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Matahi Drollet, un mental hors norme et… rempli de bonnes vibrations

mardi 20 août 2019

L’attitude de Matahi Drollet est aussi exemplaire que ses prestations de surf de grosses vagues.

L’attitude de Matahi Drollet est aussi exemplaire que ses prestations de surf de grosses vagues.


La World Surf League a offert à Matahi Drollet une participation au main event du Tahiti Pro Teahupo’o, du 21 août au 1er septembre. Une première pour un Tahitien depuis un certain Manoa Drollet en 2008. Le grand frère de Matahi avait alors atteint la finale du Billabong Pro Teahupo’o, battu par le Brésilien Bruno Santos. L’histoire se répètera-t-elle avec, cerise sur le gâteau, la victoire au bout ?

L’enfant de Teahupo’o possède un mental hors norme, et c’est peu de le dire. Le gaillard de 21 ans est un surfeur de gros, comme il en existe très peu de par le monde. Le feu de l’extrême brûle en lui pour attiser sa passion… le freesurf.

À Teahupo’o, son terrain de jeu depuis une dizaine d’années, Matahi Drollet fait preuve d’un flegme déroutant malgré la dangerosité d’un spot réputé pour être l’un des plus paradisiaques au monde. Quand la beauté apprivoise la bête !

Le Tahitien aussi a appris à apprivoiser cette mâchoire qui crache tout son fiel sur ceux qui ne la respecteraient pas. Car là est le secret de Teahupo’o : le respect, saupoudré d’une bonne dose de maîtrise. Ce que possède à profusion l’humble Matahi.

À la rame ou en tow-in, le Tahitien n’est jamais réticent à dévaler ces murs d’eau monumentaux, à s’offrir des take-off plus radicaux les uns que les autres et à se caler ensuite au plus profond de tubes dantesques, disparaissant plusieurs secondes dans la brume. Une brume bien plus flippante que n’importe quel film d’épouvante.

Tout simplement de l’horreur à l’état pur, mais qu’est-ce que cela peut être grisant… Âmes sensibles s’abstenir !
Son influence à Teahupo’o a pris aujourd’hui une dimension des plus spectaculaires avec des sessions d’anthologie qui resteront à jamais gravées dans les mémoires de tous et dans la sienne surtout.

Avec Matahi Drollet, les superlatifs s’enchaînent à mesure qu’on le découvre, même son interview devient tout naturellement d’anthologie…

 

Matahi Drollet, l’annonce de ta qualification directe pour le main event du Tahiti Pro Teahupo’o a dû te réjouir ?

Oh que oui ! Je ne m’attendais vraiment pas à être invité à participer au Tahiti Pro Teahupo’o sans passer par les Trials ! Ça fait si longtemps que l’on n’avait pas offert une wildcard à un Tahitien dans une compétition de ce calibre. La dernière fois, c’était en 2008 avec mon frère Manoa grâce à Billabong, son sponsor de l’époque.

 

Comment as-tu appris cette nouvelle ?

C’était il y a deux semaines. J’ai eu un message de mon manager du Team Hurley et de la World Surf League qui m’annonçaient la bonne nouvelle : j’étais directement qualifié pour le main event. Je n’y croyais pas vraiment jusqu’à ce qu’il la poste officiellement sur les réseaux sociaux. Et là, je me suis dit “c’est bon, ça y est, c’est fait. J’y suis”. C’est énorme car la plupart du temps, il prenne des gars du circuit QS (Qualifying Series, NDLR).

 

Pas d’appréhension pour la compétition ?

Ce sont les autres qui auront la pression. Pour moi, c’est tout bénef’, je vais surfer chez moi devant mes amis et ma famille. C’est une énorme opportunité pour moi.

Je m’étais concentré pour les Trials, j’étais fin prêt à surfer, dans des petites ou grosses conditions. Ce changement de programme ne change rien pour moi, je vais jouer crânement ma chance parmi l’élite du surf mondial.

 

Tu as participé aux Trials l’an dernier ?

Oui, j’ai terminé troisième et j’étais premier remplaçant au main event du Billabong Tahiti Pro, mais il n’y a pas eu de blessé, malheureusement pour moi.

 

On te voit rarement sur des compétitions, tu es un pur freesurfeur ?

Pour moi, le surf, c’est avant tout prendre du plaisir. J’ai eu la chance lorsque j’étais encore lycéen que le Team Hurley me remarque et me propose d’être sponsorisé comme freesurfeur, ce qui est assez rare. Les sponsors, aujourd’hui, cherchent plutôt des compétiteurs.

