Medef – “Ça fait un an qu’on attend tous la relance économique”

    lundi 11 janvier 2016

    Olivier Kressmann, le président du Mouvement des entreprises de France (Medef) de Polynésie française a publié ses vœux vendredi dernier. Faisant référence à François Hollande, dans son discours de l’entre-deux-tours des élections de 2012, Olivier Kressmann appelle les salariés à ne “pas perdre confiance” envers leurs dirigeants et espère que 2016 permettra de définir une véritable orientation économique pour le Pays et que les réformes nécessaires seront traitées “avec force, conviction et courage, et indépendamment des élections à venir”.

    Dans vos vœux, vous évoquez une perte de confiance de la part des salariés…À quoi est-elle due ?
    On est début 2016. Ça fait un an qu’on attend tous la relance économique.
    C’est difficile dans les entreprises, et souvent, pour les salariés, ça se traduit par des gels de salaire. Le message, c’est de leur dire “garder confiance” en vos dirigeants qui veillent au quotidien à préserver vos emplois et à préserver l’outil de l’entreprise, avec des gestions souvent rigoureuses, mais nécessaires dans la situation actuelle. On a malheureusement une visibilité extrêmement difficile et délicate sur les potentiels de reprises d’activité normale dans les mois qui viennent. Il faut à tout prix casser cette vision de l’entreprise avec le patronat d’un côté et le salarié de l’autre.
    L’entreprise, c’est plus du tout ça aujourd’hui. C’est une entité morale, dans laquelle des hommes et des femmes de compétences différentes œuvrent chacun dans leur domaine pour que la structure grandisse et qu’elle produise de la richesse.

    Qui souffrent aujourd’hui le plus, les petites ou les grosses entreprises ?
    Ca ne dépend pas de la taille des entreprises. C’est plutôt lié à une problématique d’activité dans les métiers concernés. Ceci étant, plus vous êtes une grosse société, plus vous avez une assise financière qui vous permet, dans un certain laps de temps, d’accuser une baisse d’activité et d’avoir 50 % de votre personnel qui est rémunéré, mais qui ne produit rien.

    Dans vos vœux, vous attendez que l’assemblée de la Polynésie française prenne des “décisions fortes, responsables […] et impopulaires”. Vous pensez à quoi ?
    Je pense à des sujets d’actualité, comme la réforme de la Protection sociale généralisée (PSG). Ce sera forcément une réforme impopulaire, parce qu’il y aura un impact sur les cotisations, sur les conditions d’accès à la retraite, aux soins… Je pense également à tout ce qui va toucher à la fiscalité, parce qu’il va falloir réfléchir à mettre en place une imposition plus large, sur le revenu foncier, le revenu locatif, sur des choses qui normalement sont déjà soumises à imposition, mais qui ne sont pas suffisamment suivies. On parle aussi de droit d’imposition sur le secteur primaire…
    Tout cela reste encore à travailler. On devrait déjà être en situation, mais on est en retard, et j’attends de l’assemblée, que lorsque le sujet arrivera, il soit traité avec force, conviction et courage, et indépendamment des élections à venir.

    D’après vous, le président du Pays ne prend “pas assez régulièrement avis auprès des acteurs économiques”. Pouvez-vous développer ?
    2015, pour nous, a été l’année des occasions manquées. Il n’a pas su utiliser le soutien que nous avons apporté et affirmé au gouvernement en février 2015, lors de la lettre aux élus, qui a été faite pour contrer un risque de motion de censure. C’était un message très fort du monde patronal uni, pour dire “Nous voulons travailler”, et “nous sommes prêts à nous afficher face à l’opposition politique éventuelle”, pour aider ce gouvernement à avancer. Il aurait été bien de prendre conscience à ce moment-là, de la force économique que nous représentions, et de prendre conscience que nous pouvions aider ce gouvernement à travailler sur des réformes importantes et le soutenir à l’assemblée. Mais ça ne s’est pas fait, au contraire. En début d’année, nous avions travaillé sur le plan stratégique de développement économique, qui devait conduire à une feuille de route des dix ans à venir pour le gouvernement, mais au bout du compte, nous n’avons eu ni retour, ni synthèse, ni position du gouvernement. Pas de réponses à nos courriers non plus. Ça, c’est un rendez-vous manqué.
    Concernant le contrat de projet État-Pays-communes : au mois de juillet, sous l’insistance du haut-commissariat, ont été identifiés avec le président du Pays, les six premiers projets communaux prêts à démarrer pour un montant global de 1,7 milliard. L’État avait les sommes, les communes étaient prêtes. De son côté, le Pays n’avait plus qu’à faire des arrêtés pour engager le budget. Le premier arrêté paru au Journal officiel, date du 29 décembre 2015, pour un montant de 111 millions. Aujourd’hui, seul 5 % du montant annoncé en 2015, a été engagé sur le contrat de projets et il aura fallu attendre six mois pour avoir le premier arrêté du premier projet. Pourquoi ce délai ? Pas de réponses. Encore un rendez-vous manqué.

