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L’OPH, un “outil qui a été utilisé parfois à des fins politiques”

lundi 5 août 2019

La réunion “feuille de route 2019-2023”, organisée vendredi dernier à laquelle étaient invités les médias, a permis au gouvernement de communiquer sur son intention de remettre l’office sur de bons rails. Photo : Yan Roy

La réunion “feuille de route 2019-2023”, organisée vendredi dernier à laquelle étaient invités les médias, a permis au gouvernement de communiquer sur son intention de remettre l’office sur de bons rails. Photo : Yan Roy


Forces et faiblesses des différents champs d’action de l’Office polynésien de l’habitat (OPH), nature et orientations des actions à engager… Quelles sont les attentes de ses partenaires (communes, financeurs, Pays, fournisseurs) et de l’OPH vis-à-vis d’eux. Vendredi dernier, le ministre du Logement et le directeur de l’OPH ont fait une restitution de la feuille de route 2019-2023 de l’Office. Cette communication est-elle une réaction au rapport de la chambre territoriale des comptes rendu public le 22 juillet qui pointe du doigt les multiples défaillances de l’OPH ? Entretien avec le ministre Jean-Christophe Bouissou.

La feuille de route répond-elle aux critiques émises dans le rapport de la CTC ?

Je partage cette critique de la part de la CTC sur le fait que la Polynésie a navigué depuis les années 2000 sans véritablement de feuille de route au niveau de l’OPH ni même de politique sectorielle au niveau du logement.

Lorsque je suis revenu en janvier 2017, je me suis aperçu que c’est un élément manquant et bloquant dans le processus de production de logements nécessaires aux familles. Ce travail réalisé aujourd’hui (vendredi dernier, NDLR) n’est pas en réaction à ce qui a été écrit dans le rapport de la CTC puisque c’est un travail lancé il y a près de dix mois qui aboutit à la remise d’une feuille de route qui sera validée par le conseil d’administration de l’OPH et par le conseil des ministres pour engager tous les partenaires dans cette démarche de reprise en main de notre politique sociale.

 

À quoi devons-nous nous attendre, justement, en matière de politique du logement dans les années qui viennent ?

D’abord que nous ayons tous les outils en place pour accélérer le mouvement en matière de production. Il nous manque une société, un opérateur d’aménagement. Il nous faut acheter des terrains, ou des terrains déjà propriétés du Pays ou des communes. Qu’il y ait une société d’aménagement qui viabilise des terrains pour mettre ces terrains à la disposition de l’OPH et d’autres opérateurs du logement, privés. Et peut-être demain, la mise en place d’un organe de financement du logement social va augmenter l’outil de production.

Notre objectif est d’augmenter d’ici deux ans à 500 le nombre de logements en habitat groupé chaque année. Pour résorber les près de 2 700 dossiers en attente.

 

Comment expliquer autant de défaillances au sein de l’OPH depuis tant d’années ?

L’instabilité politique ne peut pas tout expliquer… Dans les années 80 et 90, la production était excellente. Avec Fare de France, la Setil, l’OTHS (devenu OPH), le FDA qui s’occupait des logements dans les îles…

Deux choses expliquent la situation critique dans laquelle s’est trouvé l’OPH : l’instabilité politique de 2004 à 2013. Et la crise économique de 2008 que nous avons prise en pleine face. Des organismes ont été dissous, dont la Sagep. Or, on parle de recréer une société d’aménagement aujourd’hui car on se rend bien compte de cette nécessité.

C’est toute une conjonction de facteurs, donc, qui expliquent que l’OPH s’est retrouvé en grande difficulté. Il faut aujourd’hui rationaliser les missions de l’OPH. Un bailleur social n’est pas un constructeur de fare OPH ou un fournisseur de matériaux. Si nous voulons accéder à des crédits sur le long terme auprès de la Banque des territoires, il faut restructurer l’OPH et le rendre “bankable”.

 

Le problème du recouvrement des loyers n’est-il pas l’illustration que l’OPH a été un instrument politique pour beaucoup de gouvernements ?

Oui, vous avez raison. Lorsque pendant des campagnes électorales, on vient déclarer : votez pour nous, nous vous rendrons propriétaires de vos logements, le niveau des impayés qui atteint 30 % est un peu dû à ce genre de propos malencontreux.

Lorsque par le passé – et je mets tout le monde dans le même sac – on s’est engagé à dire aux familles que vous allez devenir propriétaires de vos lotissements alors qu’il y a encore 22 lotissements en Polynésie qui n’ont pas fait l’objet d’une accession à la propriété alors que c’était une décision politique, les gens n’y croient plus. Donc, oui, cet outil a été utilisé parfois à des fins politiques et…

 

De tous bords ?

Oui. Oui. Nous souhaitons sortir de l’instabilité politique, et des directeurs qui valsent en fonction des humeurs… Nous voulons rendre l’OPH beaucoup plus autonome, avoir des contrats d’engagements vis-à-vis de l’OPH sur des résultats, et des objectifs.

 

Cela ne va-t-il pas être extrêmement compliqué de récupérer de l’argent (loyers impayés) dehors ?

Il faut un travail de proximité avec les familles qui peuvent se retrouver en difficulté. Il faut réagir tout de suite en cas de retard de paiement des loyers. Avec un accompagnement en cas de perte d’emploi pour se remettre en situation de paiement le plus vite possible.

 

Le rapport de la CTC pointe du doigt de nombreuses embauches au sein de l’OPH. Lesquelles n’ont visiblement apporté aucune amélioration étant donné les multiples manquements et défaillances de l’office. Qu’en dites-vous ?

La CTC travaille sur des ratios. Pour un bailleur social, en France, la ratio est de 19 agents pour 1 000 logements. En Polynésie, on devrait avoir un bailleur social OPH qui s’occupe des lotissements sociaux, de l’acquisition des logements à hauteur de 70. Ce qui veut dire qu’il y a une centaine d’agents supplémentaires qui, eux, vaquent à d’autres occupations. Il y a la construction, mais aussi les aides au logement, un département dédié au fare commercial. Il nous faut dissocier le métier de bailleur social des autres, pour pouvoir apprécier l’évolution positive que l’on espère pour l’OPH.

 

Propos recueillis par Y.R.

 

 

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