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Maiao, l’île interdite, s’ouvre doucement à la modernité

jeudi 6 juin 2019

(© Florent Collet)

(© Florent Collet)


Une délégation du gouvernement menée par Édouard Fritch s’est déplacée mardi dernier sur l’île interdite, Maiao. Les doléances de la population sont peu nombreuses mais d’une importance vitale : l’eau et l’électricité. Une perspective qui traduit peu à peu l’ouverture de l’île vers l’extérieur et son modernisme.

L’arrivée au début du XXe siècle d’un commerçant peu scrupuleux ayant accaparé des terres pour rembourser les dettes des habitants dans son magasin a marqué l’histoire de Maiao. Chat échaudé craint l’eau froide et, depuis, aucun étranger n’est autorisé à poser le pied sur l’île. Les règles se sont assouplies, mais même les représentants du Pays ne peuvent passer la nuit à terre.

Néanmoins, c’est avec plaisir que la population de l’île reçoit des visiteurs. Ce fut le cas mardi, avec une délégation du gouvernement menée par Édouard Fritch. “Ce qui me préoccupe le plus, désormais, c’est de nous obliger à avoir une fréquence plus importante de visites à Maiao. Nous sommes passés, il y a un an. J’espère que, dans l’année qui va venir, on y reviendra parce que je crois effectivement qu’ils ont besoin de notre présence même si, en fin de compte, il y a très peu de doléances. C’est eux qui nous ont mis là où nous sommes
aujourd’hui. On leur appartient, quelque part. Donc, c’est une demande légitime de leur part que nous venions les voir.”

 

Une eau qui rend malade

 

Des doléances qui ne sont pas nombreuses mais d’une importance vitale. Tama Ina, infirmier de l’île et l’un des plus au fait des maux de la population, pointe les besoins des habitants. “Le plus important, et c’est une envie des gens de Maiao depuis longtemps, au moins 40 ans, c’est le courant, et de l’eau. C’est tout. L’eau de pluie vient dans la citerne et elle n’est pas potable. J’ai souvent des malades à cause de cela.”

Ce sont les deux dossiers abordés par le gouvernement, avec Evans Haumani, le tavana de Moorea, et Henri Brothers, le maire délégué.

Pour l’eau, la commune va, comme à Bora Bora, faire intervenir des experts qui, par hélicoptère, pourront identifier le stock de la lentille d’eau de l’île. “J’ai dit à tavana qu’il ne faut pas l’exploiter avec une ou deux fontaines d’eau où les gens viennent tous les jours. La réalité, c’est qu’il faut que des conduites soient tirées.”

L’électricité, elle aussi, pourrait faire son apparition dans les foyers de l’île. Un chantier qui, avant même de démarrer, représente des années de discussions. Mais aujourd’hui la population semble prête à faire le grand saut. “D’après les enquêtes faites par la commune, les gens sont prêts à payer mais estiment qu’au-delà de 10 000 francs, cela ne pourra pas marcher”, indique le président du Pays, Édouard Fritch.

 

De l’énergie hybride pour l’île

 

Si la commune a fait le choix d’une énergie hybride avec l’installation de panneaux solaires, des études doivent d’abord être menées pour recenser les réels besoins en kilowatts de la population, puis avoir les accords des propriétaires terriens pour l’installation des poteaux.

Une perspective qui traduit peu à peu l’ouverture de l’île vers l’extérieur et son modernisme. Les 25 règles pour les étrangers arrivant à Maiao s’assouplissent, et la population n’est plus si réfractaire au monde extérieur.

“Cette interdiction n’est plus une bonne chose selon moi”, confie Tama Ina. “Mais il faut que les gens qui viennent respectent ce que nous faisons ici. Par exemple, on n’a pas l’habitude que les gens viennent sur la route en bikini. S’ils veulent faire ça, ils peuvent le faire à la plage. Des touristes viennent deux à trois fois par semaine : on leur dit simplement de respecter. Après, ils ne passent pas la nuit à terre, ils retournent sur leur bateau.”

En plus de ces visiteurs de passage, un prestataire de Moorea propose également depuis peu des journées de découverte sur l’île interdite.

Pour que ce nouveau type de ressource profite au plus grand nombre, la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, présente mardi, a invité la population à monter un comité du tourisme. Mais à l’image du quotidien paisible de ses habitants, l’île ne veut pas être brusquée et souhaite continuer à son rythme. “Il faut faire attention à notre regard extérieur qui perçoit les choses différemment”, prévient le président du Pays.

“Nous avons une perception très modernisante des choses. On a envie que les choses aillent vite. Ici, ils prennent le temps. Il faut respecter cela. Je suis originaire des îles et je suis un petit comme eux. Je pense que ce n’est pas la peine de se presser pour ensuite devoir revenir derrière. En général ça coûte plus cher.”

 

FC

 

Hommage à un enfant de l’île

Une stèle a été installée à côté du temple de l’île. Photo : Florent Collet

Une stèle a été installée à côté du temple de l’île. (Photo : Florent Collet)

Moment d’émotion pour la population et les élèves du collège au moment de se remémorer le jeune adolescent décédé en septembre 2018 à Mamao après avoir été renversé par une voiture. L’enfant était le meneur de la troupe de danse du collège qui a remporté le heiva taurea en 2018. Le voyage à Maiao et le thème du spectacle 2019 est aussi un hommage à l’enfant dont les racines étaient à Maiao.

Une pierre tombale lui rend désormais hommage à côté du coquet temple de l’île. Après le discours de son grand-père, le pasteur de Maiao, Édouard Fritch a évoqué “Papeete et ses tentations où certaines personnes ne font pas attention aux autres. Les enfants des îles n’y sont pas préparés et peuvent être victimes de plein de choses comme la délinquance.”

 

La future navette a trouvé son cap

La navette sert également au transport des paquets de pandanus. Photo : Florent Collet

La navette sert également au transport des paquets de pandanus. (Photo : Florent Collet)

C’est ce que l’on appelle un serpent de mer, un projet évoqué maintes fois qui peine à aboutir. Sous-dimensionnée, avec seulement 12 places et une consommation de 1 000 litres de carburant par traversée, la navette, seul lien entre Maiao et le reste du monde, ne répond plus aux besoins de la population. Un premier projet a été présenté et refusé par le Pays en raison de son surdimensionnement : un navire de 60 places.

Un nouveau dossier est en cours de montage, capable d’accueillir 30 passagers et adaptée aux évasan les moins urgentes. D’un coût estimé à 100 millions de francs, elle devrait être financée par l’État et le Pays qui a donné son accord de principe à ce sujet. Elle pourrait assurer ses premières liaisons en 2020.

Comme celle qui assure aujourd’hui la liaison Maiao/Moorea, elle permettra également l’envoi du pandanus de l’île et le transport des marchandises de l’île Soeur vers l’île interdite.

 

Le collège de Afareaitu en découverte

Le collège a donné le spectacle primé à Toata devant la population de l’île. Photo : Florent Collet

Le collège a donné le spectacle primé à Toata devant la population de l’île. (Photo : Florent Collet)

C’est un projet pédagogique entamé dès le début de l’année scolaire qui a trouvé son aboutissement, mardi. Une cinquantaine d’élèves de collège de Afareaitu a profité du voyage gouvernemental pour embarquer à bord du Tahiti Nui.

Issus de tous les niveaux, de la 6e à la 3e ainsi que de CPAP (certificat polynésien d’aptitude professionnelle), des élèves ont participé au heiva taurea, en mars dernier, où ils ont remporté le prix du meilleur orchestre. “Les plus assidus ont fait le voyage”, explique Vaitiare Cruvellier, professeur de lettres tahitiennes au collège. “Le thème que nous avons choisi cette année est celui du pandanus, une matière première très exploitée à Maiao. Ne serait-ce que le déplacement à Maiao est une finalité en soi du projet pédagogique. Pour les élèves, c’est aussi l’occasion de voir un autre mode de vie car la population, ici, ne vit pas comme à Moorea où nos jeunes sont confrontés à toutes les technologies, le vini, internet, etc. Ce n’est pas le cas forcément ici, où l’on vit du coprah, du pandanus, où l’eau est vraiment rare et précieuse. C’est très important qu’ils soient confrontés à cela. Ils avaient hâte de venir car beaucoup n’ont jamais mis les pieds à Maiao et ne savaient même pas où l’île se trouvait.”

Le collège de Afareaitu est également l’établissement où la plupart des enfants de l’île poursuivent leur cursus. Mareta, élève de 3e, de retour auprès des siens le temps d’une journée, est très fière de faire découvrir son monde à ses camarades. “Je suis contente de pouvoir revoir ma famille et danser devant eux. Ils ont vu qu’il y avait plein de cocotiers. Ils ont dit que c’était joli. Je crois qu’ils aimeraient tous vivre ici, la plupart d’entre eux me disent qu’ils ne veulent plus rentrer pour aller à la mer et visiter.”

 

Un repli qui favorise la déscolarisation

“Nous étions sept en CM2 à Maiao, quatre sont venus à Moorea. Certains ne voulaient pas quitter leurs familles. Pour d’autres, c’est la famille qui ne voulait pas, mais c’est quand même nous, les enfants, qui décidons”, assure la fillette.

Ses chiffres ne font pas office de statistiques officielles. Mais le problème de la déscolarisation des enfants de l’île est réel et les raisons facilement identifiables. “Je ne vois pas trop mes parents, je reviens juste pour les vacances. Mais après le collège, j’irai quand même au lycée. Après, par contre, je reviendrai vivre ici parce que c’est mon île. C’est là où j’habite, là où je vis. Ici, j’aime tout : la mer, les balades. Par rapport à Moorea, que je ne connais pas trop, ici je connais tout, je sais où je vais. À Moorea, je ne vais pas faire ce que je veux.”

Un attachement viscéral des jeunes pour l’île que reconnaît également Tama Ina, l’infirmier de l’île. “Le problème, c’est que les enfants d’ici n’ont pas l’habitude d’aller à Papeete ou Moorea, ils sont habitués à rester à côté de leurs parents. Même les parents n’ont pas envie de les envoyer, ils veulent voir ce que font leurs enfants. Certains parents sont comme ça.”

Un sentiment parental logique mais qui s’oppose à l’obligation de scolariser ses enfants jusqu’à l’âge de 16 ans. John Toromona, élu de Moorea et membre du conseil d’administration de l’établissement de Afareaitu, a réuni les parents pour leur rappeler leurs obligations ainsi que tous les moyens mis en oeuvre, le logement et le transport des enfants de l’île étant intégralement pris en charge par les autorités.

 

Remise de matériel de construction

photo leg matériauxLes marins du Tahiti Nui n’auront pas chômé mardi dernier, effectuant toute la journée des allers-retours en barge vers le petit quai de l’île pour acheminer les seize lots de matériaux attribués à 22 familles de l’île. Des citernes, des poutres de bois, du ciment ou des parpaings destinés à l’amélioration de leurs fare pour un total de 16 millions de francs.

 

PANDANUS MAIAO

Avec le coprah, le pandanus reste la principale ressource de Maiao, qui est l’île du fenua à en produire le plus. (Photo : Florent Collet)

EAU MAIAO

Même si elle n’est pas potable, l’eau est particulièrement précieuse pour les habitants. (Photo : Florent Collet)

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