Habillage fond de site

Maladies transgénérationnelles : « il nous faut une étude fiable »

vendredi 5 octobre 2018

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Les membres de la commission de cadrage de la loi Morin sont actuellement en Polynésie. De gauche à droite : Jean Philippe Vuliez, Patrick Baert, Frédéric Poirrier, Annie Chapelier, Lana Tetuanui, Nicole Sanquer, Gilles Cantal et Pascale Grosclaude. (Photo : Jennifer Rofes)

Lana Tetuanui, sénatrice de la Polynésie française et présidente de la commission de cadrage de la loi Morin, a annoncé, ce jeudi, en présence de plusieurs membres de cette commission, les préconisations qui allaient être transmises au Premier ministre de la République pour l’amélioration et l’activation des dossiers d’indemnisation des victimes du nucléaire.

Les missions dévolues à cette commission étaient de faire des propositions en vue d’améliorer la loi Morin sur la spécificité de l’indemnisation des victimes des essais nucléaires. Nous avons donc, dans ce cas précis, multiplié les rencontres avec les différents ministères nationaux concernés, comme les ministères des Armées, de la Défense et de la Santé. Nous avons auditionné les associations nationales, ainsi que le Civen, l’entité officielle qui statut sur l’éligibilité des dossiers, et nous sommes allés à la rencontre des populations locales qui étaient au premières loges lors des essais nucléaires en Polynésie, les habitants de Rikitea et de Tureia”, a précisé la présidente, qui a ainsi justifié la venue en Polynésie française des huit membres sur douze de la commission de cadrage, parmi lesquels figurent Frédéric Poirrier, médecin chef du département de suivi des centres d’expérimentation nucléaires, de Patrick Baert, médecin chef des armées, Gilles Cantal, préfet honoraire, secrétaire de la commission, Nicole Sanquer, députée de la Polynésie française, Anne Chapelier, députée du Gard et vice-présidente de la commission, Jean Philippe Vulliez, professeur des universités en médecine nucléaire, et Pascale Grosclaude, médecin directrice du centre cancer du Tarn.

Rapport à la fin du mois

 

Il était important que les membres de la commission se rendent sur place, ici en Polynésie, qu’ils puissent se rendre à Moruroa, et qu’ils puissent rencontrer les populations de Rikitea et Tureia”, a ajouté Lana Tetuanui, qui a annoncé le dépôt du rapport de la commission à la fin du mois.
Depuis le retrait, obtenu par la commission, de la notion de risques négligeables qui figurait dans la loi Morin, la sénatrice a tenu à rappeler les avancées qui en avaient découlé.

En sept ans, de 2010 à 2017, sur l’ensemble des dossiers polynésiens déposés au Civen, seuls dix ont reçu une indemnisation. En neuf mois, suite au retrait de la notion de risques négligeables, tant décriée par les associations locales, ce sont 51 dossiers polynésiens qui ont été approuvés par le Civen. Et avec le rapport que nous allons bientôt remettre, nous croyons fermement que le rythme sera encore plus soutenu”, a-t-elle assuré.
Parmi l’ensemble des préconisations qui vont être faites, la présidente de la commission a annoncé qu’il allait être demandé à l’État d’ouvrir le site de Moruroa au public.

Les murs sont tombés aujourd’hui. Nous ne voulons plus entendre parler de mensonges ou de trahisons. Le nucléaire ne doit plus être tabou. Notre transparence est notre priorité”, ont précisé Lana Tetuanui et Annie Chapelier.

Il a également été question de demander la consolidation de la méthodologie du Civen, ainsi que la création d’un guichet unique, dédié à l’accompagnement des malades polynésiens. Celui-ci doit faciliter la constitution des dossiers car aujourd’hui, beaucoup arrivent au Civen incomplets, ce qui entraîne une perte de temps. Or nous souhaitons que la stratégie d’indemnisation soit la plus rapide possible”, a expliqué Gilles Cantal.

Deux autres préconisations doivent être également mentionnées, celle de la reconnaissance et la réparation morale aux vétérans de Moruroa et Fangataufa et une demande d’étude sur les maladies transgénérationnelles.

