Matari’i i raro commence demain

    vendredi 19 mai 2017

    yves doudoute

    Yves Doudoute est membre fondateur de l’association culturelle de Papeno’o Haururu. (© Charles Taataroa)


    L’association Haururu a été à l’origine de la renaissance de matari’i, l’apparition de la constellation des Pléiades, que les ancêtres des Polynésiens suivaient pour organiser leur vie communautaire. L’année se divise en deux saisons : matari’ i nia à partir du 20 novembre (temps de l’abondance) et matari’i raro à partir du 20 mai (temps de restriction). Selon Yves Doudoute, membre fondateur de l’association culturelle Haururu, la célébration de ces deux saisons peine à gagner le cœur des Polynésiens. Mais, selon lui, rien n’empêche d’y arriver si chacun de nous prête attention au cycle des éléments qui nous entourent pour mieux comprendre son utilité dans la vie de tous les jours.

    Qu’en est-il, aujourd’hui, de la célébration de Matari’i, dont vous avez été l’un des précurseurs, notamment à travers l’association Haururu ?

    Elle n’est malheureusement pas entrée dans les consciences. On en parle, mais sans plus. Pour moi, matari’i avait un sens plus profond dans la vie des Polynésiens d’autrefois. C’était le calendrier de l’époque et tout était lié à matari’i. Cela permettait aux Polynésiens de vivre en harmonie avec la nature. Ces dernières années, on a beaucoup mis l’accent sur la célébration de matari’i i nia.

    Pour matari’i i raro, je regrette seulement que l’association Haururu n’ait pas pu faire autant de promotion là-dessus. Nous estimons, avec d’autres membres de l’association, que cela ne concorde pas du tout à la réalité. Le calendrier polynésien est divisé en deux saisons. Donc, pour nous, on devrait accorder la même importance aux deux célébrations. Matari’i i nia, qui représente le temps de l’abondance, et matari’i i raro, le temps de la restriction, et non pas la disette comme on dit souvent.

     

        
    Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

    Nous sommes en pleine saison matari’i i raro. Quand on regarde autour de nous, il y a toujours des produits vivriers comme des ’uru et bien d’autres. Si on parle de disette, cela veut dire qu’il n’y a plus rien à consommer. Or, ce n’est pas du tout le cas. Il y a toujours des produits, mais moins. C’est pour cela que l’on appelle cela le temps de la restriction. La vie de nos ancêtres était rythmée par les deux saisons. Et ils maîtrisaient parfaitement bien cela.

     

    Qu’allez-vous faire pour que matari’i i raro soit célébré avec la même intensité que matari’i i nia ?

    Nous avons décidé, cette année, d’organiser les célébrations à l’embouchure de la Papeno’o comme pour matari’i i nia. Habituellement, nous sommes une équipe restreinte à célébrer matari’i i raro dans la vallée de la Papeno’o, au lieu-dit Fare Hape. Cette année, les choses vont changer.

    Nous avons invité un groupe de danse, qui se produira ce jour-là. Matari’i i raro au temps des tupuna, c’était le moment où la terre était mise au repos, le moment où le rahui était mis en place pour régénérer la ressource. C’est la saison idéale et propice aussi à la navigation.

    Le mara’amu est omniprésent, ce qui facilite les déplacements en mer pour aller d’île en île. Pendant la saison de matari’i i nia, nos ancêtres appelaient les dieux pour festoyer avec eux, puisque la terre est en abondance, notamment les produits de la mer. Et lorsque matari’i i raro arrive, ce n’est plus la même chose. On ne festoie plus. On se prépare surtout pour entrer dans le temps de la restriction.

     

    Comment faire prendre conscience à la population polynésienne de l’utilité des Pléiades ?

    C’est de faire en sorte que chacun de nous prenne le temps d’observer autour de soi, ce que la nature nous procure pour comprendre le sens et l’utilité des Pléiades (matari’i). En ce moment, quand tu te lèves à 5 heures et demie du matin pour aller au travail, il fait toujours nuit. En décembre, c’est le contraire. À la même heure, le soleil est déjà levé. Nos ancêtres organisaient leur vie en fonction du temps.

     

    Cela veut-il dire qu’on ne fait plus attention à cette organisation que nos ancêtres maîtrisaient ?

    Ce n’est pas ça. On s’est calqué sur les tendances d’ailleurs, sans se préoccuper de l’utilité de nos Pléiades. En décembre, on sait très bien que c’est Noël. Quel est le lien avec notre culture, nos coutumes quand on regarde ce qui se passe autour de cette fête ? Rien du tout. C’est calqué sur les quatre saisons en France. Nous avons nos propres saisons et on n’en tient même pas compte.

    Quand on regarde notre calendrier scolaire, il n’est pas du tout calqué sur nos saisons. C’est ce qui explique pourquoi en saison fraîche, les vacances sont courtes en Polynésie alors qu’on devrait faire le contraire. Dans les autres pays, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Nouvelle-Calédonie, etc., les grandes vacances, c’est en décembre. Chez nous, c’est en juillet.

     

    Pensez-vous qu’il est possible qu’il y ait une prise de conscience collective au niveau de la population sur l’utilité de matari’i ?

    Je reste confiant en disant que c’est à chacun de nous d’apporter sa pierre à l’édifice. La vie d’aujourd’hui est différente et j’estime que c’est à chacun de faire la part des choses et de trouver le juste équilibre entre le présent et le passé.

     

    Propos recueillis par C.T.

     

     

     

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