Manger sain sans trop dépenser, c’est possible

    mercredi 13 avril 2016

    Une étude a récemment révélé que la Polynésie détenait des recors d’obésité.  Nombreux sont ceux qui considèrent que manger coûte cher. Pour la diététicienne Teuri Ly Kui, en revanche, il suffit simplement de changer ses habitudes alimentaires.

    “Allez dire aux familles à faibles revenus d’acheter ce qui est sain et qui coûte trop cher. Entre un riz lentilles punu puatoro qui nourrira la famille entière et un plat de produits allégés chers pour une seule personne, le choix est vite fait. (…) Ils font avec les moyens du bord. Manger sain, cela a un coût.”

    C’est l’un des très nombreux commentaires postés sur la page Facebook de La Dépêche de Tahiti, en réaction aux records d’obésité (38 % des hommes et 50 % des femmes) de la Polynésie révélés par une dernière étude sur le sujet. Face aux mauvaises habitudes alimentaires, se pose en effet la question du coût de l’alimentation menant aux dérives.

    “Une famille qui, pour une question d’économie, achète des caisses de cuisses de poulet, n’a pas les moyens de varier les saveurs. Avec du poulet à l’eau toute la semaine, tu ne cracheras pas sur la variance apportée par les sauces”, complète un internaute qui fait un constat fataliste : manger sain coûte cher.

     Des produits de saison !
    “Pas du tout”, répond Teuri Ly Kui, présidente de l’association des diététiciens de la Polynésie française, qui délivre ce premier conseil donné par les nutritionnistes du monde entier : il faut consommer des produits de saison !
    “En ce moment, par exemple, cela peut être les mangues vertes, les papayes vertes, les bananes vertes qui peuvent être consommées comme des légumes. Ce conseil concerne surtout les populations qui ont des fa’a’apu. Mais on peut aussi s’approvisionner au marché.”

    Les plus malins et les plus économes conseilleront même de se rendre à la fin du marché quand les vendeurs bradent leurs produits.
    “Il y a aussi toutes les feuilles locales, comme le fafa, les feuilles de patate douce, de manioc. C’est un peu moins connu, mais cela peut être consommé en tant que légumes verts.”
    Certes, la qualité a un prix, et un légume bio sera plus cher, un pain complet plus coûteux qu’une baguette, mais il est tout de même possible d’avoir une assiette équilibrée sans avoir à racler le fond de son porte-monnaie, “avec des repas qui vont être constitués d’un féculent – riz, pâtes – qui n’est pas cher, accompagné de viande ou de poisson et de légumes, souvent absents.”

    Sans sauce, mais savoureux
    Certes, comme le mentionne un internaute, la caisse de poulet bat tous les records de compétitivité, niveau prix.
    “Pour six personnes, la famille va utiliser dix kilos de poulet et deux kilos de riz. Si on réduit les portions, on va forcément dégager de l’argent. Il ne faut pas voir le coût global, mais le coût au repas. Si les dix kilos ne sont pas consommés sur un repas, mais sur l’ensemble de la semaine en réduisant les parts, il se dégagera un petit pécule. Si les légumes frais sont trop chers, comme c’est le cas en ce moment, on pourra se tourner vers des légumes en conserve”, explique la nutritionniste.

    “Ce qui est reproché aux légumes, c’est de ne pas être nourrissants et goûteux. Pour cela, il est possible d’assaisonner avec des aromates, de l’ail, de l’oignon, du rea Tahiti ou du gingembre, du miri. On en a presque tous à la maison. On peut avoir du ma’a sans sauce et qui n’a pas baigné dans l’huile, mais qui peut être savoureux. Ce sont des façons de faire que l’on ne connaît pas mais nous essayons, avec notre association, de faire des ateliers de cuisine pour faire goûter. Ce n’est pas tout de donner des recettes. Tant que l’on n’a pas eu l’expérience en bouche, on a du mal à se lancer.”
    La diététicienne s’inscrit aussi en faux contre les croyances sur les légumes en conserve ou surgelés : “Ils ne sont pas contaminés ou moins sains que les légumes frais.”

