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Meurtre de Sandy Ellacott – Henri T. : « Ce que j’ai fait, c’est impardonnable »

vendredi 9 février 2018

justice tribunal

« Je n’étais pas dans mon état normal, je ne savais plus ce que je faisais », a souvent répété Henri T.. (© Florent Collet)

Au troisième jour du procès en assises de l’affaire Ellacott, après avoir entendu les experts psychiatres et psychologues confirmant qu’Henri T., le meurtrier présumé, était conscient de ce qu’il faisait, l’audition de ce dernier sur ces faits était particulièrement attendue.

Pour Henri T., la soirée avait bien commencé avec un apéritif chez des amis, à Bora Bora. Le test d’alcoolémie s’était avéré négatif au matin du drame, mais il explique les pichets de bière puis la dizaine de shooters bus au Tiki Bar après être passé au Manuia. « Je faisais le fou, j’étais heureux, c’était plus que bien », évoque le jeune homme en repensant à cette soirée où il avait également retrouvé tous ses collègues de travail. « J’étais tellement content que je buvais et je ne sais pas ce que j’ai consommé. » 

À la fermeture, même si sa petite amie veut rentrer, ils décident d’aller avec des amis à Patete, lieu des after à Bora Bora pour finir leur bière. Des amis commencent à se chauffer, Henri T. essaie de les calmer. « J’étais énervé, parce que c’était une bonne soirée, pourquoi terminer comme ça ? », relate-t-il.

Il a ensuite du mal à être précis quant à son positionnement sur la route au moment où Sandy Ellacott et ses deux amis vont arriver sur les lieux. Il fait signe à la voiture d’aller doucement. « Tout le monde était énervé à cause de ça, même moi. » Le véhicule fait alors marche arrière et Henri se présente au niveau de Sandy, alors au volant. « Il m’a demandé si je cherchais la merde ou si je voulais me battre, je lui ai dit qu’il fallait rouler doucement, il m’a insulté.« 

L’accusé parle du vrombissement du moteur et des coups d’accélérateur donnés par la victime. « Genre si je n’arrête pas, il va m’écraser, il faisait beaucoup d’à-coups », se remémore-t-il. La voiture recule finalement, Henri T. s’accroche et tombe. Il se rappelle ensuite des « roues qui grognaient », « je voyais juste les phares » et « j’ai senti un gros boum ».

Blessé à jambe, Henri T. reprend « l’effet tunnel » évoqué par la psychologue plus tôt lors de l’audience. La spécialiste évoquait qu’en cas de stress aigu, l’obnubilation sur l’agresseur permet à celui qui en est victime de faire abstraction de tout ce qui l’entoure et peut pousser, par autodéfense, à commettre des choses graves.

« Ça collait avec ça, j’ai senti ma jambe craquer mais je voulais le rattraper.«  La course-poursuite s’engage et Henri T. finit par percuter le véhicule de Sandy Ellacott. « J’étais encore plus énervé mais c’était confus dans ma tête. Mon but, c’était de le rattraper, je voulais le voir. »

Les voitures s’arrêtent finalement sur le terrain familial Ellacott. « Je suis descendu et je l’ai tapé, c’est vrai », admet l’accusé, qui explique être dans un état second. « Je n’ai même pas vu que ma femme était là, j’étais dans les nerfs, tout ce que je voulais, c’était le taper. » Il indique également que Vetearii T. tape la victime indiquant même que c’est d’abord ce dernier qui a sauté à pieds joints sur la victime. Il revient aussi sur les mots qu’il aurait prononcés aux victimes ce soir-là et son intention de les tuer.

« J’ai dit beaucoup de mots, ce soir-là. Durant cette violence, je ne sais pas ce que je disais vraiment. Je n’étais plus moi-même. » Une phrase qu’il répétera à plusieurs reprises. Sa volonté d’écraser Sandy et sa fiancée ? « Ce n’était pas mon intention, sinon, on n’aurait pas pu m’arrêter« .

Il semble ensuite prendre conscience de son état, quand il embarque sa copine en voiture. « J’ai vu qu’elle avait carrément peur de moi, je n’étais pas dans mon état normal, je ne savais plus ce que je faisais.«  Il emmène ensuite le 4×4 dans le lagon. « Je voulais casser sa voiture » et répète « je n’avais jamais vu cette situation de ma vie ».

Il retrouve ensuite sa famille qui le mitraille de questions. « Je ne savais pas quoi répondre ». Puis il repart ramasser les morceaux de sa voiture laissée en chemin. « Je pensais à mon travail et que ma voiture ne marchait pas.« 

Au retour à la maison, « je me sentais bizarre, même ma copine ne voulait pas dormir près de moi. » Au réveil, le mal de jambe lui revient, il va à l’infirmerie, mais remarque qu’il est suivi par le muto’i qui lui indique qu’il est recherché. Il se rend alors à la gendarmerie. Bien connu, un gendarme le prévient. « Je n’ai jamais pensé cela de toi. Là, tu es dans de beaux draps, je ne sais pas si tu vas t’en sortir. »

Henri T. ignore encore avec qui il s’est battu. Il apprend que c’est la famille Ellacott. « Une très grande famille, très gentille famille. » Il demande à arrêter l’audition pour appeler son père. « J’ai fait une erreur, une grosse bêtise », lui confie-t-il.

Au second jour de garde à vue, lorsqu’un gendarme arrive vers lui avec un « air désastré », il comprend que Sandy Ellacott est décédé. « C’est là que j’ai commencé à réaliser que ce que j’ai fait, ce qu’on a fait, c’est plus que grave. » Il explique alors qu’il n’entend plus ce qu’il se dit autour, il comprend que la victime est le petit-fils de sa marraine qui a toujours été là pour lui. « À ce moment-là, j’ai pensé à ma marraine, je pense à elle tous les jours depuis, j’avais peur qu’elle soit dans la salle à l’audience. »

Il évoque ensuite Sandy Ellacott, « un père aimé et respecté par tout le monde » et pense à sa fille, aux rapports que lui-même entretient avec son père. « C’est ce qui m’a poussé à me suicider, à mettre fin à ma vie. Je ne pouvais pas prendre la place de Sandy », murmure-t-il en plusieurs sanglots et reprend la phrase de la fiancée de Sandy prononcée la veille : « J’ai enlevé plusieurs vies. Je sais que ce que j’ai fait est impardonnable. Je ne sais pas ce qu’ils ressentent mais sa fille n’a plus de papa. Même s’ils ne l’acceptent pas, je tiens à leur demander pardon. » 

Le procès qui devait se terminer aujourd’hui pourrait se poursuivre demain. Henri T.. encourt 30 ans de réclusion criminelle.

F.C.

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