Maternité d’Orthez : l’anesthésiste avait bu le soir des faits, « pour ne pas trembler »

mardi 14 octobre 2014

Helga Wauters, l’anesthésiste belge mise en examen après le décès d’une de ses patientes fin septembre à la maternité d’Orthez (Pyrénées-Atlantiques), a reconnu qu’elle était sous l’emprise de l’alcool le soir de l’accident fatal, « pour ne pas trembler ».
L’anesthésiste de 45 ans comparaissait mardi, pour demander sa remise en liberté, devant la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Pau, qui a longuement évoqué ses déclarations sur sa consommation d’alcool et sa dépendance, d’abord en garde à vue puis devant un juge d’instruction.
« Le soir des faits, j’avais bu, une demi-bouteille d’un mélange de vodka et d’eau de 50 cl. Je n’étais pas ivre, j’étais à 70% de mes capacités », a déclaré lors de ces auditions Helga Wauters, qui a refusé de s’exprimer mardi durant l’audience publique. 
Le 26 septembre à 18H00, quelques heures seulement avant l’accident, le médecin affirme avoir consommé sa dose quotidienne habituelle, expliquant: « Il me faut de la vodka pour ne pas trembler ».
Ce soir-là, elle a la charge d’une parturiente de 28 ans, d’origine britannique. Helga Wauters lui fait sa péridurale, puis sort boire « un verre de rosé » chez des amis. Mais, selon les faits retracés devant la Cour, l’accouchement se passe mal et une césarienne devient nécessaire. L’équipe médicale appelle au téléphone l’anesthésiste, qui arrive à pied et sent l’alcool. Alors qu’elle prépare l’anesthésie générale de la patiente, son comportement et son élocution paraissent étranges à ses collègues.
 

« État second »

 
« J’étais dans un état second, débordée, ma perception était certainement modifiée », avouera Helga Wauters.
La situation tourne vite au drame: au lieu de se servir du respirateur du bloc opératoire, l’anesthésiste utilise à la place un ballon manuel pour ventiler sa patiente, elle intube les voies digestives au lieu des voies respiratoires.
Selon les témoignages cités par la Cour, l’obstétricien qui a la responsabilité de l’accouchement demande alors l’intervention d’un autre anesthésiste, mais aucun remplaçant n’est disponible.
Prévenu, le Samu découvrira à son arrivée « une patiente en arrêt cardiaque, cyanosée, et des personnes sur place qui restent inactives ».
Les secours la raniment et la transfèrent en urgence à l’hôpital de Pau, où elle décède le 30 septembre. Son bébé est sain et sauf.
Convoquée au lendemain du décès, l’anesthésiste s’était présentée devant les gendarmes avec un taux d’alcoolémie de 2,4 g/l dans le sang.
A son domicile, les enquêteurs retrouveront 17 bouteilles de vodka vides. 
Elle a été placée en détention provisoire à la maison d’arrêt de Pau après sa mise en examen pour « homicide involontaire aggravé ». La décision sur sa demande de remise en liberté sera rendue jeudi matin.
 

Quatorze dossiers saisis

 
Anesthésiste depuis 1994, elle avait été récemment recrutée par la clinique privée d’Orthez où elle exerçait, à titre libéral. Elle n’était pas membre du personnel de l’hôpital mais, en vertu d’une convention signée entre la clinique, l’hôpital public et l’Agence régionale de santé (ARS), elle intervenait le soir de l’accident pour le compte de l’hôpital.
« Il y a un doute sur ce dossier. Pas sur ma cliente qui assume à hauteur de ses responsabilités, mais sur la clinique » et son fonctionnement, a jugé mardi son avocate, Me Florence Hegoburu.
L’audience a notamment évoqué une vidéoconférence, tenue le 29 septembre, entre l’accident et le décès de la patiente, au cours de laquelle le groupe Kapa Santé qui gère la clinique privée d’Orthez, voisine de l’hôpital public, aurait demandé au médecin belge de ne pas parler aux gendarmes.
« Ultérieurement, on apprend que la clinique avait décidé de la mettre à pied » pour une intervention trop tardive sur une personne atteinte d’un cancer en phase terminale, a souligné le président de la Cour, Louis Parant.
« L’enquête ne fait que commencer, quatorze dossiers ont été saisis de personnes décédées récemment dans la clinique » pour déterminer si des fautes ont été commises, a indiqué M. Parant.
A l’issue d’une procédure engagée bien avant le drame, l’ARS d’Aquitaine devrait se prononcer cette semaine sur la fermeture définitive de la maternité d’Orthez, en butte à des difficultés chroniques de recrutements d’obstétriciens.

AFP

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