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“Le marché automobile a repris des couleurs »

vendredi 24 mars 2017

automobile circulation

Pour les concessionnaires automobiles, les difficultés de circulation quotidiennes à Tahiti constituent un frein à leur activité. Pour Jacques Solari (en médaillon), leur porte-parole, les solutions alternatives au tout-automobile sont souhaitables et sont “complémentaires, pas concurrentielles”. (© DR)


Les années de crise dans le secteur de l’automobile semblent passées. Le marché a repris des couleurs en 2016 et cette tendance devrait se maintenir cette année. Tour d’horizon avec Jacques Solari, président du syndicat des concessionnaires automobiles.

Comment s’est comporté le marché de l’automobile en 2016 ?

Il y a toujours un décalage entre les chiffres transmis par les concessionnaires et ceux du service des Transports terrestres, sans doute lié aux délais d’enregistrement. Sur la base des chiffres officiels d’immatriculations, les concessionnaires ont vendu, l’an passé, 4 526 véhicules contre 3 920 en 2015. Soit une hausse de 15,45 %. C’est une bonne nouvelle car, en l’espace de cinq ans, les ventes d’automobiles avaient été divisées par deux.

 

Les professionnels ont fait le dos rond pendant la crise…

Oui, le marché était effectivement vraiment en crise, en raison d’abord de la crise économique, mais aussi à cause de la fuite en avant des banques avec l’apparition des crédits sur sept ans. Certes, ça a d’abord dopé le marché, au profit notamment de véhicules assez hauts en gamme, mais cela a aussi induit un renouvellement plus lent. Nous sommes revenus à des crédits sur cinq ans. Globalement, le marché automobile a donc repris des couleurs.

 

Comment le secteur s’est-il organisé pour traverser la tempête ?

Avec un marché divisé par deux, il est certain que les concessionnaires ont dû adapter leurs structures. Il y a eu des regroupements de marques, l’abandon de certains showrooms, sauf pour les marques de luxe qui ont gardé des espaces de vente exclusifs, une réduction de la publicité… afin d’adapter les charges au contexte.
Cette tempête a aussi offert des opportunités de rachats de marques dans les groupes automobiles.

Sur le plan social, cela a laissé des traces sur l’emploi. Il y a eu des départs à la retraite ainsi que des licenciements économiques. Depuis quelques mois, avec la légère embellie économique, on observe à nouveau quelques embauches.

 

Quel a été l’impact des mesures d’incitation mises en place par le Pays en faveur des voitures dites “propres” ?

Il est en effet important de souligner l’impact très positif de ces primes, comprises entre 300 et 500 000 F en faveur des véhicules hybrides ou tout électriques, mises en place en juillet 2016. Elles ont dopé le marché. Sans oublier que ces véhicules sont exonérés de taxes.
C’est un segment de marché qui progresse et qui a représenté environ 150 véhicules rien que sur le dernier quadrimestre 2016, et qui va encore augmenter sa part de marché à l’avenir.

Sur le début de l’année 2017, environ 15 % des ventes sont constituées par les autos hybrides ou électriques. L’offre ne cesse de s’élargir : Toyota, Renault, Peugeot, Hyundai, Porsche, Tesla, bientôt BMW, etc.

Le gouvernement nous a assurés que les primes seraient reconduites ce mois de mars, et nous souhaitons l’exonération également. Les véhicules propres sont en moyenne plus chers et, avec le temps, cette progression spectaculaire va se ralentir.

Ces nouvelles technologies imposent aux concessionnaires de nouvelles formations, des investissements notamment dans le traitement des batteries.

 

Les perspectives pour 2017 sont donc positives ?

Cette année semble en effet confirmer le léger mieux au niveau de l’économie. Mais il ne faut pas oublier que la crise a eu des effets négatifs sur les investissements. Cela a concerné les halls, l’après-vente, l’outillage, les formations.

Pour certains d’entre nous. Il y a donc des remises à niveau nécessaires. Les concessions automobiles emploient environ 550 personnes, dans la vente comme dans l’après-vente, mais il y a beaucoup d’emplois indirects.

 

Y a-t-il une évolution au niveau des choix de motorisation, pour les véhicules à moteur thermique ?

Les motorisations diesel sont moins demandées qu’auparavant. Une tendance qui sera appuyée, cette année, par une réduction des taxes sur les moteurs de moins de 4 chevaux, essentiellement des véhicules d’entrée de gamme, citadines, berlines…

 

Certains segments de marché progressent-ils davantage que d’autres ?

Oui, la progression des SUV (Sport utility vehicle, NDLR) se poursuit de manière très sensible, environ +20 % en 2016. C’est le cas également des petites berlines, dans les mêmes proportions. Ce sont les berlines moyennes qui affichent le plus beau score, avec + 42 %, au détriment des pick-up qui enregistrent une baisse de 14 %. Le segment des crossover est en légère croissance.

 

Quelle est la marque leader au fenua, et le modèle plus vendu ?

En 2016, la marque qui a vendu le plus de véhicules a été Peugeot. Le modèle qui a rencontré le plus de succès a été le Dacia Duster.

 

Comment se porte le marché de l’occasion ?

Les concessionnaires renforcent leurs positions sur le marché de l’occasion, mais je ne connais pas les chiffres de vente en 2016. On constate que l’état global des véhicules s’est amélioré au cours des dernières années. On observe également l’apparition de nouveaux acteurs, avec des patentés qui exercent leur activité en utilisant les réseaux sociaux.

 

La tendance est à la personnalisation très poussée des autos, grand choix de couleurs, de niveaux d’équipement. Est-ce une nouvelle difficulté pour les concessionnaires ?

Pas vraiment, car cela concerne surtout des modèles ludiques, sur de faibles volumes. Cela peut rallonger le délai de livraison, mais qui devrait rester aux alentours de quatre mois. Ça reste pour l’heure un phénomène anecdotique.

 

L’autorité de la concurrence a dénoncé récemment, concernant la vente des véhicules neufs, un secteur d’activité très concentré. Partagez-vous cet avis ?

C’est un phénomène naturel, il n’y a rien de surprenant. Et il a été accentué par les années de crise, comme nous l’avons évoqué. Nous prenons note de l’analyse de l’Autorité de la concurrence, mais cette situation est en lien direct avec des questions de taille critique, de nécessité de disposer d’un portefeuille étoffé de marques.
Nous sommes cinq opérateurs en Polynésie française, alors qu’il n’y en a que quatre sur l’île de La Réunion, bien plus peuplée.

 

Le réseau routier tahitien asphyxié à certaines heures ne constitue-t-il pas un handicap ?

Absolument, et ces difficultés à circuler sont évoquées depuis longtemps par notre syndicat. C’est néfaste à notre activité.

 

Êtes-vous opposé aux solu­tions al­ternatives au tout-automo­bile ?

Absolument pas ! Nous souhaitons une amélioration des transports en commun terrestres, et pourquoi pas à la mise en place de transports en commun par voie maritime. Pour nous, ce n’est pas concurrentiel, c’est complémentaire. Ça irait dans le bon sens. On souligne souvent l’attachement de l’automobiliste polynésien à “sa” voiture, mais ça évolue comme en témoigne l’importante progression de la location longue durée.

De toute façon, nous sommes à l’aube d’importants changements dans le domaine de la mobilité.

 

Propos recueillis par Damien Grivois

 

 

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