Les migrants détenus à Manus obtiennent un dédommagement

jeudi 15 juin 2017

Le camp de Manus en 2016, en Papouasie Nouvelle-Guinée. (© archives AFP)

Le camp de Manus en 2016, en Papouasie Nouvelle-Guinée. (© archives AFP)

L’équivalent de 47 millions d’euros (5,6 milliards de francs) va être versé à près de 2 000 réfugiés en dédommagement de leur détention dans un camp offshore australien très controversé, une décision saluée hier comme une victoire pour les droits de l’homme.

Cet arrangement à l’amiable va aussi permettre au gouvernement australien, et aux entreprises privées de sécurité Transfield et G4S chargées de la gestion du camp, d’éviter un procès.

Au total, 70 millions de dollars australiens devront être partagés entre 1 905 personnes qui sont ou ont été détenues depuis 2012 dans le camp de l’île de Manus, en Papouasie Nouvelle-Guinée, selon le cabinet d’avocat Slater and Gordon qui avait porté le recours collectif (class action).

L’Australie essuie les foudres d’organisations de défense des droits de l’homme, de même que de l’ONU, pour sa politique extrêmement dure vis-à-vis des demandeurs d’asile.

Sa marine repousse systématiquement les bateaux de clandestins. Ceux qui parviennent à gagner ses côtes malgré tout sont placés dans des camps de rétention hors de l’Australie, comme à Manus, en Papouasie Nouvelle-Guinée, ou sur Nauru, petite île du Pacifique, le temps que leur demande d’asile soit examinée.

L’existence même de ces camps suscite depuis des années la colère des ONG qui dénoncent aussi les conditions de vie dans ces installations, l’absence totale de perspectives pour les détenus, les violations des droits de l’homme, les tentatives d’automutilation et de suicides.

Les détenus de l’île de Manus avaient formé l’an dernier un recours pour demander des dédommagements pour le préjudice physique et moral subi.

 

 

Un grand déballage évité

 

 

Ils dénonçaient en outre une détention arbitraire en invoquant un jugement rendu l’an passé par la Cour suprême locale qui avait estimé “illégale” et “anticonstitutionnelle” la détention des demandeurs d’asile à Manus.

Les plaignants ont en outre obtenu 20 millions de dollars australiens (1,6 milliard de francs) de frais de justice.

Les personnes détenues sur Manus ont vécu dans des conditions extrêmement hostiles, mais elles ne souffriront plus en silence”, a déclaré l’avocat Andrew Baker, du cabinet Slater and Gordon.

“Bien qu’aucune somme d’argent ne puisse complètement reconnaître les conditions de détention terribles, nous espérons que ce règlement peut commencer à aider les détenus à reléguer derrière eux ce triste chapitre de leur vie”, a-t-il ajouté.

Même si leur demande d’asile est jugée légitime, Canberra n’autorise pas les migrants clandestins à s’installer en Australie. L’Australie affirme que cette politique très dure est la seule à même de dissuader les réfugiés de se lancer dans la périlleuse traversée vers ses côtes.

Hier, l’organisation Amnesty International a salué une décision “historique”, “une brèche importante dans le système officiel australien qui vacille”. “Elle doit être un tournant vers une solution meilleure pour les réfugiés, qui se fonde sur la protection et non sur la maltraitance”, ajoute l’organisation.

Mais le ministre australien de l’Immigration a souligné que ce versement n’était en rien une reconnaissance de responsabilité de la part de son gouvernement. Mais qu’il permettait juste d’éviter un long et coûteux procès.

“Dans de telles circonstances, transiger a été considéré comme une solution prudente pour le contribuable australien”, a-t-il dit dans un communiqué. “Le Commonwealth rejette catégoriquement les allégations faites dans ce recours.”

Un éventuel procès aurait impliqué un grand déballage public sur la politique migratoire australienne et sur les conditions de vie dans les camps. Or l’Australie a maintes fois été accusée de la plus grande opacité sur la question.

“La ligne de défense des avocats (de l’Australie) était de dire que c’était la Papouasie, et non elle, qui était responsable du maintien en détention”, a déclaré Rory Walsh, un autre avocat des plaignants. “Ce déni permet (à l’Australie) de continuer à faire gérer ces camps.”

Le camp de Manus est censé fermer prochainement en raison de la décision de la justice papouasienne. Et Peter Dutton a plusieurs fois affirmé que les occupants du camp ne seraient pas envoyés en Australie, mais sans doute dans un pays tiers.

 

AFP

 

 

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