Lynchage à la cathédrale : prison ferme pour les principaux agresseurs

    mardi 25 août 2015

    “Très violent. C’est un lynchage.” Maître James Lau a participé à de nombreux procès. Il était pourtant très choqué, hier, alors que l’audience prenait une pause.
    Dans une salle à huis clos, la télévision de la salle d’audience venait de diffuser les images de la caméra de vidéosurveillance qui filme le parvis de la cathédrale. C’est cette vidéo qui a permis d’identifier les agresseurs du mineur dont l’avocat a pris la défense, hier. “Lorsque l’on regarde le film, c’est incroyablement réaliste. On sent effectivement la violence. C’est vrai que c’est un témoignage que l’on n’a pas l’habitude d’avoir dans ce type d’affaire. D’habitude, nous avons toujours des témoins qui viennent raconter ce qu’ils ont vu. Mais là, ce sont les faits tels qu’ils se sont passés.”
    Dans la nuit du 21 au 22 novembre, son client, alors âgé de 17 ans, avait refusé de laisser emprunter son téléphone portable.
    “Ils avaient un peu bu. Ils voulaient récupérer un téléphone, même pas pour le revendre, juste pour passer un coup de fil. Cela a mal tourné”, explique Vincent Dubois, l’avocat du prévenu ayant porté le plus de coups.
    “Ils se sont retrouvés, ce soir-là, dans la rue, comme cela se passe quand il y a des événements en ville ou le vendredi soir. Certains se connaissent, d’autres pas, et l’idée est venue comme ça. Il n’y avait pas de préparation particulière. Il y avait quatre jeunes assis, et ils se sont dit qu’ils allaient prendre leurs potables. L’un d’entre eux a résisté, et cela ne leur a pas plus.”
    Avec les poings, avec les pieds, ce sont près d’une quarantaine de coups qui ont ainsi été portés “en même pas 30 secondes”. Hier, avec sa mère, la victime était présente à l’audience, même si “cela a été traumatisant et le traumatisme existe encore”, confie son avocat. Les faits ne souffrant d’aucune ambiguïté, une grande partie de l’audience a été consacrée au parcours et à la personnalité des agresseurs.

    “Des jeunes qui (…) font un peu ce qu’ils veulent”

    “Ce sont des jeunes qui sont placés en foyer, qui fuguent en ville le soir, comme ils veulent. Ce sont des violences qui, malheureusement, deviennent habituelles. C’est révélateur de l’évolution de la délinquance actuellement”, explique Vincent Dubois. “Ce sont des jeunes qui n’ont pas eu une enfance où ils ont été encadrés, qui sont livrés à eux-mêmes, qui font un peu ce qu’ils veulent.” Pour Maître Lau, “c’est vrai que chacun viendra avec ses difficultés familiales, sociales, environnementales”.
    “C’est le lot de beaucoup de jeunes. Pour autant, est-ce que l’on doit absolument passer de l’autre côté de la ligne. Ça, c’est un autre problème.” Particulièrement ému, le père de l’un de ses agresseurs ne cherchait pas à se dédouaner.
    “Je ne cautionne absolument pas ce que mon fils a fait à ce garçon. J’ai même très mal actuellement pour la victime et ses parents. Je n’ai pas envie d’être à leur place. Je n’ai pas envie que mon enfant soit à la place de cette victime. Mais je ne lui en veux pas. J’aime mon fils mais je ne cautionne pas du tout.”
    Et de se remettre en question : “Si tu n’apportes pas l’éducation qu’il faut à l’enfant, voilà le résultat. Tu n’as pas besoin d’être pauvre ou d’être riche, il suffit de donner cet amour dont les enfants ont toujours besoin”. Avant de reconnaître, les yeux larmoyants : “Ce n’est pas un enfant. Malgré cela, à partir d’aujourd’hui, on essaiera de le mettre dans le bon chemin. Cela fait mal de le voir en prison. C’est dur de le dire, mais il mérite d’être à la place où il est”.
    Le parquet avait requis jusqu’à deux ans de prison, dont un avec sursis, pour les jeunes les plus impliqués. Il a été suivi. Un autre a été condamné à 15 mois de prison, dont 6 avec sursis. Les deux sont retournés à Nuutania. Les quatre autres compères ont écopé respectivement de 15, 4 et 2 mois de sursis.
    FC

    Maeva, mère de la victime : “Ce ne sont pas des parents, pour moi”

    Vous semblez dépitée par l’attitude des prévenus et de leurs parents ?
    Oui, par les propos qui sont tenus et par le fait de voir que des parents sont eux-mêmes largués. Ce ne sont pas des parents, pour moi. Je les entends seulement répéter pardon. Quand ils se sont mis à massacrer mon gamin, je suis désolée mais il n’y a eu aucune pitié. Au moment des faits, le pardon était bien loin. Et aujourd’hui, lorsqu’on leur demande pourquoi, ils demandent pardon. Ils disent : “Parce que c’était pas bien”. Il n’y a que des mots, mais derrière le discours, il n’y a rien.

    Votre fils a tenu à être présent à l’audience ?
    Oui, il a fait le déplacement. Il a tenu à être présent, tout simplement comme on l’a vu dans le film, qu’il peut se tenir face à eux, et que le lâche dans l’affaire, ce n’est pas lui. C’est pour leur faire comprendre que le courage, ce n’est pas simplement de frapper un individu en groupe mais d’affronter ceux qui vous ont agressé, un an après. Il a pu se relever, se reconstruire, reprendre sa vie comme avant. Il n’a pas voulu rester sur le statut de victime. Dans la salle, lui a la tête bien droite et les autres regardent par terre ; cela veut tout dire.

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