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Makatea : une exposition et une manifestation à la présidence

jeudi 1 décembre 2016

makatea

“Je manifeste pour ma terre. Jadis, il y a eu une extraction. On ne veut plus que ça se répète. À d’autres, les belles promesses sur la réhabilitation. Elles n’ont jamais été tenues !”, s’agaçait, hier matin, Donata Maihota Vaitahe (au centre de la photo), ayant droit et membre de l’association des propriétaires Fatu fenua no te Makatea. (© Marie Guitton)

 

L’exposition “Makatea, passé-présent-avenir” est ouverte au public, de 9 à 17 heures, jusqu’au 3 décembre, sous le chapiteau de la présidence. Des opposants au projet d’extraction du phosphate résiduel qu’elle défend assurent qu’ils tiendront, eux aussi, la permanence devant le bâtiment. De quoi nourrir le débat, jusqu’à ce que le gouvernement prenne position.

 

 

Les premiers visiteurs ont été accueillis par une centaine d’habitants et de propriétaires terriens chantant leur mécontentement devant les grilles de la présidence…

L’exposition “Makatea, passé-présent-avenir”, inaugurée hier pour présenter au public le projet d’extraction de phosphate résiduel, promet d’alimenter le débat.

Des panneaux explicatifs y présentent l’histoire de l’île et ses espèces endémiques, la chasse aux kaveu, des images d’archives de la première période d’exploitation par la Compagnie française des phosphates d’Océanie (CFPO) ou encore les modalités et gros chiffres du projet actuel (qu’a déjà publiés La Dépêche de Tahiti dans son édition du 23 novembre 2016).

Espérant convaincre par son effort de transparence, la société Avenir Makatea, qui porte le projet depuis maintenant six ans, et qui organise l’exposition, ne le cache pas : oui, en 1966, la population de Makatea ne s’était pas enrichie, certains oiseaux endémiques avaient souffert et la CFPO avait filé à l’anglaise, pour ne pas dire à la française. Un article des Nouvelles sur le gâchis de Nauru est aussi donné à lire.

Mais ces erreurs, Colin Randall, le fondateur de la société australienne, promet de ne pas les reproduire, détaillant la façon dont les hectares exploités seront réhabilités et se félicitant du
‘processus démocratique” engagé.

Hier, des opposants au projet ont néanmoins été stoppés aux grilles de la présidence. Parvenant finalement à entrer à 10 heures, une heure après l’ouverture de l’exposition, leurs arguments étaient proches de ceux que nous avaient confiés les habitants de l’île, samedi dernier (La Dépêche de Tahiti, 26 novembre 2016).

“Si on recommence ce qu’il s’est passé avant, c’est foutu ! ” lâchait ainsi un papy de Tikehau, 85 ans, propriétaire de terres à Makatea. “C’est toujours les mêmes personnes qui s’enrichissent, et nous, on reste pauvre. Il y a beaucoup de tchatcheurs, mais ils ne tiennent jamais parole”, ajoutaient une mère et sa fille de Papara, de 73 et 47 ans.

 

Fritch absent

 

 

“Du phosphate pendant 25 ans, ce n’est pas du développement durable. Après, il va rester quoi ?”, s’interrogeaient d’autres propriétaires, qui préféraient miser sur les initiatives agricoles ou apicoles des habitants. Aujourd’hui, leurs terres ne leur rapportent rien.

“Mais ce n’est pas qu’une question matérielle”, assurait Tapu Faahei. “Posséder ces terres, ça nous rapporte de voir Makatea toujours debout pour nos enfants.”
Sous le chapiteau, de nombreuses autres dents grinçaient à la lecture des panneaux : “Tu connais le jeu Minecraft ? C’est ça leur réhabilitation : il y a des petits carrés, des petits cubes, et puis voilà !”, ironisait un visiteur anonyme.

Quant à l’impact sur l’environnement : “La Diren (direction de l’environnement, NDLR) avait rendu un avis défavorable sur la première notice d’impact. Où est la seconde étude ?”, s’interrogeaient les membres d’une association écologique et d’un bureau d’études, tandis que Danny Pittman, la présidente de l’association Te Rupe no Makatea, promettait de demander une contre-expertise.

Le maire de Rangiroa et le maire délégué de Makatea ont, de leur côté, réitéré hier leur soutien au projet, présenté comme “crucial” et “incontournable” pour “encourager des projets de développement”, créer des emplois et “rendre sa dignité” à l’île.