C’est un point sur lequel nous allons beaucoup insisté car nous avons la quasi confirmation de la faisabilité d’une vraie étude qui sera commandée par le Pays sur ces maladies qui alimentent un vrai fantasme local. J’insisterai beaucoup sur cette étude parce qu’aujourd’hui, nous nous basons sur des supputations. Or il nous faut une étude fiable, qui confirmera ou non ce qui se dit en Polynésie”, a martelé Lana Tetuanui.
Pour conclure, la commission de cadrage de la loi Morin a également annoncé larrivée de deux médecins experts du Civen, début novembre, qui viendront ausculter 42 Polynésiens dont les dossiers ont été validés par le Civen.

Les médecins vont se rendre auprès des patients pour évaluer la totalité des préjudices patrimoniaux et extra patrimoniaux afin de chiffrer l’indemnisation qui leur sera proposée”, a complété Frédéric Poirrier.

Jen. R

 

Trois questions à
Roland Oldham , président de l’association Moruroa e Tatou

Un Polynésien qui s’est senti bombardé, violé par les essais nucléaires n’attend pas une médaille”

La commission va préconiser l’ouverture du site de Moruroa au public. Qu’en pensez-vous ?
À quoi cela sert-il ? On ne peut rester sur le site que 3 heures. Alors qu’est-ce que cela peut apporter ? D’autant que l’on ne peut pas se rendre partout sur le site. Cette annonce n’est que de la communication pour les idiots. Si le site est réellement ouvert au public, et que des experts choisis par nos soins peuvent également s’y rendre, j’applaudirais, mais, pour l’instant, il ne s’agit que de com’.

Des experts médicaux viennent à la fin du mois pour rencontrer 42 patients polynésiens. Qu’en pensez-vous ?
C’est bien quelque part mais lorsque je vois que la délégation est conduite par le docteur Poirrier qui, durant des années, nous a dit qu’il n’y avait pas de problèmes, alors qu’il a menti, cela ne me plaît pas du tout. Tout comme le docteur Baert, qui a assuré à la télévision que les problèmes de thyroïde des gens des Tuamotu étaient dus au fait qu’ils faisaient bouillir le plomb. Je ne peux pas avoir des gens comme ça en face de moi.

Il a été question de réparation morale à titre individuel. Qu’en pensez-vous ?
Sil s’agit de remise de médailles, c’est de la foutaise. Un Polynésien qui s’est senti bombardé, violé par les essais nucléaires, n’attend pas une médaille. On me la déjà proposé, il y a quelques années. Ce que j’avais refusé car, pour moi, cela ressemblait à une insulte.

 

Trois questions à

Nicole Sanquer, députée et membre de la commission de cadrage de la loi Morin
“Les dossiers médicaux de toutes les personnes qui ont été à Moruroa sont retrouvés


Vous allez travailler avec la sénatrice sur une réparation morale de l’État vis-à-vis des vétérans de Moruroa. Comment cela va-t-il se traduire ?
Nous allons nous baser sur cette reconnaissance collective qui nous a été demandée par la population et les associations. On nous a fait des propositions. Certains parlent de médailles, d’autres de titre de reconnaissance. Le 11 septembre, la commission se réunit à Paris pour faire un point sur toutes ces propositions suggérées afin de voir laquelle nous choisissons pour l’intégrer dans le rapport.

Au sein de la commission, quel a été votre rôle ?
J’ai surtout travaillé sur les travaux du Civen, que nous avons rencontré plusieurs fois à Paris. Les deux points importants étaient la méthodologie des travaux menés par le Civen qui, aujourd’hui, nous prouvent, par les résultats, que cela fonctionne, et sur la constitution du dossier face à la lenteur administrative, à la difficulté de la victime, notamment sur le dossier médical, à trouver les pièces justificatives.

Désormais grâce au centre médical de suivi (CMS), qui a ses connexions à Paris avec le docteur Poirrier, qui est le directeur du centre d’archives, les dossiers médicaux de toutes les personnes qui ont été à Moruroa sont retrouvés et transmis par le biais du CMS à la victime, qu’elle soit vivante ou décédée, puisque je pense aux ayants droit.

 

Aujourd’hui il y a 21 maladies radio-induites inscrites dans la loi Morin. Est-il question d’en ajouter d’autres ?
Nous n’avons pas fermé la porte à cela.

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