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La main tendue pour mettre un terme à l’échec scolaire

mardi 28 mars 2017

haka

La pierre angulaire du programme de la mission de lutte contre le décrochage scolaire est la culture polynésienne. Ici, les garçons sont en plein cours de haka avec Thierry, du groupe de danses marquisiennes Taki Toa. (© Vaiana Hargous)


La mission de lutte contre le décrochage scolaire a été mise en place en 2015 par le ministère de l’Éducation et la direction générale de l’éducation et des enseignements afin de venir en aide aux jeunes de 16 à 25 ans qui ont eu un accident de parcours. Sur les 100 jeunes accueillis au cours de l’année scolaire 2015-2016, 84 ont pu trouver une solution de formation ou de qualification grâce à ce dispositif expérimental. Un dispositif qui utilise notamment l’identité culturelle polynésienne comme levier pour restaurer l’estime et la confiance en soi des jeunes afin de les remobiliser, de les replacer en dynamique d’apprentissage et de les amener sur une trajectoire de reprise de formation.

Jeudi dernier, 9 heures. Dans l’une des salles de l’ancienne École normale, route de l’hippodrome, à Pirae, le cours de haka marquisien est bien entamé. Les garçons répètent une énième fois leur programme avant que Thierry, du groupe Taki Toa, qui leur enseigne les danses du Henua Enana depuis le mois de novembre dernier, fasse une petite mise au point.

“Quand il fait son ‘orero, tout le monde doit le respecter et écouter, rappelle-t-il à l’assistance, mi-attentive. Parce que c’est là qu’on va entrer dans la danse, et l’entrée est très importante, elle doit être énergique et puissante pour que le mana prenne.”

Là, le Marquisien obtient toute leur attention et en profite pour leur demander : “Qu’avez-vous pensé du cours, c’était bien ?” “Oui, monsieur, mais il faut qu’on répète encore”, lui répond Pierre.

Ce débriefing est devenu une habitude pour Thierry. “Je leur demande toujours ce qu’ils ont pensé du cours parce que parfois, je dois hausser un peu le ton pour les calmer et les recentrer, confie-t-il. Et je n’ai pas envie qu’ils le prennent mal parce que ce que j’essaie de faire à travers l’apprentissage de la danse, c’est de les mettre en valeur pour casser cette timidité qu’ils ont.”

Ils”, ce sont les jeunes qui ont intégré les différents modules de la mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS) (lire en pages suivantes). Dans les grandes lignes, il s’agit d’une priorité de la politique éducative du Pays, et plus globalement de l’État, puisque des MLDS ont été montées partout en métropole pour essayer de redonner une chance à tous les jeunes qui, pour des raisons X ou Y, ont eu un accident de parcours.

Dans le détail, au fenua, “l’idée est de ne pas utiliser les mêmes pratiques qu’au lycée et au collège, mais d’innover des pratiques pédagogiques intéressantes qui redonnent le goût de l’apprentissage”, confie Anne-Valérie Faara, coordinatrice de la MLDS qui, avec Christine Toromona, conseillère pédagogique, et Riorita Tevenino, enseignante spécialisée, ont monté de toutes pièces ce programme de sauvetage lancé à la rentrée 2015/2016.

“Par exemple, en mathématiques, l’enseignant fait d’abord travailler les jeunes sur des énigmes afin de leur rendre le goût de la recherche et de la curiosité, puis il réintroduit petit à petit les mathématiques, poursuit-elle. L’idée est d’aller vers des pratiques innovantes et valorisantes pour les jeunes.”

 

Un voyage à Rapa Nui en préparation

 

Et la pierre angulaire de ce système nouveau, c’est la culture. “On utilise beaucoup le levier de l’identité polynésienne, reprend Anne-Valérie Faara. On a des enseignants en art et culture, notamment un, Taua, qui intervient assez régulièrement pour travailler sur la généalogie, d’où ils viennent, et bien d’autres pans de la culture afin de les y ancrer.”

“On fonctionne aussi autour d’un projet pédagogique. L’année dernière, il s’agissait de les emmener au Heiva des écoles, où ils ont présenté un spectacle. Cette année, on a décidé d’aller un peu plus loin en essayant de les emmener à l’île de Pâques. Et l’idée est de fédérer tous les enseignants autour de ce projet pédagogique. Le matin, c’est l’enseignement théorique, et les après-midi sont consacrés majoritairement à des activités autour de ce pôle culturel. On a de l’artisanat, du tressage, du sport, de la danse marquisienne, de l’espagnol, de la couture, de la fabrication de colliers…”

“Et tout ça a un double objectif, poursuit Anne-Valérie Faara : les valoriser à travers les activités et en même temps pouvoir aboutir à des productions et faire des levers de fonds pour partir, qu’ils se mobilisent pour leur projet. Au-delà de ça, c’est aussi de travailler sur l’esprit d’équipe et sur l’expression de soi. L’idée de les recentrer sur leur culture, c’est toute une étape, mais une fois qu’ils sont dedans, ils se retrouvent : qui ils sont, pourquoi ils sont là, d’où ils viennent, quelles sont les caractéristiques de leur culture…”

 

“On donne du sens aux enseignements”

 

Au vu du premier bilan de ce dispositif expérimental (lire ci-dessous) qui n’en est qu’à sa deuxième promotion, on peut se risquer à dire que l’équipe de la MLDS a trouvé la formule qui marche.

“On donne du sens aux enseignements, souligne Christine Toromona, conseillère pédagogique et référente. Ils savent que tout converge vers le projet Rapa Nui. Nous utilisons la pédagogie de détour pour les amener là où on veut les amener, sans qu’ils s’en rendent compte. Mais ce qui fait le succès de cette plateforme, c’est aussi la posture bienveillante des enseignants. On ne pointe pas du doigt leurs faiblesses, on cherche leurs compétences, leurs qualités.”

“Ces jeunes, ce sont des amours, intervient Taua, leur enseignant en art et culture. Mais avant d’arriver ici, on ne leur avait jamais dit qu’ils avaient de la valeur, c’est fou !”

“Donc ce qu’on fait, ajoute Anne-Valérie Faara, c’est essayer de les valoriser, notamment à travers tous les ateliers qu’on fait, pour que chacun découvre qu’il a des talents, pour qu’ils reprennent suffisamment confiance en eux pour rebondir et repartir de là où ils se sont arrêtés.”

“Je suis convaincue de la nécessité d’avoir une relation de qualité avec les jeunes, conclut Christine Toromona. Et notre objectif, à terme, est de montrer que ça marche. C’est d’arriver à devenir l’exemple et à impulser dans tous les établissements des pratiques qui permettent de mieux faire entrer les jeunes dans l’apprentissage.”

 

Vaiana Hargous

bal

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