Matarii i ni’a : “Se réapproprier le calendrier polynésien”

    lundi 21 novembre 2016

    yves doudoute

    Yves Doudoute, de l’association Haururu, aimerait que le calendrier polynésien soit pris en compte dans tous les pans de la vie. (© DR)


     

    L’association Haururu s’est engagée, il y a une vingtaine d’années, dans une dynamique de protection et de valorisation de la vallée de Papeno’o, sur les plans environnemental et culturel. En charge de la gestion du site archéologique de Fare Hape, elle y a aménagé un “village” où sont organisés régulièrement stages et séminaires afin que puissent être partagées les valeurs qui animaient des pratiques ancestrales, lesquelles ont toujours leur sens aujourd’hui. Parmi ces valeurs, celle du respect du cycle saisonnier, sur la base d’un calendrier propre à la culture polynésienne. Yves Heifara Doudoute, ancien président et membre actif de Haururu, explique comment la perception du temps propre à ce calendrier se manifeste à travers la célébration de ses dates fondamentales, liées à Matari’i, la constellation des Pléiades.

     

     

    Pourquoi parler d’un calendrier propre aux Polynésiens ?
    Il est tout à fait logique de se dire que les Polynésiens ont “leur” calendrier. On sait très bien que le calendrier a toujours un rapport au temps, aux cycles de l’année. Dans le calendrier occidental, de climat tempéré, il y a un cycle qui commence le 1er janvier, au cœur de l’hiver. Ce qui n’est pas le cas chez nous.

    Dans cette partie tropicale du Pacifique, il y a en gros deux saisons dont le départ avait été identifié par nos Anciens en relation avec la visibilité de la constellation des Pléiades (Matari’i), autour du 20 mai et du 20 novembre. Le calendrier grégorien, qui est aussi le calendrier civil aujourd’hui, a également des raisons historiques et culturelles que la culture polynésienne n’intégrait pas autrefois.

     

     

    La réappropriation de ce calendrier polynésien est importante pour Haururu ?
    Nos recherches, nos lectures, nos rencontres avec d’autres référents culturels du Pacifique… nous ont montré qu’on avait notre propre cycle du temps. C’est un des fondements de Haururu, c’est une des racines de notre culture. Il est important de se réapproprier ce temps, parce que cela nous permet aussi de nous réapproprier notre espace. Et de mieux nous comprendre, finalement.

     

    C’est une des bases de la protection de l’environnement, pour vous ?
    Le respect des cycles saisonniers se faisait quasi naturellement, à l’époque.  Comme l’on a oublié cette perception du temps et qu’on a essayé de s’adapter à ce calendrier qui nous vient de l’extérieur, on a constamment des échecs.
    Et c’est tout à fait logique. Quand on oublie, par exemple, dans nos pratiques quotidiennes qu’il y a une saison sèche et une saison humide, on impose des rythmes artificiels à nos propres corps et à la nature.

     

    Qu’attendez-vous de cette réappropriation d’un temps naturel ?
    Nous pensons, à Haururu, que cette réappropriation de “notre” temps – pas de manière simplement théorique, mais par la mise en pratique de certaines choses – peut faciliter ce qu’on souhaite tous à l’heure actuelle, un mieux être pour tout le monde.
    On parle beaucoup de dérèglement climatique, de montée des eaux… Mais dire qu’il ne faut pas faire ceci ou pas faire cela ne suffit pas ! Comprendre, c’est sentir en soi les choses.

     

    Où en est-on dans cette perception au sein de la société polynésienne contemporaine ?
    Ça commence à faire son chemin. Mais beaucoup de gens sont habitués à des “rituels” sociaux qui ne sont pas de chez nous. Comme celui de Halloween, qui n’est même plus un rituel, et qui est devenu un commerce… Il faut voir aussi comment Noël – une belle fête pourtant – a été détourné, avec des sapins et des jouets en plastique dans les magasins…

     

    Célébrer Matari’i i ni’a peut donc contribuer à une meilleure prise de conscience écologique ?  
    Les rites anciens avaient un sens naturellement écologique. Sans que cela soit à envisager comme un retour nostalgique ou sectaire à un passé révolu, célébrer Matari’i i ni’a en novembre et Matari’i i raro en mai permet de se réapproprier un temps naturel, donc de se réapproprier son espace et son développement personnel.
    Voilà un peu le sens du combat qu’on mène… Je pense que toutes les associations qui se disent protectrices de l’environnement devraient se pencher sur ce problème parce que c’est le départ de tout.

     

    Propos recueillis par notre correspondant C.J

     

     

    Novembre, le lever des Pléiades

    matarii-cj-5

     

    Durant le week-end dernier, l’association Haururu a organisé deux journées de rencontres et d’échanges à l’embouchure de la vallée de Papeno’o. Plusieurs ateliers ont été proposés aux visiteurs : chants, danses, préparation culinaire, informations diverses sur les plantes médicinales, activités de confection (pahu, vivo…).

    Hier, les groupes de danse O Tahiti E et Toa o Hina ainsi que les Ui api de Papeno’o ont offert leurs prestations. Autant d’activités à même de décliner concrètement la perception du temps propre au calendrier polynésien que connaissent encore les pêcheurs de ina’a, à l’embouchure de la rivière.

    Samedi, la population et les associations de Papeno’o, en collaboration avec Haururu, organiseront la troisième et dernière grande marche de l’année pour la défense et le développement durable de la vallée.
    Le projet d’aménagement du village sera exposé sur le site de Fare Hape.

        Edition abonnés
        Le vote

        Recensement : Êtes-vous prêt à répondre à toutes les questions même intime malgré une garantie de l'anonymat ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete