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Makatea – Le projet d’exploitation suscite toujours l’inquiétude

mardi 23 mai 2017

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Makatea présente un paysage exceptionnel. Cet atoll des Tuamotu possède des falaises abruptes et est criblé de grottes. Sa biodiversité est en outre riche. (© Fred Jacq)


Cela fait cinq ans que la société Avenir Makatea, filiale locale d’une compagnie australienne, en parle, mais aujourd’hui, aucun coup de pioche n’a encore été donné. Pourtant, du côté de l’association Fatu fenua no Makatea, formellement opposée à ce projet, on reste vigilant et inquiet. L’association a donc décidé de mettre les bouchées doubles pour mettre les ayants droit de son côté.

Où en est le projet d’extraction de phosphate sur l’île de Makatea ? Cela fait maintenant cinq ans que la société Avenir Makatea, filiale locale d’une compagnie australienne, en parle, mais aujourd’hui, aucun coup de pioche n’a encore été donné.

Pourtant, du côté de l’association Fatu fenua no Makatea formellement opposée à ce projet, on reste vigilant et inquiet.

D’autant plus inquiet qu’il y a quelques semaines, un de nos confrères annonçait que le projet avait “obtenu le feu vert du Pays et du maire, au mois de novembre dernier avec, à la clé, 18 milliards de francs de bénéfices sur 30 ans et 70 emplois créés”.

Une phrase qui n’était pas passée inaperçue du côté des détracteurs du projet, et qui a immédiatement conduit l’association a demandé un rendez-vous avec le président du Pays pour éclaircir cette histoire.

En effet, l’an passé, suite à la demande de concession minière par la société Avenir Makatea, le gouvernement polynésien avait annoncé que celle-ci ne lui serait accordée que sous certaines conditions, à savoir qu’un examen de la faisabilité économique et des mesures de protection de l’environnement soit réalisé, que la refonte du code minier soit effective et que le projet remporte l’adhésion de la majorité des ayants droit de Makatea, puisque la zone d’exploitation est située quasi exclusivement sur des terres privées.

Or, aujourd’hui, la population est encore très divisée sur la question et la réglementation du code minier est toujours en cours de rénovation, et ce n’est pas demain la veille qu’elle sera bouclée.

Une rencontre entre Édouard Fritch et l’association Fatu fenua no Makatea a eu lieu vendredi 12 mai, à la présidence. Aucun élément nouveau n’a été apporté à ce dossier polémique mais le gouvernement a assuré qu’il ne s’était toujours pas positionné quant à la faisabilité du projet, au grand soulagement de ses détracteurs.

 

Fédérer les ayants droit

 

Aujourd’hui, l’association Fatu fenua no Makatea a donc décidé de mettre les bouchées doubles pour mettre les ayants droit de son côté.

Depuis trois semaines, donc, elle tient une permanence dans un local qui lui est dédié, à la mairie de Faa’a, tous les vendredis matin, de 8 heures à midi.

“Nous accueillons les gens et nous les informons de la teneur du projet et des risques que cela comporte, à la fois pour l’environnement, pour la santé publique mais aussi pour l’économie de notre île.
On les accompagne aussi dans la constitution de leur généalogie et de leurs documents fonciers. Car si Makatea compte une soixantaine d’habitants, les ayants droit, eux, se chiffrent à près de 10 000 personnes, qui vivent aujourd’hui un peu partout en Polynésie française : à Rangiroa, Tikehau, Mataiva, Moorea, Tahiti…”, explique Sylvanna Nordman, présidente de l’association Fatu fenua no Makatea.

Elle envisage d’ailleurs de créer un syndicat, une fédération ou un collectif pour rassembler toutes les associations d’ayants droit de l’île et pour pouvoir peser dans les discussions avec le gouvernement au sujet de ce projet minier dont elle ne veut pas.

De son côté, il y a deux semaines, la société australienne a publié un communiqué dans la presse pour “rencontrer les propriétaires terriens de l’île, afin d’expliquer et de négocier l’accès et l’occupation de leurs parcelles de terre”.

Elle promet d’ailleurs de réhabiliter l’île une fois son exploitation terminée et estime que, cette fois, l’extraction de phosphate sera moins impactante qu’elle ne l’a été entre 1917 et 1966 (dates de sa première exploitation), car elle envisage de ne pas trop creuser en profondeur étant donné que le phosphate visé est piégé sur le haut des parois de l’ancien forage.

