Marine Le Pen a réussi une percée inédite

    mardi 25 avril 2017

    Le Pen

    En Polynésie, où 20 élus lui ont accordé leur parrainage, Marine Le Pen a bénéficié du soutien de l’ancien président du territoire, Gaston Flosse, qui a appelé à voter pour elle et reste très
    populaire malgré ses condamnations. (© archives LDT)


    Marine Le Pen a réussi une percée inédite dans l’outre-mer, où elle arrive même en tête en nombre de voix, sur fond d’abstention massive, plus de la moitié des électeurs ultramarins ne s’étant pas rendus aux urnes.

    Si elle n’est arrivée en tête dans aucun des onze territoires habités, la candidate du Front National (FN) est en deuxième position dans la majorité d’entre eux et totalise le plus grand nombre de voix sur l’ensemble de l’outre-mer, devant Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. Emmanuel Macron n’arrive qu’en quatrième position.

    Marine Le Pen a d’ailleurs salué dès dimanche dernier au soir “nos compatriotes d’outre-mer qui ont exprimé à mon égard une confiance qui m’honore”.
    Longtemps absent des territoires ultramarins, le FN a réussi à s’implanter progressivement. Aux européennes de 2010, il avait obtenu plus de 10 % des voix en moyenne.
    Dimanche dernier, Marine Le Pen a recueilli plus de 32 % des voix en Polynésie et 29 % en Nouvelle-Calédonie, derrière François Fillon. Elle a aussi réalisé 27 % des suffrages à Mayotte, 24 % en Guyane et 23,5 % à La Réunion.

    “Désormais, les outre-mer ne sont plus des digues pour le FN”, note Patrick Karam, ancien délégué interministériel à l’Outre-mer.
    Une poussée du FN qui ne surprend pas Yves Combeau, universitaire et politologue à La Réunion, où, en cinq ans, Marine Le Pen a “plus que doublé son score”. “Ce vote était perceptible dans les conversations”, explique-t-il, le mettant en corrélation avec une abstention elle aussi très élevée.

     

    Cibler les territoires

     

    “Ils expriment un désengagement très fort, une colère sur les questions sociales et les sujets du quotidien”, estime Yves Combeau, mais aussi “une déception par rapport aux élus et le fait que les outre-mer ne sont pas entendus”.
    Pour la ministre des Outre-mer Erika Bareigts, il y a dans ce vote “un rejet des partis traditionnels. Je l’interprète également comme une volonté de changement profond de la relation des outre-mer à l’Hexagone.”
    Durant la campagne, la dirigeante frontiste a accordé une attention particulière aux ultramarins, avec un programme spécifique. “Elle était la seule candidate à avoir presque systématiquement parlé des outre-mer dans ses discours et ses interventions médiatiques”, note Patrick Karam.

    “Elle a stratégiquement travaillé”, confirme Christiane Rafidinarivo, politiste et chercheuse invitée au Centre de recherches politiques (Cevipof-Sciences Po). “Elle a présenté une politique outre-mer axée sur le développement maritime” et “elle a pris la peine de faire campagne”, “en adaptant ses thèmes” et “en ciblant les territoires”, note la chercheuse, citant l’exemple de Mayotte, où la candidate a dénoncé la forte pression migratoire venant des îles voisines des Comores et défendu l’exaspération des villageois mahorais.

    La candidate du FN s’était aussi rendue à Saint-Pierre-et-Miquelon, à La Réunion et en Guyane.
    Ce dernier territoire, marqué par un long conflit social avant l’élection pour dénoncer “un retard structurel par rapport à la métropole”, a également prêté une oreille plus attentive à son discours sur l’immigration ou, comme d’autres territoires qui se sentent délaissés par l’Hexagone, à sa volonté de “développer le patriotisme économique sur les produits ultramarins”.

    La leader frontiste peine encore à se rendre aux Antilles, où elle est, comme son père avant elle, empêchée d’atterrir par des militants de gauche hostiles.
    Mais l’image des Antilles imperméables au FN n’est plus de mise. Marine Le Pen a réalisé une hausse historique de 8 points en Guadeloupe (13,51 % des voix) et de 6 points en Martinique (11 %).
    Depuis la dernière présidentielle, la candidate frontiste a “travaillé ses relais locaux” dans les territoires, sur le plan politique, en ouvrant des antennes du FN, mais surtout dans la société civile, analyse Christiane Rafidinarivo.

    En Nouvelle-Calédonie, où le FN n’a pourtant aucun élu territorial, c’est l’approche du référendum d’autodétermination et la radicalisation du discours de la frange la plus à droite des non-indépendantistes qui a profité à Marine Le Pen.
    En Polynésie, où 20 élus lui ont accordé leur parrainage, elle a bénéficié du soutien de l’ancien président du territoire, Gaston Flosse, qui a appelé à voter pour elle et reste très populaire malgré ses condamnations.

     

    AFP

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