Menaces cycloniques – “Les barrages n’ont pas la capacité de contenir les crues”

    jeudi 15 octobre 2015

    Le directeur de Marama Nui, Yann Wolff, a rencontré les maires pour mettre en garde contre les crues cycloniques, bien plus puissantes et menaçantes qu’une rupture de barrage. Après une mise en garde des services de météorologie, la société Marama Nui, qui exploite des installations hydroélectriques dans les vallées de Hitia’a o te Ra et Teva i Uta, se prépare au pire.
    Le directeur de la centrale hydraulique évoque la douloureuse expérience du passage du cyclone Veena en 1983. Rencontre.

    Faut-il craindre la rupture d’un barrage ?
    Non ! Ce qu’il faut craindre ce sont les crues sévères dans des vallées avec ou sans barrages. Les barrages n’ont pas la capacité de contenir les crues. Lors d’une crue cyclonique, qui peut aller jusqu’à la crue millénale — c’est-à-dire la plus grosse crue que l’on est censée croiser sur un millier d’années – on voit passer en quatre à cinq heures entre 15 et 20 fois le volume du barrage. Il ne faut même pas compter sur le barrage pour ralentir la crue.

    Comment calculer une crue ?
    C’est compliqué. Il faut prendre en compte l’état initial de la vallée. Est-ce que l’on croise un cyclone après trois semaines de mauvais temps où les terres sont gorgées d’eau, et où la moindre goutte tombée du ciel va se mettre à ruisseler ? Ou le cyclone arrive-t-il après une période relativement sèche où il va y avoir un peu d’absorption dans les sols ? Ensuite, il faut prendre en compte la distance du phénomène. Le cyclone Oli, qui est passé très loin de Tahiti, n’a pas provoqué de crue majeure. Sur les ouvrages de Marama Nui, nous avons constaté des dégâts dus au vent, mais pas dus à la pluie. On a croisé des crues décennales. Les ouvrages et les vallées y ont fait face. Les plus anciens lecteurs de La Dépêche vont se rappeler de Veena en 1983, qui n’a pas laissé de bons souvenirs aux populations de Hitia’a o te Ra, jusqu’à Tautira. On parle de crue centennale. Ce sont 2 500 m3 par seconde qui se sont déversés à l’embouchure de la Papeno’o. C’est plus que le débit moyen du Rhône. C’est monumental. Veena, rapporté au bassin versant, c’est la sixième plus grosse crue constatée au monde. Alors, c’est très difficile de dire ce qui va se passer. Si l’année, qu’on pressent, est faite d’épisodes de type Oli, ça va assez bien se passer. Si demain le petit ou le grand frère de Veena passe à Tahiti et Moorea, ça va être très dur.

    Avez-vous les moyens d’alerter la population ?
    Ce n’est pas notre rôle d’alerter, c’est celui de la protection civile. Nous devons garantir la sécurité de nos ouvrages pour garantir la pérennité de notre outil de production, mais aussi par-là même la sécurité des populations en aval. Nos installations sont équipées de pluviomètres et, si l’on voit des choses exceptionnelles, on avertira les tavana. Nous les avons d’ailleurs rencontrés, ceux de Hitia’a o te Ra et de Teva i Uta. Il y a une sensibilité particulière sur la zone du lac Vaihiria dont les débordements sont catastrophiques. Je rappelle qu’il s’agit d’un lac naturel et non d’un barrage. Nous avons des moyens d’alerter si la situation générale ne devient pas apocalyptique et qu’elle ne nous permette plus de récupérer les informations par fibres optiques, fils de cuivre ou par faisceaux hertziens. Nous demandons aux tavana d’être prévoyants et je pense surtout au motu entre les deux bras de la Papeno’o et au bas de la vallée de Vaihiria. Les communes sont d’ailleurs sur une idée d’évacuation préventive.

    Les travaux de relèvement des murs de vos barrages ne feront donc pas face à une crue du siècle ?
    Nos petits barrages auront l’effet d’un fusible. Face à une crue de 5 ou 6 mètres de haut, le pauvre barrage sera submergé, mais son volume n’apportera pas plus de danger en aval. Nos grands barrages de stockage, au fond des vallées, sont soumis à des réglementations internationales. Et depuis 2007, nous avons entrepris un programme de confortement. Nous avons refait l’ingénierie et calculer toutes nos crues maximales, et nous les ramenons tous à la crue 5 000 ou 10 000 ans. Ce programme, de 3,8 milliards de francs, est terminé sur la commune de Teva i Uta, et c’est en cours sur les barrages de Hitia’a o te Ra. Nous espérons avoir fini ces rehausses de crête dans un mois et demi.

    Un débordement de barrage n’est-il pas dangereux ?
    Les barrages débordent tous les jours. C’est normal. Lorsque l’eau monte dans un barrage, elle s’écoule dans un ouvrage en béton. En revanche, lorsque la pluie devient très forte, l’eau submerge la digue. Ça devient dangereux car on a un phénomène d’érosion externe de la digue. Voilà pourquoi on a remonté nos digues, afin de passer des crues supérieures aux millénales. Autrement, on fait des mesures de fuites toutes les semaines, et nos résultats sont analysés en métropole. En cas de fuites importantes, on est amené à vidanger le barrage afin de réparer avant de remettre en eau.

