nous viendrons leur expliquer le détail des projets. Le message, c’est que nous sommes là non seulement pour améliorer leur cadre de vie, mais également pour les accompagner dans le relogement. Il faut bien qu’ils comprennent que ça ne veut pas dire qu’on va les mettre dehors, nous avons des solutions de transit pour eux. Pour eux, c’est aussi l’occasion de faire le point sur leur situation de locataire vis-à-vis de l’OPH de façon à pouvoir repartir sur de bonnes bases une fois le logement livré.

     

    Certains locataires ont une petite activité économique, comme par exemple la préparation de plats à livrer. Comment feront-ils s’ils sont déplacés ?
    Normalement, ils n’ont pas le droit, on leur donne simplement le droit de domicilier leur activité mais pas de l’exercer. Certains s’en plaignent mais c’est une méconnaissance des engagements qu’ils ont signés.

     

    Plusieurs dossiers d’accession à la propriété sont bloqués, alors que les contrats de location-vente sont arrivés à échéance, que va faire l’OPH ?
    L’OPH est un héritier, entre autres, de la Setil et de la Sagep. La période de réhabilitation va permettre de finaliser l’accession à la propriété de certains locataires, car ça demande la régularisation des conformités, des permis de construire et de la propriété du foncier. De plus, certaines subventions du Pays ne peuvent pas être versées tant que la propriété n’est pas clairement établie. Environ 90 logements sont concernés.

     

    Cette accession à la propriété est-elle globalement un succès ?
    Tout le monde rêve d’être propriétaire, mais certains comprennent maintenant qu’être propriétaire, c’est payer des charges, la taxe foncière, et c’est bien s’entendre avec ses voisins pour que tout le monde paye les charges, c’est une responsabilité individuelle et collective. Certains locataires finissent par décliner l’offre d’achat.

    En location, l’OPH assure l’entretien et les gros travaux. Mais plus les lotissements deviennent “privés”, moins l’OPH intervient dans la gestion et l’entretien.

     

    Comment faire pour atteindre une meilleure gestion de ces lotissements ?
    Nous souhaitons que nos gestionnaires soient vraiment sur le terrain, qu’ils soient proches des habitants, qu’ils connaissent bien à la fois le bâti et la population pour que nous n’attendions pas d’avoir des réclamations pour agir. D’où l’intérêt aussi pour les locataires de se constituer en association syndicale pour bien faire remonter leurs problématiques. Je tiens beaucoup à ces associations syndicales parce qu’elles peuvent intervenir sur beaucoup de choses : l’éducation, le budget, les activités sportives…

    Seuls 36 % des lotissements ont une association syndicale ; 29 % n’ont pas de règlement de copropriété et de cahier des charges. Ce serait également une bonne interface avec les riverains. Je suis choquée par les réactions des riverains plus aisés qui refusent le voisinage des logements sociaux. Avec des clichés et des préjugés, on n’avance pas. On a besoin de la bonne volonté de tout le monde. Sinon, on risque de voir se former des ghettos comme en France.

     

    Est-il possible de sortir l’OPH de son immobilisme apparent ?
    Je reviens de France où j’ai travaillé plusieurs années (comme cadre dirigeant à la Société Générale, NDLR). Je voulais savoir d’où venait l’inertie dont se plaignaient certains. En recevant les gens, je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup de souffrance en interne.

    Il y a de la compétence, mais il y a eu des fusions mal digérées, la plus récente étant l’intégration du FDA (fonds de développement des archipels, NDLR). Il a fallu prendre le temps de les fédérer et de les motiver. Moi toute seule, je n’ai pas de baguette magique ! Il y a de vraies compétences, de l’expérience, ils ont vu les gouvernements passer… Et surtout, il y avait une volonté de s’en sortir et une vraie compassion, parce que quand on travaille ici, on est confronté à beaucoup de misère.

     

    Propos recueillis par Caroline Perdrix

     

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