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Marine Le Pen : “L’État doit reprendre sa place dans le financement du RST”

mercredi 19 avril 2017

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Marine Le Pen, candidate du Front National. (© DR)


Dans le cadre de l’élection présidentielle, La Dépêche de Tahiti a fait parvenir un questionnaire à chacun des candidats déclarés dès le lendemain de la validation de leurs candidatures par le Conseil d’État. Onze candidats, dix questions. À chaque candidat qui aura pris le temps de répondre, deux pages seront ouvertes pour exposer son programme. À défaut, une page leur sera consacrée sur la base de leur programme pour l’outre-mer. Aujourd’hui, c’est Éric Minardi qui répond au nom de Marine Le Pen pour le Front National.

Le mandat présidentiel s’achève sur des promesses de François Hollande d’un Accord de Papeete qui base de nouvelles relations entre l’État et la Polynésie française (fixation de la nouvelle dotation globale d’autonomie, reconnaissance du fait nucléaire, appui financier au service d’oncologie de l’hôpital de Taaone, simplification des procédures d’indemnisation pour les victimes des essais et autres mesures. Cet accord devra être signé par le futur président. Le signerez-vous en l’état ? Que souhaitez-vous y apporter ?

C’est exactement ce que nous proposons dans notre programme, mais Marine Le Pen va même plus loin. Pour Marine Le Pen, l’État doit reprendre sa place dans le financement du régime de solidarité territorial, auquel il contribuait à hauteur de 3,5 milliards de francs afin de contribuer à l’équilibre du système local de santé dans des conditions décentes et évidemment avec les contrôles nécessaires.

Pour Marine Le Pen, il faut en revenir au strict respect des engagements pris par Jacques Chirac : ces engagements doivent être sanctuarisés dans la loi organique avec le rétablissement de la dotation globale pour le développement économique et sanctuarisée à 18 milliards de francs, indexée sur le coût de la vie et gérée par les autorités de la Polynésie française. Même si le gouvernement territorial a obtenu quelques centaines de millions supplémentaires avec l’Accord de Papeete, on est encore loin du compte.

Pour finir, l’État doit aussi reprendre sa place dans le financement de la construction des établissements scolaires. Pour ce faire, rétablir la dotation à 1,8 milliard de francs par an pour la restauration et l’entretien des écoles et collèges, afin que la jeunesse de la Polynésie française puisse pouvoir étudier dans des conditions matérielles similaires à celles des autres Français du territoire national.

 

 
Les conflits sociaux en Guyane sont le symbole de collectivités d’outre-mer toujours pas sur un pied d’égalité avec l’Hexagone. Quelles sont les mesures fortes que vous souhaitez impulser dans les départements et territoires d’outre-mer ?

Je cite Marine Le Pen : “L’État doit faire de la résolution des problèmes de l’outre-mer, un objectif politique prioritaire.”

L’outre-mer est depuis dix ans, avec la fin du mandat de Jacques Chirac à la tête de l’État, le grand oublié de la République. Marine Le Pen veut remettre l’outre-mer au cœur de la politique économique et stratégique de la France. Grâce à ces territoires, la France est présente tout autour du globe, c’est une chance stratégique et économique indiscutable.

La Polynésie française y contribue grandement avec ses 5 millions de kilomètres carrés qui font de la France la seconde puissance maritime mondiale.
C’est pour ces raisons que Marine Le Pen veut un grand ministère de l’Outre-mer et de la Mer, doté d’attributions effectives et de moyens correspondants, bien placé dans la hiérarchie gouvernementale, chargé en outre de la politique de la mer dans son champ géographique. Dans ce cadre, la Polynésie française redeviendra le centre de la politique culturelle et économique de la France dans le Pacifique Sud avec la création sur le territoire polynésien d’une Université internationale de la mer.

 

Le tourisme en Polynésie française est une des principales forces économiques. Quelles mesures pourriez-vous prendre pour accentuer l’aide à son développement ?

Pour Marine Le Pen, l’État doit peser de tout son poids pour développer le tourisme dans les territoires ultramarins. En Polynésie, l’économie est totalement dépendante du tourisme, il faut absolument favoriser ce secteur d’activité en le professionnalisant. Cela passe par la création de lycées hôteliers internationaux d’excellence, mais également par le développement d’une grande école tournée vers le tourisme en général (formation de futurs prestataires par secteur d’activité). Il ne faut pas oublier de créer des filières transversales (pêche, agriculture, lien avec la mer citée plus haut, etc.) permettant l’émergence de fournisseurs de produits locaux qualitatifs et en quantité suffisante afin de satisfaire la demande des hôteliers et restaurants accueillant des touristes. (C’est malheureusement loin d’être le cas aujourd’hui.)

Le développement d’un tourisme de qualité doit se faire parallèlement avec un développement des pensions de famille, sources d’emplois stables dans les îles qui se désertifient faute de travail.

