Mexique : le maire d’Iguala accusé d’avoir ordonné l’attaque contre les étudiants

mercredi 22 octobre 2014

Les autorités judiciaires mexicaines ont lancé mercredi un mandat d’arrêt contre le maire d’Iguala (sud), accusé d’avoir ordonné l’attaque contre des dizaines d’étudiants dans sa ville le 26 septembre, qui avait fait 6 morts et 43 disparus.
Tandis que le ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam, faisait cette annonce lors d’une conférence de presse, des manifestants ont incendié la mairie d’Iguala pour protester contre l’incapacité des autorités à retrouver les disparus. 
« Des mandats d’arrêt ont été lancés contre le maire d’Iguala », José luis Abarca, son épouse et le responsable municipal de la sécurité publique. Le maire est soupçonné d’être « l’instigateur des faits survenus à Iguala », a dit le ministre de la Justice, qui dirige l’enquête.
C’est la première fois que les autorités judiciaires, qui ont déjà procédé à 52 arrestations, dont une quarantaine de policiers municipaux, nomment les instigateurs d’un crime qui a bouleversé le Mexique et le monde.
Sur la base de témoignages de détenus, le ministre a indiqué que le maire avait donné « l’ordre d’affronter » les étudiants par crainte que ces élèves de l’école normale d’Ayotzinapa, située comme Iguala dans l’État de Guerrero, sabotent un événement public que tenait son épouse comme directrice d’un organisme publique de protection de l’enfance.
Le maire, élu du Parti de la révolution démocratique (gauche), et son épouse Maria de los Angeles Pineda, sœur d’au moins trois narcotrafiquants, sont liés au cartel des Guerreros Unidos, que les autorités accusent d’avoir fait disparaître les étudiants.
Le ministre Jesus Murillo Karam a présenté Mme Pineda comme « la principale opératrice d’activités criminelles » depuis la mairie d’Iguala, avec la complicité de son époux et du responsable municipal de la sécurité publique, Felipe Flores.
Selon les autorités, ce sont des policiers municipaux d’Iguala, ainsi que ceux du bourg voisin de Cocula,  qui ont remis les 43 étudiants à des membres des Guerreros Unidos.
Le ministre de la Justice a expliqué mercredi que Sidonio Casarrubia, détenu considéré comme le leader du cartel des Guerreros Unidos, avait reconnu avoir été contacté par un de ses lieutenants à Iguala. Ce dernier lui aurait présenté les étudiants comme des membres d’un groupe criminel rival, raison pour laquelle Casarrubia aurait « donné son aval » à l’action contre les jeunes « pour la défense de leur territoire ».
Depuis les disparitions, les autorités ont trouvé neuf fosses clandestines à Iguala et ses environs avec un total de 30 cadavres, a dit le ministre. Les expertises ont déterminé que 28 d’entre eux ne correspondent pas aux étudiants disparus, soulevant de nouvelles questions sur l’identité de ces morts.

La mairie d’Iguala en flammes

Des manifestations se sont déroulées mercredi dans plusieurs villes du Mexique pour protester contre l’impuissance à retrouver les disparus et à faire la lumière sur cette affaire, tandis que plusieurs universités lançaient une nouvelle grève de 48 heures.
A Iguala, des manifestants ont incendié la mairie, où aucun employé n’était sur les lieux.
Certains des milliers de manifestants d’Iguala ont fait irruption dans le bâtiment et l’ont incendié en l’absence, sur les lieux, des forces de sécurité fédérales qui ont pris en charge le contrôle de la ville après la disparition des étudiants.
C’est la troisième fois qu’un bâtiment est incendié dans l’État du Guerrero depuis la disparitions des 43. Mardi, quelque 500 membres de l’aile radicale du syndicat des enseignants avaient incendié le siège du PRD à Chilpancingo et le 13 octobre, les mêmes avaient incendié le siège du gouvernement régional dans la même ville.
Le gouverneur de l’État de Guerrero, également membre du PRD, subit des pressions de plus en plus fortes pour remettre sa démission, non seulement de la part des manifestants, mais de plusieurs partis politiques. 
Mardi, le groupe parlementaire sénatorial du Parti révolutionnaire insitutionnel (PRI) du président Enrique Pena Nieto, a réclamé la démission du gouverneur, tandis que le Parti action national (PAN conservateur) a demandé au Parlement, qui doit statuer d’ici fin octobre, une décision de « disparition des pouvoirs » dans l’État de Guerrero, ce qui reviendrait à désigner un nouvel exécutif régional.

AFP

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