Reste à connaître la position du Pays. Le président Édouard Fritch, dont le gouvernement a pourtant promis d’écouter l’avis de la population, aurait visité l’exposition à 7 heures du matin, avant son ouverture au public, en compagnie de Colin Randall.

Marie Guitton

 

Avec cette exposition, la société Avenir Makatea veut jouer  la transparence, en détaillant notamment les modalités  de la réhabilitation des hectares exploités. Plusieurs chiffres  sur les revenus qu’elle compte tirer de l’extraction du phosphate résiduel sont également dévoilés. (© Marie Guitton)

Avec cette exposition, la société Avenir Makatea veut jouer la transparence, en détaillant notamment les modalités de la réhabilitation des hectares exploités. Plusieurs chiffres sur les revenus qu’elle compte tirer de l’extraction du phosphate résiduel sont également dévoilés. (© Marie Guitton)

 

 

Colin Randall, fondateur d’Avenir Makatea, la société australienne qui porte le projet d’extraction du phosphate résiduel : “Je suis très satisfait de voir que nous sommes dans un processus démocratique”

colin randall

(© Marie Guitton)

 

Beaucoup d’associations contestent votre projet, qu’en pensez-vous ?
Je ne pense pas qu’elles soient nombreuses. J’ai compris qu’elles étaient trois. En Australie, si nous avions une réelle opposition, il y aurait 500 personnes.

J’ai déjà rencontré les associations. Nous n’avons rien à cacher. Nous avons dévoilé les chiffres du projet. Nous avons des jeunes de Makatea qui travaillent avec nous. Certaines pierres, ici, c’est eux qui les ont portées.
Il y a plus de 300 parcelles qui représentent peut-être 7 000 personnes. Nous progresserons petit à petit, négocierons avec chaque propriétaire. La terre, l’eau et la forêt sont très importantes pour les personnes qui ont une relation avec Makatea. Cette exposition démontre clairement que nous avons pris en considération ces trois points clés.

Je suis très satisfait de voir que nous sommes dans un processus démocratique. Le gouvernement nous a dit : “Vous présentez le projet et nous écouterons ce que les gens en disent.”

 

Allez-vous explorer Mataiva après Makatea ?
Non, non. On ne peut pas extraire à Mataiva. D’un point de vue minier, c’est un projet très pauvre et mauvais, parce que c’est dans l’eau.

 

Pensez-vous avoir le soutien du gouvernement local ?
La commune de Rangiroa, qui incorpore Tikehau, Mataiva et Makatea, a unanimement soutenu le projet. Le président du Pays était là plus tôt ce matin (hier, NDLR), je lui ai personnellement fait visiter l’exposition et il était très impressionné.

 

La Chine et le Maroc développant leurs capacités de production, la Banque mondiale prévoit une forte chute du cours des phosphates dans les prochaines années… Vos projections se basent sur 13 800 F la tonne, soit à peu près le cours actuel. Êtes-vous certain des gains que vous annoncez ?
Lorsque vous regardez le phosphate, vous devez considérer plusieurs facteurs. L’un d’eux est la teneur en phosphate. Le Maroc vend du 29-30 %. Le phosphate de Makatea est à 35 %. Donc c’est plus élevé.

Ensuite, il y a les métaux lourds. L’un d’entre eux, qui est vraiment mauvais, est le cadmium. Avec un taux de cadmium très bas, on a la possibilité d’aller dans l’agriculture biologique. Au Canada, quand la tonne de phosphate est vendue 100 dollars, elle passe à 300 dollars pour l’agriculture biologique. Or le phosphate de Makatea est pauvre en cadmium, comparé à celui du Maroc.

Enfin, le Maroc extrait du phosphate au Sahara, qui est une zone de conflits, donc beaucoup de gens dans le monde refusent de prendre du phosphate de cette zone.

La Nouvelle-Zélande s’approvisionne aujourd’hui en phosphate de Jordanie, Tunisie, Maroc, Chine, Christmas Island, Pérou et Nauru. Mais Makatea est 5 000 kilomètres plus proches de la Nouvelle-Zélande que le Maroc…

Donc oui, les prix mondiaux fluctuent. Mais la qualité et la localisation sont importantes.

 

Propos recueillis par M.G.

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