 

Et tu arrives à vivre du freesurf ?

Oui, j’arrive à vivre de ça. Le freesurf, ce n’est plus comme avant où tu vendais tes clichés principalement aux magazines.

Aujourd’hui, le freesurf est principalement focalisé via les réseaux sociaux. Il faut s’adapter, c’est tout. Je surfe principalement, ici, à la maison à Teahupo’o ou parfois à Hawaii, sur le North Shore. J’essaie d’offrir les meilleurs photos ou vidéos et donner envie aux gens de se lancer dans le surf. C’est mon job, et à la fin de chaque mois, j’ai mon salaire.

 

Comment est organisée ta journée de travail ?

À chaque gros swell, je me rends sur le spot de Teahupo’o durant deux, voire trois jours. Durant cette courte période, je suis totalement focus. Je me donne à fond pour offrir le meilleur de moi ! Mais c’est un travail de tous les instants pour être toujours au top niveau.

 

Et lorsque la houle est absente ?

Lorsque la houle est absente, je sors mon bateau pour aller pêcher. Je fais des sports de glisse pour relâcher la pression également.

 

Les photographes et cameramen présents doivent kiffer lorsque tu es à l’eau ?

J’espère bien ! (rires). En fait, je travaille avec plusieurs photographes : Ben Thouard, Domenic Mosqueira, Tim Mc Kenna… Ils me prennent en photos, ensuite ils vendent leurs clichés à mes sponsors, aux médias, à la World Surf League, à des magazines… C’est ce qui me permet de gagner ma vie.

 

C’est un système où tout le monde sort gagnant-gagnant ?

Oui, bien sûr. En fait, moi, je n’ai pas d’obligations contraignantes. Je dois faire ce qui me plaît, c’est-à-dire surfer, porter les vêtements de mes sponsors ainsi que placer des stickers sur ma planche. Dès qu’il y a de bonnes grosses conditions, il y a beaucoup de cameramen et photographes sur le plan d’eau, et si tu as de bonnes vagues à ce moment-là, c’est tout bénef’ pour toi. À condition d’être au top niveau le jour “J”.

 

Mais qu’est-ce qui pousse Matahi Drollet à surfer du gros, voire du très gros ?

Parce que j’aime ça, tout simplement. Et même si je n’avais pas de sponsor, je le ferais. Ce sont des sensations que tu ne retrouves nulle part ailleurs. Je fais ça pour mon propre plaisir.

 

Mais tout ça peut mener à une surenchère à vouloir toujours surfer plus gros et plus profond, au péril de ta vie. Juste pour faire “plaisir” aux sponsors qui cherchent le cliché le plus extrême.

S’il y a un gros swell et que mes sponsors sont là avec une armada de photographes mais que je ne me sens pas bien, eh bien je ne me forcerai pas à y aller. Mais par contre, si je le sens, c’est plus fort que moi, j’y vais. C’est dans mes gènes.

Certains pourraient penser également que l’on fait ça uniquement pour l’argent, ils se trompent. Je le redis : c’est d’abord pour mon propre plaisir. La plupart de mes amis ne gagnent pas leur vie avec le freesurf mais ils poussent pourtant leurs limites à l’extrême, parfois ils les dépassent. C’est juste parce qu’ils aiment ça, comme moi, et ça m’aide à évoluer. Moi, j’ai juste la chance d’avoir des sponsors derrière, et c’est tant mieux. On aime le surf de gros d’abord avant l’argent.

 

Rassure-moi, tu connais tes limites quand même ?

Oui (rires). En fait, si tu n’as pas de limites, c’est que tu es un fou… Et je ne le suis pas, heureusement. C’est la peur qui te donne les limites à ne pas dépasser. On ne joue pas avec le spot de Teahupo’o. Tu peux mourir sur ce spot…

 

Et ça ne te fait pas peur ?

Lorsque tu es à la rame et que tu dois te lancer dans le tube, tu ne fais pas n’importe quoi. Je connais ce spot à la perfection, je vis ici. Je connais le relief du récif et la marée, la manière dont la vague déroule. J’ai la maîtrise de la vague, je m’y sens à l’aise.

 

Ta préparation ?