    L’hydroélectricité fonctionnera-t-elle encore durant un cyclone ?
    Certaines centrales, où il n’y a pas de risque de submersion, vont continuer de tourner. Les autres seront cocoonées pour être prêtes à redémarrer après le cyclone. Mais, préventivement, nous mettons hors tension tout le réseau de transport aérien, et n’exploitons que les lignes souterraines. C’est la production thermique qui prendra la relève. Il faut savoir que les volumes que l’on turbine ne sont vraiment pas les mêmes. Notre plus grosse centrale, en bas de Papeno’o, voit passer 20 m3 par seconde, alors que Veena c’était 2 500 m3 seconde !

    Vous attendez-vous au pire ?
    On écoute ce que l’on nous dit. On a chez nous des experts en météo qui analysent. On est sur un El Niño fort comme en 1982-83 et 1997-98 ! Nos anciens se souviennent des dégâts sur les chantiers. Lors de Oli, nous avons été peu touchés, mais nous avons eu à Papeno’o des zones pulvérisées par le vent et, à Vaite, nous avons mis deux jours pour faire quatre kilomètres dans la vallée tant il y avait d’arbres enchevêtrés. On se prépare au pire en espérant que ça n’arrivera pas. Mais, ce qui est important, c’est que nos ouvrages ne mettent pas en cause la sécurité des personnes.

    Propos recueillis par J.-L.M.

    roger lacan 2015-10-19 08:42:00
    le probleme c'est pas tout ces chiffres d'experts, le GROS probleme, c'est la crue décamillenale, celle qui arrive tous les 10 000 ans , pas la millenale, Là , les flots balayeront tout, comme a l'Atlantide.moi, je m'y prepare et vous dvriez faire pareil !!
    Vahine 2015-10-17 05:29:00
    YANOU tu assures comme toujours ^_^*
    Toute façon les gens ne seront jamais contents.
    Y a qu'à voir les CDG Lorsqu'il y a une coupure de courant. MEA MA l'électricité ne se produit pas par le saint esprit!!
    Franchement les panneaux solaires , comment vous les recycler?
    Merci EDT pour la lumière !
    Pierre Carabasse 2015-10-16 14:58:00
    Bonjour Olivier, je tiens le rapport de Joël Danloux à votre disposition, valable aussi pour d'autres intéressés. Me contacter par l'intermédiaire de mon blog, lien ci-joint. Je ne suis pas un spécialiste de ce sujet.
    Olivier 2015-10-16 11:06:00
    Il ne faut pas confondre les risques naturels et les risques technologiques.
    Le risque d'aléas inondation a été étudié lors du PPR, le Plan de Prévention des Risques (naturels). Sur les cartes, le lit majeur et le delta de l'embouchure de la rivière de la vallée de Papenoo sont classés en zone rouge non constructible. La plupart des habitations existantes n'ont pas de permis de construire.
    Une étude des risques technologies a bien été effectuée par EDF international, dans le cadre du financement des barrages. Elle fait apparaitre qu'effectivement en cas de rupture du barrage de la Tahinu une vague importante submergerait la basse vallée en un temps très court. Le but de cette étude n'est pas d'effrayer la population mais que les ingénieurs de Marama Nui (EDT) prennent toutes les mesures nécessaires pour l'éviter : vider les barrages en prévisions de très fortes pluies, surveillance des éboulements dans la haute vallée, capteurs d'étanchéité...
    Je m'étonne qu'un ingénieur puisse tenir de tel propos, ou alors ses propos on été déformés. Son rôle consisterait plutôt à démontrer que Marama Nui / EDT a pris toutes les dispositions pour faire face aux menaces cycloniques ou de tres fortes pluies.
    Pierre Carabasse 2015-10-16 09:00:00
    Je confirme ce qu'écrit Gérard. Il y a une vingtaine d'années, lors de la mission de 2 spécialistes hydrologues, mon ami (Danloux) m'a dit : "Essayes de trouver un exemplaire de notre rapport et gardes-le, car en cas de cyclone comme Veena, le niveau de l'eau en amont du pont de Papenoo montera de 3 mètres en une demi-heure". Mais rapport introuvable...
    gerard 2015-10-16 01:01:00
    le debit moyen de la Papenoo est de 11 m3/s , lors de Veena en Avril 83 c'etait 100 a 200 m3/s sur 18 heures ( donnees du service de l'equipement de Tahiti) avec un maxi de 1500 m3/s (donnees Danloux ). En 97, ca n'a pas depasse 250 m3/s, sans debordement majeur. D'ou viennent ces 2500m3/s en Avril 83 ? merci
    gerard 2015-10-16 00:38:00
    Attention, aux prochaines grosses houles, interdiction de se baigner.
    gerard 2015-10-16 00:36:00
    apres le titre racoleur " risque quasi maximum ", ce qui ne veut rien dire sauf faire peur : il est maxi le risque ou pas ? ben non, il est quasi...ah! maintenant la crue du millenaire !!! Merci aux medias , vous vendez plus de journaux ? le marché du cable, des tire-fond, des piles ,lampes et sacs de riz va bien ? A croire que El Nino fort, n'a jamais existé... et bientôt, ce sera comme ca pour chaque pluie....
    Fab. 2015-10-15 21:52:00
    et bien à lire l'article,ça promet.
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