Mahaena – Faut-il dynamiter Ôfa’i ma’o, le rocher requin ?

    vendredi 7 avril 2017

    Terai Tavi  Peter Heduschka

    Opposés à des chantiers d’extraction sans contrôle, Terai Tavi et Peter Heduschka ont proposé au président Fritch, une solution alternative. (© Jean-Luc Massinon)


    Le syndicat des propriétaires de la vallée Tefaarahi propose une solution alternative pour éviter aux engins de chantier de rouler sur leur servitude privée. Toujours en procès, le syndicat a de nouveaux éléments qui prouvent le caractère privé de la servitude interdite aux engins d’une entreprise d’extraction. La question de dynamiter un rocher lié à une légende de la commune de Mahaena est posée après ces nouvelles inondations.

    Une semaine après les inondations, la vie a repris son cours dans la vallée Tefaarahi, à Mahaena. Les familles touchées ont vu passer, mardi matin, la caravane gouvernementale, mais personne ne s’est arrêté pour savoir comment elles allaient après ce nouvel incident.

    La visite sur le site, en amont des dernières habitations, avait surtout pour but de convaincre Édouard Fritch de lancer des extractions à grande échelle, et par tous les moyens.

    Car dans cette vallée, des irréductibles résistent à l’envahissement par les dragues et refusent le va-et-vient des camions au milieu du village.

    En faisant reconnaître en justice que la servitude principale était privée, le syndicat des propriétaires et exploitants agricoles Haa maita’i ia Mahaena a fait stopper ce qui ressemblait, pour eux, à un pillage de tout-venant dans la rivière.

    Accusés de bloquer la vallée pour rançonner les sociétés d’extraction, les membres du syndicat ont profité de la visite du président pour apporter une solution plus apaisante pour la vallée : l’utilisation d’une ancienne route de pénétration.

    Car, conscients que des berges sont à consolider et que des zones sont à curer, Haa maita’i ia Mahaena est prêt à accepter des travaux dans le respect des droits de chacun.

    Propriété oubliée de la commune, délaissée car mal entretenue, cette servitude, située au pied de la montagne, éviterait la traversée du village de Tefaarahi et toutes les nuisances du chantier. La solution devrait être étudiée rapidement entre le ministère de l’Équipement et les propriétaires fonciers.

     

    J.-L.M.

     

     

    Épilogue du bras de fer judiciaire ?

    mahaena

    Sur ce plan de 1972, le syndicat prouve que la servitude privée n’existait pas et qu’elle passait bien en terrain privé (en rouge). (© Jean-Luc Massinon)

    Après près de deux ans de procédures, de barrages, de blocages, de constats… une ordonnance du tribunal de première instance avait donné raison au syndicat des propriétaires de la vallée en janvier 2016.

    Contrainte de cesser ses allées et venues, l’entreprise d’extraction avait continué après que son avocat ait fait appel. L’audience est prévue pour ce 24 avril. Parallèlement, l’entrepreneur a attaqué le syndicat en correctionnel pour les barrages.

    Le syndicat et ses membres ont été relaxés en décembre 2016. La justice avait convenu qu’il n’y avait pas vraiment de barrage.

    L’avocat de l’entrepreneur avait avancé comme argument qu’une réglementation de 1932 précisait que les routes et chemins carrossables allant vers l’intérieur des terres et reliés à la route de ceinture appartenaient à l’État, donc étaient publiques. Sauf que le syndicat a pu prouver qu’il n’y avait pas de route en 1932. Un plan cadastral de 1972 prouve que la servitude privée actuelle n’est même pas encore tracée.

    Il faut attendre 1975 pour que le service de l’agriculture (aujourd’hui SDR) trace un chemin de 2 kilomètres pour permettre aux cultivateurs d’accéder à la vallée. Il n’y a pas eu d’expropriation, la servitude de pénétration, dite des coteaux, s’est faite côté montagne (vers Hitia’a) avec l’accord tacite des propriétaires. Cette servitude sera utilisée jusqu’en 1997 environ.

    Car un autre chemin (la servitude principale actuelle) est tracé plus près de la rivière où se sont installées les familles qui ont besoin d’eau pour vivre. Cette servitude a été bétonnée en 2005 avec l’accord des propriétaires. Il n’y a pas eu de convention, toujours pas d’expropriation, et dans la tête de tous ce chemin reste privé. La commune ne peut en aucun cas la réclamer. Sa servitude, c’est l’autre, celle des coteaux, qui est tombée dans son escarcelle lors de la constitution de la commune en 1977. Il ne peut y avoir mépris entre les deux servitudes. Il n’y a pas eu appel pour la relaxe du syndicat.

    Avec ces nouveaux éléments, le syndicat a demandé la réouverture du débat au tribunal des terres où le dossier devait être conclu. Les propriétaires veulent contrer l’avocat de la société d’extraction qui assure que la justice a reconnu qu’il s’agit d’une voie ouverte à la circulation publique.

    Le syndicat nie qu’aucun jugement n’est allé dans ce sens. Les arguments du syndicat devraient être présentés le 12 avril devant la juridiction compétente.

     

     

    Faut-il dynamiter Ôfa’i ma’o ?

    ofa'i ma'o

    À l’origine d’une inondation mercredi dernier, le rocher requin doit-il est dynamité ? “C’est un ange gardien”, prévient mama Sophie, qui connaît une version de la légende. (© Jean-Luc Massinon)

    Dans la nuit du 29 au 30 mars, lors des dernières intempéries, des arbres se sont accumulés sur deux énormes rochers situés en plein milieu du lit de la rivière. L’amoncèlement a provoqué un ralentissement du débit et une montée du niveau de la rivière dans cette zone. Les berges ont été rognées et l’eau a fini par envahir une parcelle en particulier.

    Les jeunes qui s’y trouvaient ont entendu bouger la maison, vu la vague dévaster le terrain et constaté l’électroménager se déplacer par le courant infiltré dans le fare. Ce n’est pas la première fois.

    Le syndicat des propriétaires, lors d’une rencontre avec l’ancien ministre Solia, avait proposé de dynamiter ces deux énormes rochers, ou d’exproprier d’un côté ou de l’autre de la berge pour élargir le passage en déviant la rivière. Mais le tavana de Hitia’a o te Ra et celui de Mahaena s’y sont opposés. Ces cailloux sont une légende de la commune.

    Ôfa’i ma’o, le rocher requin. Auprès de mama Sophie, une habitante de la vallée, nous avons eu confirmation qu’il y avait bien une légende dans laquelle un requin de la mer et un requin de la montagne se sont affrontés à cet endroit. Morts tous les deux, ils se sont transformés en rochers.

    D’autres riverains racontent qu’un requin venait voir sa princesse au fond de la vallée, mais qu’il devait regagner la mer avant la tombée de la nuit. Piégé un jour, il n’a pu rejoindre la mer à temps et il s’est figé en pierre. Ces deux rochers et d’autres pierres plates dans le lit sont ses restes.

    Mais pour mama Sophie, il n’est pas question de toucher à ces rochers : “Ce sont les anges gardiens de la vallée. Il n’y a jamais eu d’accident à cet endroit où pourtant des générations d’enfants sont venues se baigner. Petite, j’avais peur, car l’eau était très bleue, la profondeur était importante. D’ailleurs, les cailloux ne sortaient pas autant de l’eau qu’aujourd’hui. C’est à force de creuser avec des engins dans la rivière que les requins ne sont plus dans l’eau. C’est de la faute de ces travaux. Avant, les arbres passaient au-dessus des pierres. Et peut-être qu’elles se sont fâchées…”

     

     

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