    Il y a beaucoup de déception de votre part…
    Il y a surtout de la frustration. Et il commence à y avoir des grondements au niveau des troupes du Medef.
    Nous avons prévu de rencontrer le président du Pays en ce début d’année, pour avoir des explications concernant tous ces rendez-vous manqués, et pour entendre sa vision de 2016. Aujourd’hui, nous ne connaissons pas l’orientation économique du gouvernement. On ne veut pas investir pas dans n’importe quoi, il faut que ce soit logique avec une stratégie économique.
    L’ère des “avant-gardes éclairées” d’autrefois, c’est fini. Aujourd’hui, la complexité est telle sur le plan économique et sur le plan social, que ça ne peut pas être qu’une seule personne dans son bureau qui décide quelle orientation prendre : ça doit être forcément le travail collégial du monde économique et du monde politique. Une fois qu’on a défini les choses ensemble, chacun peut assurer sa part.

    Quels sont selon vous, les secteurs d’avenir en Polynésie ?
    Bien évidemment le tourisme et l’économie bleue en général. Il y a également le numérique. La Polynésie française est en train de prendre un retard considérable ; retard d’autant plus rageant qu’il y a dix ans, on était probablement en avance sur bien des pays autour de nous. Avec les dix années de disette qu’on a connues à cause des instabilités politiques, on a piétiné et aujourd’hui, on est dans une situation où le développement du numérique en tant qu’outil de développement et d’augmentation du produit intérieur brut (PIB) n’est absolument pas utilisé. Il y a des vraies niches professionnelles à créer dans ce domaine.

    Et pour les jeunes, il y a un avenir, ici ?
    On est un pays d’environ 270 000 habitants, malheureusement ce serait mentir que de penser que nos 3 000 jeunes qui arrivent sur le marché régulièrement puissent tous trouver un job dans une entité aussi petite avec un marché aussi petit.
    Alors, il faut peut-être réfléchir autrement et voir comment on peut imaginer mettre en place des structures pour les aider à trouver des activités dans leurs spécialisations, dans les régions avoisinantes. Il faudrait trouver des formules type “maison de la Polynésie” qui leur permettrait d’avoir un point d’entrée dans ces pays-là pour faciliter leur intégration, leur installation…

    Propos recueillis par É.P.

    Un assouplissement du code du travail

    “On a travaillé dessus cette année”, explique Olivier Kressmann, le président du Medef de Polynésie française.
    “On a rencontré plusieurs fois le ministère du Travail et nous avons fait des propositions de réaménagement du code.
    Certaines ont été traitées comme le cas des astreintes, du travail du dimanche dans les hôpitaux et les aéroports, mais il faut aller plus loin. Le code polynésien est calqué sur le code du travail de la métropole.
    C’est une aberration, ce n’est pas du tout adapté à notre environnement. Il faut travailler sur la réorganisation du travail, la notion de délégation dans la représentation syndicale, les modalités de licenciement dans des situations particulières et cadrées.
    Il ne s’agit pas de revenir à “l’ère de n’importe quoi”, mais il s’agit de redonner de la souplesse à ce code qui est complètement rigide et qui empêche clairement de l’embauche.”

     

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