    Ne pas manger entre les repas
    Il en va de même pour les fruits. “Les gens entendent par là les fruits importés, ceux du magasin. Mais dans le quartier, il y a un manguier et beaucoup de fruits sont par terre. Peu auront l’idée d’aller les cueillir avant.”
    Au rayon importé, les fruits en compote ou au sirop “sans boire le sirop” sont aussi des alternatives bon marché. Tout est également question d’organisation et notamment du budget alloué au ma’a.

    “Les familles qui ont de faibles revenus font des courses pour le mois et les choses périssables sont achetées au coup par coup dans des magasins, où il est important de comparer les prix.”
    Encore une fois, il est question de savoir doser. Manger sain ne se résume pas seulement au contenu de l’assiette, mais aussi à ne pas manger entre les repas, ne pas trop saler ou sucrer.

    Plus de légumes, moins de viande
    “Sans vouloir tout révolutionner, on peut déjà ajouter des légumes et diminuer la viande et le féculent”, rappelle la diététicienne, qui consulte chaque jour des patients à l’hôpital de Taaone, à Pirae, au service endocrinologie. “Tous les jours, on me dit que manger sain coûte cher. Mais lorsque l’on creuse, ce n’est pas la vraie problématique, car on se rend compte qu’il y a des finances disponibles, mais que les priorités sont autres que manger équilibré.

    Nous les amenons donc à réfléchir aux dépenses inutiles ou qui pourraient être reportées sur autre chose. Une bouteille de soda de 1,5 litre coûte plus cher qu’un kilo de tomates.
    C’est pareil pour le sirop. L’eau du robinet coûte bien moins cher.”
    Au-delà du porte-monnaie, c’est parfois les habitudes et, au-delà, la psychologie qui empêche de se nourrir plus sainement.
    Manger beaucoup, sucré et gras est ainsi parfois synonyme d’un malaise psychologique que la nourriture parvient à soulager.
    “Quand le patient l’identifie, et que l’on travaille avec lui sur un autre moyen pour gérer ses émotions, en ayant parfois recours à un psychologue, nous arrivons à des résultats.”

    Florent Collet

    Des PPN plus sains ?

    “La population a bien intégré que PPN = moins cher. Cela joue”, explique la diététicienne Teuri Ly Kui, qui rêve de voir être intégrés à cette liste “les légumes et fruits, même en conserve”. Elle s’interroge en revanche sur la sauce soyu “qui est vraiment salée”.
    Son souhait pourrait être exaucé, dans le cadre de la révision de la liste des produits de première nécessité, en cours de réflexion menée actuellement par le gouvernement.

    “On définira la nouvelle liste en réunissant l’économie, la solidarité et la santé. La liste sera revue en fonction de critères de santé. Les habitudes alimentaires ont beaucoup évolué. Il y a une prise de conscience générale que certains produits ne sont pas bons pour la santé”, expliquait ainsi le ministre de l’Économie, Teva Rohfritsch, la semaine dernière.

    lecteur 2016-04-14 10:30:00
    Il y a une faute d'orthographe "records" et non "recors" comme écrit. Merci
    LEPETANT 2016-04-14 08:52:00
    Du bla-bla inutile, comme d'habitude. Il faut et il suffit d'habituer le Polynésien à manger moins et à ne jamais boire de sodas sucrés. Il n'a qu'à prendre exemple sur les Chinois qui restent minces en mangeant trois ou quatre fois moins que le Tahitien.
    lebororo 2016-04-13 23:56:00
    L'idéal est un petit jardin... tous les légumes seront naturels et frais du jardin...
    Les fruits aussi viennent du jardin. J'ai toujours mangé de mon jardin.
    Si on est au dessus du niveau de la mer c'est mieux aussi...10 à 100 mètres.
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