Le Mahana Beach, un château de sable ?

    mardi 5 juillet 2016

    Le projet Mahana Beach sur lequel, depuis trois ans, les gouvernements polynésiens fondent une bonne partie de leurs espoirs de reprise économique et touristique. Les financiers chinois sont-ils en train de lâcher l'affaire, ou s'agit-il d'un simple contretemps ? (Photo DR)

    Le projet Mahana Beach sur lequel, depuis trois ans, les gouvernements polynésiens fondent une bonne partie de leurs espoirs de reprise économique et touristique. Les financiers chinois sont-ils en train de lâcher l’affaire, ou s’agit-il d’un simple contretemps ? (Photo DR)

    Alors que selon le protocole d’accord signé le 19 décembre dernier avec le Pays, les investisseurs chinois avaient jusqu’au 30 juin pour signer le contrat définitif, c’est-à-dire pour boucler les financements nécessaires. Mais rien n’a été signé, a révélé dimanche dernier Tahiti Infos. Pour rappel, le projet total était chiffré à environ 270 milliards de francs, et attribué après une longue procédure à un regroupement d’investisseurs mené par Recas Global Limited, China Railway International et R&F Properties.

    Recas Global, qui a été présenté comme le chef de file de cette opération, arborait encore hier sur son site Internet le Mahana Beach dans l’onglet “Projets notables”. Recas affirme avoir reçu des manifestations d’intérêt de la Société Générale pour le financement, et des groupes hôteliers Starwood et Rosewood pour la gestion des hôtels. Mais il semblerait qu’Yvan Ko, le patron de Recas, ne soit pas parvenu à réunir les fonds dans les temps.

    China Railway est spécialisé en ingénierie et non pas en financement. De son côté, R&F Properties est déjà très endetté, à tel point que les agences internationales de notation qualifient sa cote de crédit de junk (spéculative, pour ne pas dire pourrie).

    En tout état de cause, la Polynésie française ne semble pas faire partie de ses priorités : elle a entamé en décembre dernier d’importants investissements dans l’immobilier résidentiel australien (39,4 milliards de francs en cinq ans) sur la Gold Coast et à Melbourne, sans doute un risque moindre que Mahana Beach et ses 3 000 chambres.

    Plusieurs investisseurs de Tahiti avaient également annoncé leur intention de se joindre au projet. Là non plus, rien n’a été conclu. Quant au débat sur les casinos, il n’est pas tranché ; encore faudrait-il qu’il soit ouvert pour de bon.

    Le fait que Hainan Airlines ait, entre-temps, fait l’acquisition de deux hôtels (le Hilton de Moorea et le San Regis de Bora Bora), tout en ayant les moyens d’acheminer les touristes chinois, joue-t-il en défaveur du Mahana Beach ? Et quid de l’enquête préliminaire pour favoritisme et prise illégal d’intérêt ?

    Ouverte fin décembre 2015 par le parquet,  elle avait notamment donné lieu, en janvier dernier, à des perquisitions au ministère de l’Équipement et à TNAD. Plusieurs centaines de documents avaient été saisis, en rapport les conditions d’attribution des missions d’expertise en 2013.

    En attendant, pour le Pays, la perspective de récupérer son propre investissement s’éloigne. Neuf cent cinquante millions pour l’achat et 200 millions pour la démolition du Sofitel Maeva Beach, des frais d’avocat très conséquents, des études et des terrassements… C’est plus d’un milliard et demi de francs qui ont été déboursés pour tisser le tapis rouge déroulé aux Chinois. Le gouvernement tient une conférence de presse sur le sujet ce matin. K

    C.P.

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