Le transport aérien et son coût restent un problème majeur aussi bien pour les touristes qui souhaitent venir en Polynésie que pour les Polynésiens désirant se rendre en métropole ou à l’étranger durant leurs vacances et à plus forte raison pour leurs études quand il s’agit d’étudiants.

S’agissant de sociétés de droit privé pour les compagnies aériennes, le rôle de l’État ne peut être qu’incitatif en promouvant par exemple un pass outre-mer permettant de voyager dans tout l’outre-mer à des tarifs avantageux (en partie subventionné ou acheté en masse par l’État).

 

Les blessures du nucléaire peinent à se refermer et la loi Morin n’a pas joué le jeu des indemnisations. Serez-vous vigilant à ce que les indemnisations des victimes et de leurs ayants droit se fassent désormais dans la transparence ?

Il est scandaleux que les gouvernements précédents n’aient pas assumé les responsabilités civiles afin de réparer les conséquences de toute nature des essais (santé, environnement), alors même que les Polynésiens loyalistes ont toujours demandé cette réparation avec modération.

La quasi-totalité des membres du Civen (Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (NDLR) va démissionner (sept membres sur huit, seul le représentant des associations reste en poste). Je ne vois pas comment, sans cette structure censée évaluer les dossiers des malades et leurs préjudices, le système en place actuellement va perdurer. De plus, l’abandon dans la loi de la notion de “risque négligeable” doit être nuancé. Cette notion, en effet, ne doit pas s’appliquer aux Polynésiens et aux travailleurs des sites d’essai, mais doit être maintenue pour les personnes ayant séjourné sur le territoire sur une courte période.

Par exemple, on pourrait voir un touriste américain ayant séjourné quelques jours en Polynésie entre 1966 et 1998 déposer plainte, afin d’obtenir des indemnités. Nous proposons donc une indemnisation forfaitaire de l’ensemble des populations qui ont été victimes des essais nucléaires et ce jusqu’en 2040.

L’arbitrage de la nouvelle structure d’indemnisation sera transféré du ministère de la Défense vers le grand ministère de l’Outre-mer que Marine Le Pen veut créer.

 

L’isolement est un des maux de la vie insulaire. Une continuité territoriale a été mise en place, mais n’a jamais trouvé son rythme. Détournée de son but dans un premier temps, elle a été resserrée pour ne bénéficier qu’à des ménages qui ne peuvent de toute façon pas en profiter, faute de moyens. Pensez-vous changer le système et en quoi ?

Nous rejoignons là la question n° 3 qui est liée à celle-ci. Il est clair que le système actuel est ubuesque. Il faut le revoir complètement.

Pour Marine Le Pen, l’État doit directement intervenir au niveau des compagnies aériennes et négocier directement avec elles une baisse des prix des billets pour les insulaires, plutôt que d’allouer des sommes directement à des particuliers, ce qui a abouti aux dérives que l’on a connues par le passé, où l’on a vu des personnes aisées n’ayant nul besoin d’aides, bénéficier de la continuité territoriale. Cela s’est soldé par la réglementation actuelle ou effectivement les personnes pouvant bénéficier de l’aide ne peuvent de toute façon pas en profiter, faute de moyens.

Nos étudiants polynésiens, dans le cadre de leurs études, doivent pouvoir bénéficier de billets d’avion au même tarif que les personnels des compagnies aériennes, c’est-à-dire environ 10 % du prix public.

L’État doit aussi accompagner le territoire dans une démarche similaire pour baisser les prix des transports aériens entre nos îles.

 

 

À cause du statut d’autonomie polynésien qui confère la compétence fiscale au Pays, le nouveau régime de défiscalisation métropolitain basé sur le crédit d’impôt ne peut s’appliquer ici. L’ancien système a été prolongé de quelques années, mais rien n’assure sa pérennité. Souhaitez-vous engager sa poursuite ou mènerez-vous une réflexion pour mettre en place un nouveau système spécifique ?

Nous souhaitons garder le régime de défiscalisation actuel, mais avec des contrôles plus stricts, par exemple ne seront plus défiscalisés des produits fabriqués en dehors de France ou de la zone euro (certaines sociétés françaises ayant des partenaires européens par exemple). Il est inadmissible que les impôts des Français profitent à des sociétés étrangères. L’emploi des travailleurs français doit être prioritaire et la défiscalisation doit favoriser ce patriotisme industriel.

Nous proposons aussi, pour la Polynésie française, un agrément local pour les défiscalisations des projets immobiliers et industriels de moins de 20 millions d’euros (2,4 milliards de francs), comme cela se fait déjà dans les départements d’outre-mer.

D’autres systèmes plus directs et plus facilement contrôlables peuvent également être mis à l’étude pour certains secteurs d’activité.

 

 
Le Tahoera’a propose une modification statutaire qui transformerait la Polynésie en Pays associé à la République. Y êtes-vous favorable ?

