Mataiea : interview du pasteur Tuteanaiva avant son départ

    samedi 13 juin 2015

    Le pasteur Tuteanaiva quitte la paroisse protestante de Mataiea après cinq années à sa tête. Il revient sur plusieurs sujets : les réformes prises ces dernières années par l’Église protestante ma’ohi, l’alcool à nouveau vendu à Teva i Uta après plus de 30 ans d’interdiction, la jeunesse, l’école du dimanche, mais aussi le projet de réhabilitation du temple de Mataiea. Dimanche, après le culte, une cérémonie est organisée pour fêter son départ. Interview.

    Les réformes prises ces dernières années par l’Église protestante ma’ohi (EPM), comme la célébration de la sainte cène, n’ont pas été suivies par l’ensemble des paroisses. Il y a eu des scissions. Comment analysez-vous la situation ?
    « Les choses n’ont pas été prises à la légère. Nous sommes fait à l’image de Dieu. En conséquence, on est ma’ohi certes, mais on est aussi fait à l’image de Dieu. C’est cette base philosophique, la culture, qui est mise en avant dans les réformes prises par l’Église, ces dernières années. Nous avons une culture, une identité, une langue. C’est ce qui explique, pourquoi le vin a été remplacé par l’eau de coco et le pain par le ’uru dans la célébration de la sainte cène. Certaines paroisses ont suivi cette réforme, d’autres non. Mais ce qui me réjouit aujourd’hui, c’est que les enseignements continuent et je suis certain que c’est l’esprit de Dieu qui les anime. »

    Ça veut dire que les paroisses ont le libre choix face à ces réformes ?
    « Non. Ce n’est pas ça. On donne le choix aux paroissiens de réfléchir face à ces réformes. C’est à eux de faire l’effort d’adhérer à cette nouvelle vision des choses. Ce n’est pas évident pour les anciens d’accepter les changements faits au niveau de l’Église. Ils ont leur façon de voir les choses. »

    La vente d’alcool a longtemps été interdite à Teva i Uta. Mais depuis l’année dernière, cette vente est désormais autorisée, et c’est la liberté du commerce qui a été mise en avant. Qu’en pensez-vous ?
    « Nous avons longuement abordé ce sujet avec le comité directeur du deuxième arrondissement avec l’ensemble des pasteurs. L’interdiction a favorisé les ventes clandestines dans la commune. Il faut dire les choses comme elles sont. À l’époque, l’arrêté municipal interdisant la vente d’alcool à Teva i Uta avait été pris par les élus suite à une bagarre qui a provoqué la mort d’une personne. Aujourd’hui, les nouveaux élus ont suivi une autre direction. À mon avis, on aurait dû mener des actions pour aider les consommateurs d’alcool. C’est à ce niveau-là qu’il aurait fallu agir. »

    Vous parliez de ventes clandestines. À Mataiea, l’alcool est vendu illégalement derrière le temple protestant. Vous êtes certainement au courant de la situation ?
    « Effectivement. Avant mon arrivée dans cette paroisse il y a cinq ans, le conseil des diacres m’a mis au courant de cette situation. Le conseil est intervenu plusieurs fois auprès de la personne, tout comme l’ancienne maire Valentina Cross. Lorsque je suis arrivé, je suis intervenu à mon tour. Mais pour la décision finale, cela n’est pas de mon ressort. C’est au maire et à son conseil municipal de le faire. »

    Quel est votre avis sur la jeunesse. S’intéresse-t-elle à la religion ?
    « Tout part de la base, c’est-à-dire de la famille. Si la famille n’essaie pas d’inculquer des valeurs à ses enfants, ils auront beaucoup de difficultés pour évoluer avec la foi. C’est la raison pour laquelle l’école du dimanche a été créée. C’est là que démarre la préparation de tout un chacun pour acquérir la foi. On initie les enfants à la prière et tout se fait en langue tahitienne.
    Dans les classes, ils apprennent la grammaire, le vocabulaire et comment écrire en tahitien dans les règles de l’art. Ces apprentissages sont nécessaires pour l’évolution des enfants.
    Lorsqu’ils grandissent, ils doivent suivre tout un cheminement et  ceux qui souhaitent aller plus loin, peuvent le faire. Mais depuis que nous sommes dans cette paroisse de Mataiea, je remarque qu’il y a très peu de jeunes qui s’intéressent à la religion. Beaucoup ont des occupations ailleurs, notamment dans le milieu associatif. Mais on continue les enseignements. »

    Ces dernières années, on voit beaucoup de jeunes issus des paroisses qui entrent à l’école pastorale d’Hermon pour devenir pasteur. Comment expliquez-vous ce choix ?
    « La plupart ont grandi dans les paroisses et ont évolué dans les organisations de Ui Api, l’école du dimanche. Ils maîtrisent bien le fonctionnement de la paroisse et celui l’Église en général. Sans ce cheminement, c’est difficile d’entrer et de suivre l’école pastorale. Maintenant, l’Église donne la liberté. Il y en a qui ont des diplômes et pour ceux qui n’ont rien, il y a toute une préparation pour faciliter leur intégration à l’école pastorale. Elle dure un an et depuis peu, même ceux qui ont des diplômes doivent suivre ce cheminement. Sans cela, c’est difficile. La fonction de pasteur ne doit pas être prise à la légère. On n’est pas pasteur uniquement pour le titre. Non. Pour moi, ce titre ne doit pas nous revenir. Je dirais simplement que nous sommes des serviteurs de Dieu. Maintenant, ce sont des choses qui doivent changer dans les années à venir. Faudra-t-il continuer à nous appeler pasteurs, serviteurs ou tout simplement des employés de Dieu ? »

    Pour vous, quelle est véritablement votre mission en tant que pasteur ?
    « Mon rôle, c’est de conduire tout un chacun sur la bonne voie pour connaître Dieu. Ma mission n’est pas d’amener des gens à l’Église mais sur la voie de Dieu. Lors de ma thèse à l’école pastorale, j’ai défendu cette idée, c’est-à-dire le vœu de Dieu pour le peuple ma’ohi. C’est ce qui m’anime en ce moment. Comment amener mon peuple sur la voie de Dieu. »

    Propos recueillis par C.T.

     

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