MAKEMO – L’association 193 commémore l’anniversaire du premier tir nucléaire au fenua

    mardi 5 juillet 2016

    Tous les membres de la section 193 de Makemo se sont mobilisés pour commémorer cet événement et souhaitent que leur appel soit entendu par les plus hautes institutions politiques de France et de Polynésie. (Crédit DR)

    Tous les membres de la section 193 de Makemo se sont mobilisés pour commémorer cet événement et souhaitent que leur appel soit entendu par les plus hautes institutions politiques de France et de Polynésie. (Crédit DR)

     

    La section de Makemo de l’Association 193 a organisé samedi un défilé pour commémorer le 50e anniversaire du premier tir des essais nucléaires en Polynésie française.

    Dès 15h30, plus d’une centaine de personnes étaient présentes samedi, devant le phare de l’atoll, vêtues de rouge et portant un brassard noir, selon le mot d’ordre donné par l’association. Le président de la section de Makemo, Rodoph Tahutini, et les membres de son bureau avaient organisé une marche qui se voulait pacifique, comme l’a rappelé Rodolph, dans son discours d’ouverture.

    Des jeunes enfants, munis de banderoles explicites ouvraient la marche, accompagnés de matahiapo et anciens travailleurs de Moruroa et Fangataufa ayant vécu la période du CEP. De nombreux membres étaient venus témoigner leur soutien à cette action collective, partagée par de nombreux Polynésiens au sein des archipels du fenua.

    Arrivé 20 minutes plus tard devant la mairie, le cortège s’est recueilli pour écouter les discours du président de l’association.

    Félix Tokoragi, le maire de la commune, a souhaité s’exprimer pour l’occasion en rappelant que le chiffre 193 signifiait le nombre de tirs réalisés en Polynésie française : “C’est le travail de tous, il n’y a pas de partis politiques dans cette affaire, on a traité de fous les premières personnes qui se sont élevés contre les essais et leurs conséquences. Aujourd’hui, la population se réunit pour commémorer cette action, il n’y a pas de haine contre la France, il y a juste une demande de reconnaissance.

    La Polynésie demande la reconnaissance d’un devoir de justice, c’est-à-dire que la France doit quelque chose à la Polynésie en réparation de ces essais. La santé de nos enfants pourrait être touchée… Pour conclure, il faut aussi qu’il y ait un devoir d’enseignement, nous apprenons à nos enfants les différentes Guerres mondiales mais rien n’est enseigné sur les essais qui ont eu lieu en Polynésie et plus particulièrement dans les Tuamotu. C’est un devoir de mémoire.”

    Puis tour à tour se sont succédé quelques témoignages d’anciens de Moruroa, comme celui de Tavaerai, 67 ans, agent de sécurité au centre technique de la Commission de l’énergie atomique et aux énergies alternatives, (CEA), basé sur l’atoll de Hao : “J’ai tout vu à l’époque, nous montions les éléments de la bombe nucléaire à Hao, avant de la transporter sur Moruroa. Nous portions des tenues de cosmonautes… On nous disait alors que le dosimètre était tolérable donc on ne s’inquiétait pas”.

    Il poursuit son témoignage, d’une voix claire et dépourvue de toute rancœur mais, ému, il explique que tout de même beaucoup de ses compagnons ont été malades : “Certains sont morts de cancers, de problèmes de thyroïde, et autres maladies. À l’époque, les malades étaient transportés à l’hôpital de Vaiami, mais on nous disait que ce n’était pas grave. Plus tard, après avoir quitté le CEA, je suis retourné voir ce qui se passait avec Greenpeace, mais nous avons été chassés.”

    Les Tuamotu en première ligne

    Rodoph Tahutini, président de l’association 193 de la section de Makemo a lui aussi, de 1990 à 1997, été témoin des essais nucléaires. Engagé dans la Marine nationale sur le remorqueur ravitailleur Rari, pour sécuriser les lieux, il a assisté durant son engagement à deux tirs : “Aujourd’hui il faut arrêter de se taire. Je souhaite que ce point de notre histoire soit enseigné à nos enfants. C’est un devoir de mémoire.”

    Noella Mao, secrétaire de l’association, exprime à son tour son sentiment : “On parle souvent des essais nucléaires de Polynésie. Mais ce sont les Tuamotu qui ont été en première ligne. Ce sont les Tuamotu qui ont permis à la France d’avoir la puissance nucléaire. Il ne faudra pas l’oublier s’il y a réparation. Il est important que nos institutions s’en souviennent. Nous devons aussi œuvrer pour ce que cette partie de notre histoire soit enseignée et inclue dans les programmes scolaires, au même titre que l’enseignement des Guerres mondiales.”

    Étaient aussi présents pour l’occasion les membres de la fondation Thyssen-Bornemisza Art contemporain (TBA21) de Vienne, en Autriche, en mission pour travailler sur le sujet des essais nucléaires de Polynésie. Ils ont pris part au cortège et ont suivi de près tous les témoignages qui leur seront précieux pour leurs études.

    Communiqué de la Commune de Makemo

     

    Les membres de la section 193 de Makemo ont marché jusqu’à la mairie. (Crédit DR)

    Les membres de la section 193 de Makemo ont marché jusqu’à la mairie. (Crédit DR)

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete