Mahina – Partagés entre dialogue et expropriation

    samedi 24 octobre 2015

    Les élus ont adopté jeudi le principe de la pose d’une galerie drainante dans la vallée de la Tuauru afin de faire des économies d’électricité sur les pompes de forage. Comme des revendiquants contestent les ayants droit identifiés par la commune, une délibération prévoit une expropriation pour utilité publique. L’opposition s’oppose et demande du temps, mais la majorité passe en force pour saisir l’opportunité de faire financer l’opération de près de 400 millions de francs par le Contrat de projet.

    Il était presque 22 heures, jeudi, lorsqu’a pris fin le conseil municipal de Mahina, débuté trois heures plus tôt. Trois mois après son élection à Mahina, à la suite de l’inéligibilité de Patrice Jamet, Damas Teuira mesure l’ampleur des tâches de la fonction.
    Entre plusieurs dossiers de la commune à faire avancer, la gestion parfois délicate du personnel et la recherche d’apaisement avec ses détracteurs, le nouveau maire, qui présidait seulement son 2e conseil municipal de sa mandature, a découvert qu’il lui faudrait également composer avec les élus de l’opposition.
    Et, même si, aujourd’hui, cette opposition se compte sur les doigts d’une main (voir encadré), Damas Teuira a compris que ses adversaires politiques ne lui laisseraient rien passer. Alors, c’est avec beaucoup de tact, contrairement à son bouillonnant premier adjoint Frédéric Fritch, qu’il a fait face aux tentatives de déstabilisation. Même la présence, dans le public, des opposants à la pose des compteurs de Ahonu n’a pas désorienté le nouveau maire.

    Faire des économies

    Sur les 26 délibérations, adoptées jeudi soir, une grande majorité des projets n’ont même pas fait l’objet de discussion. Mais c’est encore une histoire d’eau qui a ouvert le robinet du débat. Car il a été demandé aux élus d’approuver le principe de la réalisation d’une galerie drainante dans la vallée de la Tuauru et de son plan de financement. Ce dossier passait en urgence, car la commune a l’intention de déposer une demande de financement au Contrat de projet, dont les instances se réuniront la semaine prochaine.
    L’opération consiste à poser une conduite dans la vallée afin de récupérer par gravitation l’eau de la rivière. Le débit naturellement important de la Tuauru permettrait à la commune d’arrêter l’un de ses trois forages (celui de Queyranne, à l’entrée de Mahinarama) et de faire une économie substantielle sur sa facture d’électricité.
    Les charges de pompage s’élèvent aujourd’hui à 115 millions de francs par an. Ce projet de délibération, qui sollicite le soutien du Pays et de l’État à hauteur de 85 % des 393 millions de francs du coût total de l’opération, était accompagné de deux autres délibérations : l’une autorisant le maire à signer un bail de longue durée (50 ans) pour la location de la parcelle (1 million de francs par an) qui accueillera un local technique et l’autre à obtenir les autorisations amiables ou, à défaut, la déclaration d’utilité publique par le haut-commissaire.
    Si le groupe Mahina ia hoe a compris l’intérêt de créer la galerie drainante, c’est la manière d’imposer le projet qui a fait monter au créneau les élus. En tête, Lucie Lucas craint que cela remette en cause les discussions déjà engagées avec les propriétaires dans la vallée, d’autant que des revendiquants contestent la désignation des ayants droit identifiés par la mairie.
    Hervé Taputuarai voit dans la dernière délibération ni plus ni moins qu’un chantage : “S’il n’y a pas d’accord amiable, la mairie demandera l’expropriation”. L’élu comprend que les propriétaires n’auront pas le choix et qu’ils ne pourront pas non plus prétendre à une indemnisation.
    Le maire et son directeur général des services ont bien tenté d’expliquer que la priorité était d’inscrire le projet, et de négocier après. Ils n’ont guère convaincu non plus en prétextant que la délibération pour l’expropriation était une obligation du Code général des collectivités territoriales (CGCT). Lucie Lucas n’a pu obtenir le numéro de l’article du CGCT qui prévoie cette procédure… Les trois élus ont voté contre cette dernière délibération. Ils ont également voté contre cette formule d’expropriation (autorisation amiable ou par défaut la demande d’utilité publique) utilisée dans une autre délibération concernant la pose d’un émissaire en mer à Hitimahana (pour évacuer les eaux des stations d’épuration des lotissements Fareroi et Matavai).

    J.-L.M.

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