Il n’y a pas de secret, avoir un mode de vie sain et ne pas trop faire la fête, surtout à mon âge. Lorsque tu as 21 ans, tu es beaucoup tenté. En fait, ça se fait naturellement. Je fais d’autres sports de glisse ainsi que de la chasse sous-marine. Ça aide énormément. Avec Lorenzo (Avvenenti) et Tikanui (Smith), on fait des runs en montagne et du CrossFit. Ce n’est pas un programme de fou mais ça aide beaucoup.

 

Que de sacrifices pour en arriver là ?

Franchement, tout est arrivé naturellement. Depuis petit, j’ai toujours su qu’un jour j’y arriverais. Je m’étais toujours fixé des objectifs, comme être aujourd’hui qualifié pour le main event, mais sans jamais me prendre trop la tête avec tout ça. Rien qu’en ayant tous ces projets en tête, tu y arrives naturellement.

 

C’est une bonne philosophie car ton rêve de participer au main event du Tahiti Pro Teahupo’o s’est finalement réalisé.

Lorsque j’ai commencé à surfer, j’avais deux grands rêves, gagner les XXL Big Wave Award (il a remporté la catégorie Tube of The Year grâce à sa vague surfée le 11 septembre 2014 à Teahupo’o). J’avais 16 ans. Du coup, je savais que je pourrai en réaliser un second. C’est fait ! Et je vais donner le meilleur de moi pour aller au bout. Jamais deux sans trois.

 

Ton point fort dans le surf ?

Les tubes.

 

Le surf, ton métier ?

Oui.

 

Si tu n’avais pas été freesurfeur, l’autre métier que tu aurais pu faire ?

Soit cuisinier soit pêcheur. Mes parents m’ont toujours répété de faire un métier que j’aime.

 

Le métier que tu ne pourrais vraiment pas exercer ?

Pilote d’avion. Il faut être trop rigoureux, moi je suis trop cool.

 

L’autre passion que tu as ?

La pêche.

 

Une passion cachée ?

Je joue du piano.

 

La ou les qualités qu’on loue le plus souvent chez toi ?

Ma principale qualité, c’est qu’avec moi on ne se prend jamais la tête. C’est toujours “good vibes”.

 

La ou les défauts que tu aimerais gommer ?

Je suis têtu. En fait, maintenant que tu me le demandes, je vois plein de choses à améliorer. Euh, on change de question. (rires)

 

Le jour où tu pourrais mourir de honte ?

Quand je vais voir des filles pour les draguer et que je me prends un râteau.

 

Le meilleur conseil que tes parents t’ont donné ?

De ne pas faire aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. D’être toujours gentil, tout simplement.

 

Un endroit où tu te sentirais heureux ?

En Polynésie, aux Tuamotu particulièrement.

 

Tu deviens milliardaire, tu fais quoi ?

Je ne changerais pas grand-chose à mon mode de vie, je resterais dans la simplicité. J’aiderais les associations, ma famille, mes amis et les gens dans le besoin. J’aime aussi les animaux et ça me fend le coeur d’en voir maltraités et abandonnés. Là, j’ai une pensée pour la maman de Steven Pierson qui accueille des “millions” de chiens chez elle. Elle a un coeur énorme. C’est tout ça que je ferais avec cet argent.

 

Une personne que tu admires dans le milieu du surf local ?

Elles sont nombreuses… Là, je pense à Michel Bourez pour la bonne personne qu’il est.

 

Et dans le surf étranger ?

CJ Hobgood ! Il a été un modèle pour moi à Teahupo’o, lors de mes débuts sur ce spot. C’était vraiment sa maîtrise et sa manière de surfer que j’admirais.

 

La sportive avec qui tu partagerais volontiers un dîner ?

Tia Blanco, c’est une surfeuse professionnelle de Porto Rico, elle est super jolie. (rires).

 

Et si tu pouvais vivre un instant la vie d’un autre, ce serait qui ?

Mon grand-père, pour connaître le mode de vie de son époque.

 

Ton plat préféré ?

Tartare riz/frites.

 

Celui que tu ne mangerais pour rien au monde ?

Le tofu.

 

Ton dernier coup de folie ?

Faire des drifts avec une voiture sur le sable. Et malheureusement, la voiture s’est retournée. Ce n’était pas malin.

 

Ta phobie ?

Les cent-pieds et les serpents… En fait, toutes les bestioles de ce genre.

 

Ce qui te stresse ?

L’arrivée d’une grosse houle et parler à une fille. (rires).

 

Et l’antistress ?

Le surf.

 

Ton credo, ce serait…

“Go big and then go home”.

 

Propos recueillis par M.Tr.

 

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