MAHAENA – Projet d’aménagement de la Tevaifaara : le ministre rencontre la population

    vendredi 12 février 2016

    Le ministre de l’Équipement a rencontré la population de Mahaena pour tenter de répondre aux questions qu’a levé le projet d’aménagement de la Tevaifaara.  Albert Solia a expliqué que la situation en zone rouge de la vallée nécessitait des opérations de curage en urgence pour sauvegarder les populations et les biens.  Riverains et propriétaires ont exprimé leurs inquiétudes devant l’ampleur du chantier, et exposé leurs requêtes.

    Il n’a pas fait le voyage pour rien. Il s’attendait à de la résistance en se rendant mercredi soir au-devant de la population de Mahaena, et bien le ministre de l’Équipement n’a pas été déçu.
    Sous le préau de l’école Faretai, Albert Solia et son staff de techniciens n’ont pas été ménagés, mais durant trois heures, le ministre a sereinement tenté de lever les doutes sur son projet d’aménagement de la rivière Tevaifaara.
    Ce sont les techniciens qui ont planté le décor pour expliquer l’objectif des travaux envisagés. Et c’est avec surprise que beaucoup de riverains ont appris que leur vallée était en zone rouge, selon le plan de prévention des risques (PPR). S’il n’est pas question d’y déloger les habitants, aucune construction n’y est plus possible, sauf si des aménagements conséquents sont réalisés : l’élargissement du lit de la rivière et le renforcement des berges qui permettaient la modification du PPR.

    Zones à traiter en urgence

    Mais le ministère n’a ni le temps ni les moyens financiers pour réaliser ces travaux en urgence, aussi il est prévu dans un premier temps de curer la rivière. Trois zones ont été identifiées, dans la Tevaifaara et une autre dans la Mahape voisine, montrant une accumulation de graviers qui gêne l’écoulement et peut provoquer des inondations. Il a été assuré que cette première phase consisterait uniquement à curer ces zones pour faire baisser le niveau de l’eau, sans toucher aux berges, ou seulement pour réparer les enrochements maltraités par les dernières crues. Les techniciens ont parlé d’amalgame lorsque la population évoque l’extraction de 67 000 m3 (pourtant bien estimés dans l’étude d’impact). 20 000 m3 resteraient dans la vallée pour des aménagements futurs. Le reste serait effectivement évacué (soit 47 000 m3 tout de même). L’urgence de la mesure est réelle, selon le ministère, qui a classé cette vallée parmi les cinq chantiers prioritaires.

    Pas comme Papeno’o ou Punaruu

    Une pluie de questions s’est ensuite abattue sur le ministre, sur des tons accusateurs, révoltés, parfois ironiques, mais toujours soupçonneux. Les 67 000 m3, les 3 000 camions nécessaires, les deux ans de chantier ont fait réagir les riverains, qui avaient simplement peur de voir leur vallée devenir comme celle de Papeno’o, ou pire comme la Punaruu. Même le ministre a convenu, pour cette dernière, que c’était un “exemple catastrophe”, le résultat “d’une guerre atomique”.
    Joinville Pomare, proclamant la spoliation de cette terre à l’issue d’une terrible guerre entre Tahitiens et Français, s’est révolté qu’une fois encore les propriétaires ne seraient pas les bénéficiaires et que la manne leur passerait “sous le nez”. En reversant seulement 100 F (sur les 400 F versés au Pays par les sociétés d’exploitation), les propriétaires auraient, selon lui, pu développer depuis longtemps le fond des vallées. Pour lui, tous les gouvernements ont protégé les sociétés d’agrégats qui ont fait “des profits sur le dos des Ma’ohi”. Pour d’autres, ce tout-venant est à eux et les 67 000 m3 ne devraient tout simplement pas sortir de la vallée.

    Quelle contrepartie ?

    Parmi les réactions vindicatives, l’adjointe au maire délégué de Mahaena s’est dite clairement opposée à l’idée de devoir subir des années de travaux et de voir ses enfants se baigner dans la boue. Pour elle, c’est “non !” Il était 21 heures, le ministre, qui imaginait que le problème ne se réglerait pas en trois heures, s’est dit sans réponse à ce dernier refus. Albert Solia a assuré qu’il ne passerait pas en force pour ce projet. Qu’il ne ferait pas les curages, malgré les risques que cela représente pour les habitants. “Mais il ne faudra pas dire après que nous n’avons pas fait notre travail”, a-t-il conclu, sans chantage.  
    Le syndicat des propriétaires Haa maitai ia Mahaena a remis au ministre un document avec leurs recommandations et requêtes. Il accepte notamment de laisser passer les engins pour les opérations de curage ciblées et la consolidation des enrochements définis.
    En contrepartie, il réclame une part des 20 000 m3 qui seront extraits par l’équipement et stockés dans la vallée au profit de la commune, et la réalisation d’une servitude de curage sur la rive gauche en contrepartie de l’évacuation de 47 000 m3 de tout-venant.

    J.-L.M.

    Albert Solia, ministre de l’Équipement : “Ça se fera avec l’assentiment de la population”

    Comprenez-vous l’inquiétude de la population qui a vu de nombreux abus dans leur vallée ?
    Oui, mais il faut peut-être tirer un trait sur le passé. Et surtout, il faut essayer de faire comprendre aux gens que les travaux, qui sont des travaux de curage, ne vont pas enlever les zones rouges du PPR (plan de protection des risques, NDLR). Ces travaux vont surtout permettre de baisser le niveau, pour qu’il y ait moins de débordement au moment d’une crue.  

    C’est le projet d’aménagement futur qui apportera une baisse du niveau de risque dans la vallée ?
    C’est effectivement l’aménagement, avec des travaux extrêmement lourds et coûteux, qui amèneront une réponse pour la modification du PPR et pour une vraie protection finale.

    Quelle solution imaginez-vous pour répondre à l’inquiétude des pêcheurs de ina’a ?
    À l’embouchure, je crois qu’une partie du problème est résolue, car suite aux dernières crues, une partie du tout-venant qui était en surépaisseur a été chassée dans la mer. Donc, nous n’aurons certainement pas besoin d’intervenir. Mais s’il le fallait, on le ferait en concertation avec les pêcheurs. Il y a des périodes où l’on ne travaillerait pas.

    Allez-vous satisfaire leur demande de réalisation d’une servitude sur la rive gauche, alors que vous auriez préféré la rive droite ?
    Dans les textes, les servitudes de curage existent des deux côtés de la rivière. Aujourd’hui, c’est difficile de faire une servitude lorsque l’on traverse des terrains avec des plantations, des clôtures, des maisons. On aurait dû nous laisser 5 mètres tout du long, mais les gens n’ont pas toujours respecté ça. Alors, lorsque l’on fera l’aménagement, on va créer une servitude de curage avec les bords de la rivière qui sera solide.  

    Donc ce n’est pas pour avant deux ou trois ans ?
    Il faudra attendre que nous ayons les moyens et que nous lancions les études. Ce n’est pas pour demain matin.

    On ne volera pas le tout-venant pour le projet Mahana Beach ?
    Je n’aime pas le terme voler, car je ne vole pas. Donc je ne prendrai pas de tout-venant dans cette rivière, ni dans aucune autre, pour faire les remblais du Tahiti Mahana Beach. Les matériaux viendront de carrières.

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