“Ils veulent convaincre les propriétaires en leur disant : ‘Votre terre, c’est un nid à trous, vous ne pouvez rien y faire. Nous, on va l’aplatir et vous pourrez habiter dessus’.
Sauf que, dans la réalité, ils réussiront certes à l’aplatir, mais aujourd’hui, d’un point de vue scientifique, il semble impossible qu’ils arrivent à en faire quelque chose de vivant après l’exploitation de l’île.
Car s’ils décapent la strate de forêt primaire, on va se retrouver sur un plateau calcaire sans vie et les avis des scientifiques estiment aujourd’hui qu’une réhabilitation de l’île sera irréalisable”, lance Sylvanna Nordman.

Le spectre de Nauru plane dans les esprits de certains qui craignent que Makatea ne connaisse le même sort que cette île qui, après plus de 80 ans d’exploitation minière, ressemble aujourd’hui à un désert de cailloux où rien ne pousse.

Des essais scientifiques de réhabilitation écologique ont pourtant débuté en 2008 à Nauru, mais ceux-ci sont encore peu concluants pour le moment.

Alors que Makatea a déjà été exploitée pendant près de 50 ans, de 1917 à 1966, l’association Fatu fenua no Makatea et les associations de protection de l’environnement craignent qu’une nouvelle mise à nu des sols, avec des technologies nettement plus efficaces (excavateurs et bulldozers) que par le passé (pelles et brouettes) soit, cette fois,  fatale à Makatea.

É.P.

 

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Les craintes soulevées par les détracteurs du projet australien

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La goélette Mareva Nui II et sa barge passent deux fois par mois à Makatea. L’isolement est un des gros problèmes de l’île.
En effet, ce cargo n’accueille que 12 passagers. (© Fred Jacq)

Makatea présente un paysage exceptionnel. Cet atoll des Tuamotu possède des falaises abruptes et est criblé de grottes.

Sa biodiversité est riche. Elle abrite en effet 77 plantes indigènes. On y aurait même découvert un genre de plantes nouveau pour la science en avril 2009. Elle y abrite plusieurs espèces animales endémiques ou en voie d’extinction.

Alors, bien sûr, les associations de protection de l’environnement craignent un désastre écologique si l’exploitation venait à se faire.

D’ailleurs, il n’est pas sans rappeler qu’en 2013, la direction de l’environnement avait émis un avis défavorable à la demande de permis exclusif de recherche de la société Avenir Makatea. Pour autant, le permis lui avait été délivré…

Une autre inquiétude, cette fois d’ordre sanitaire, concerne les poussières émises par l’extraction de phosphate.

“Il y a eu une forte mortalité chez les enfants et les femmes, qui pourtant ne travaillaient pas dans l’exploitation de phosphate lors de cette période. À l’époque, on a mis ça sur le compte d’épidémies de gastro-entérite, mais qu’en est-il réellement ?”, s’interrogent certains habitants de l’île.

D’un point de vue économique, la société Avenir Makatea promet de créer 70 emplois. Mais là encore, on s’interroge et on n’y croit guère.

“Ils ont dit qu’ils souhaitaient embaucher des locaux. Mais ils ont aussi bien précisé qu’ils devaient parler anglais pour pouvoir communiquer avec le personnel australien et qu’ils les enverraient se former sur l’île Christmas pour apprendre la langue. Mais sur l’île, ils sont très peu à parler anglais. Quant à ceux qui ne le parlent pas, on a du mal à imaginer qu’ils accepteront de quitter leur famille et de partir plusieurs mois loin de chez eux en formation”, explique Fred Jacq, de la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape).

Sur place, des rumeurs courent également que le village pourrait être déplacé pour permettre l’extraction sur une zone non exploitée…

D’autre part, les annonces de la société australienne changent régulièrement…

“Au départ, ils disaient qu’ils creuseraient jusqu’à 30 mètres, puis en 2015, ils parlaient de 10 mètres, et l’an passé, l’Australien nous annonce qu’il ne creuserait que sur 7 mètres de profondeur.  Idem quant à la durée de l’exploitation : l’an passé, le projet d’extraction devait durer 16 ans, et aujourd’hui, il annonce entre 30 et 50 ans d’exploitation. La confiance est rompue, car les informations changent au gré du vent…”, explique Sylvanna Nordman.

É.P.

 

 

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