Nous sommes favorables au renforcement du statut de la Polynésie française, que la Polynésie devienne un Pays d’outre-mer (un Pays associé ou un Pays intégré ou autre), c’est de la pure sémantique, l’important n’est pas là. L’important, ce sont les compétences nouvelles du territoire qui lui permettront de développer son économie sereinement sans craindre une instabilité politique qui fait fuir les investisseurs. 

Exemples :

– Élection du président de la Polynésie française au suffrage universel.
– L’impossibilité pour un élu de changer de camp comme cela s’est déjà trop souvent produit.
– La possibilité de délivrer des visas touristiques en collaboration avec le haut-commissariat.

 

 

Les addictions (alcool, drogue, sucre, tabac) pèsent lourd sur la facture santé des Polynésiens. Comment comptez-vous aider le Pays à venir à bout de ses problèmes, vecteurs par la suite de troubles sociaux ?

L’État doit accompagner le territoire dans les politiques de santé et de prévention. Aujourd’hui, le territoire mène ses propres campagnes de prévention, mais nous ne bénéficions pas des campagnes nationales. Il faut que ces campagnes nationales soient aussi relayées avec des moyens par l’État en Polynésie en coordination avec le territoire. En ce qui concerne les drogues, la réponse judiciaire doit être à la hauteur des dégâts que ce fléau cause à la société. Marine Le Pen est contre la dépénalisation du cannabis, même si nous reconnaissons que son usage sous contrôle médical dans certaines pathologies cancéreuses peut soulager les patients.
 

 

Un accord pour l’étude de faisabilité d’îles flottantes en Polynésie a été signé en janvier entre le Seasteading Institute et le gouvernement polynésien. Ce projet pose la question de l’impact écologique mais aussi sociologique (la population polynésienne est très attachée à sa terre et ses lagons). Quelle est votre position par rapport à ce type de projet ?

C’est un projet intéressant et je suis pour encourager l’innovation. Cependant, avant d’accepter une telle expérience, il faudra que le territoire et l’État soient très vigilants, sur toutes ces implications, écologiques, environnementales et sociales, sans omettre le problème de la sécurité des personnes qui vivront sur ces îles artificielles.
Il est important aussi de traiter le volé financier de ce projet. Le Seasteading Institute, ne doit pas pouvoir s’installer dans les eaux polynésiennes sans contribuer comme n’importe quelle entreprise ou particulier à l’économie du territoire.

 

Comment l’État va-t-il poursuivre l’exercice de ses compétences régaliennes en Polynésie française (maintien de l’armée, relations internationales, protection de sa zone économique exclusive (ZEE)) ? De plus, êtes-vous favorable au processus de réinscription sur la liste des Pays à décoloniser lancée à l’ONU sur demande du parti indépendantiste ?

Avec Marine Le Pen, non seulement l’État poursuivra l’exercice de ses compétences régaliennes en Polynésie française, mais il les renforcera.

Pour ce qui concerne la protection de la ZEE, dans le cadre d’une politique fondée sur la défense, la promotion et la valorisation des zones maritimes françaises, la Polynésie française occupe évidemment une place essentielle. Dans le cadre d’une redéfinition de nos moyens de défense, il faudra remettre en cause le désengagement de l’armée en Polynésie française poursuivi depuis déjà plusieurs années. La protection de nos zones de pêche doit être assurée par la marine nationale et pour cela, outre les navires, il faut de nouveaux moyens humains et matériels, drones et satellites. Un programme (Batismar) est déjà prêt à être mis en action dès l’accession à la présidence de Marine Le Pen.

Outre la défense et la surveillance du territoire maritime, faire que les attributions de l’armée française soient à dimension humanitaire. Telles que le secours aux populations en cas de catastrophes naturelles et/ou pour des actions humanitaires locales.

Pour les relations internationales, comme je l’ai déjà indiqué, la création d’une Université de la mer en Polynésie française fera d’elle le centre de la politique culturelle et économique de la France dans le Pacifique Sud.

Concernant l’ONU, ce qui est incompréhensible avec l’ONU, c’est qu’elle est incapable de régler des problèmes internationaux majeurs, mais elle s’accorde le droit de faire ingérence à l’intérieur même des nations.

Globalement, pour toutes les élections (législatives, territoriales, etc.) depuis des années et notamment en 2013, les Polynésiens ont voté en grande majorité pour des partis dits autonomistes.

Les indépendantistes ont eu plusieurs fois le pouvoir durant neuf années entre 2004 et 2013, ils n’ont jamais fait de référendum à ce sujet, car ils en connaissent d’avance le résultat.

Vouloir se servir de l’ONU pour accéder à la souveraineté sans passer par l’avis du peuple polynésien est une faute. Ce n’est pas démocratique.

 

Propos recueillis par Bertrand Prévost

 

Retrouvez l’intégralité de l’article dans notre édition du jour ou au feuilletage numérique

 

 

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