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Matuanui Fao parcourt le monde sur des luxueux navires depuis sept ans

lundi 14 mai 2018

FC 2 portrait matelot tahitien

Embauché en tant que simple journalier, Matuanui Fao a gravi les échelons pour devenir ingénieur mécano. (DR)

C’est dans sa cabine au mouillage à Saint-Vincent, une île de l’archipel des Grenadines dans la mer des Caraïbes, que nous avons joint Matuanui Fao. C’est lui qui, en premier, a écrit à La Dépêche de Tahiti pour faire partager “sa passion pour ce métier qui me permet de voyager aux quatre coins du monde, de m’ouvrir l’esprit à d’autres cultures tout en partageant la mienne aux autres” avec l’espoir d’inspirer la jeunesse à “s’ouvrir au monde de la plus vieille façon qu’il soit : faire son sac et mettre les voiles”.

 

Enfant de Arue, dans le quartier Lafayette, Matuanui Fao n’était pas destiné à sillonner le monde sur un super-yacht de 35 mètres. Après un parcours scolaire classique, il a obtenu un diplôme de massothérapie au Canada. Pour financer la suite de son cursus, il travaille dans un hôtel à Bora Bora, où, explique-t-il, “par chance, j’ai rencontré un équipage travaillant sur un yacht avec qui j’ai sympathisé. J’ai été invité à bord pour un barbecue. Ils m’ont parlé de leurs vies. Ils se baladaient autour du monde, sur un yacht, et en plus ils étaient payés. Cela avait l’air d’être un bon plan !”

Virement de bord, il évoque son nouveau projet et apprend qu’il est possible de suivre une formation de steward marin, donnée par le Service de l’emploi, de la formation et de l’insertion professionnelles (Sefi). Dans le cadre de cet apprentissage, un stage est obligatoire. Une tournée à la marina Taina, à Punaauia, où sont amarrés les super-yachts lui permet de proposer ses services. “J’ai dit que j’avais besoin d’apprendre, et qu’avec mon stage, je le faisais gratuitement. Le capitaine ne pouvait pas dire non.” Il prend le service dès le lendemain. “J’ai mis mon premier pied sur le bateau. Je devais faire un stage d’un mois. Finalement, je suis resté trois ans.”

La formation en poche, Matuanui Fao ne se dérobe pas lorsque son navire quitte la Polynésie et lui propose de l’embarquer. C’était il y a sept ans aujourd’hui. Depuis, le jeune homme de 33 ans a travaillé sur cinq différents bateaux “de businessmen, généralement, ce ne sont pas des gens connus”.

Embauché à la base en tant que journalier, Matuanui Fao a pris du grade, année après année. Il est aujourd’hui ingénieur mécano à bord. “Sur un yacht, il y a généralement deux possibilités. Soit tu passes les diplômes au pont, donc pour être matelot, officier et capitaine ; soit tu passes des diplômes en ingénieur, mécano. J’ai fait les deux. Ce boulot est intéressant, car je continue d’apprendre.”

Après être monté à bord avec son certificat d’initiation nautique, il a ainsi pu se former sur le tas. “Tu accumules l’expérience et quand tu te sens prêt, tu passes le diplôme.”

 

Pas le mal du pays

 

Même par téléphone, impossible de ne pas ressentir à quel point Matuanui Fao est épanoui. À la différence de nombreux Polynésiens, il a appris à supporter le mal du pays. En septembre, cela fera deux ans qu’il n’a pas revu les cimes de l’Aorai. “J’imagine que c’est typique de chez nous d’avoir le mal du pays. De mon côté, je m’en suis pris tellement plein les yeux. À chaque fois que je rentre à la maison, j’ai tellement de choses à raconter. Et puis de nos jours, avec les réseaux sociaux, je partage mon quotidien. Même ma maman me dit de continuer car à chaque fois que je rentre, je tourne en rond. Cela me fait plaisir de revenir, voir la famille, les amis, mais au bout de deux semaines, je tourne en rond.”

Retrouver un nouvel équipage et un nouveau navire n’est désormais plus un souci, la crise de l’emploi, pour lui, n’existe pas. “C’est un petit monde, tu te fais ton réseau et si tu donnes satisfaction aux autres membres d’équipage… certains sont devenus capitaines, si je les appelle, c’est certain qu’ils me recruteront.”

Le jeune homme l’admet : son métier “gagne bien, et puis on est nourri, logé, blanchi.” Seule une ombre pourrait l’empêcher de poursuivre cette vie de rêve éternellement. “Je ne pense pas que je pourrai faire cela toute ma vie, en tout cas, pas si je veux fonder ma petite famille. Mais je connais des gens qui font avec, ce n’est pas impossible. Si un jour je trouve une femme qui comprend ma passion ou fait le même métier, ce n’est pas impossible. Mais il est sûr que c’est compliqué.” Pour autant et c’était l’objet de son e-mail, Matuanui ne comprend pas les complaintes qu’il constate au sein de la jeunesse polynésienne, et l’invite, si elle se sent si mal, à suivre son chemin : “faire son sac et mettre les voiles ».

« Quand je lis les commentaires sur les réseaux, j’ai envie de les inciter à s’ouvrir l’esprit sur autre chose. Nous sommes gâtés avec notre vie en Polynésie après avoir vu de mes propres yeux ce qui se passe ailleurs. On est vraiment chanceux et, souvent, on oublie que la misère n’est pas si loin de chez nous.”

Selon lui, se retrouver un jour aux Caraïbes, un autre en Alaska est à la portée de tous. “Mon premier capitaine me disait : ‘Tu as deux bras, une cervelle entre les deux, et tu sais utiliser le tout, c’est déjà un bon début.’ Évidemment, il faut avoir le pied marin, ne pas avoir peur de bouger, de ne pas être à la maison. Nous ne sommes pas beaucoup de Polynésiens dans ce métier. Dans mon milieu, les gens s’en étonnent car nous sommes un peuple de la mer.”

Florent Collet

 

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