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Moetai Brotherson droit dans ses sandales

mardi 18 juillet 2017

moetai brotherson

Moetai Brotherson est de retour pour quelques jours à Papeete, notamment pour le recrutement de deux de ses collaborateurs. Son baptême du feu à l’Assemblée nationale est prévu pour le 2 août, durant les questions d’actualité au gouvernement : il veut savoir pourquoi 250 fonctionnaires d’État polynésiens ne retrouvent pas d’affectation au fenua, malgré les promesses qui leur ont été faites. (© Caroline Perdrix)


Le premier député indépendantiste de l’histoire de la Polynésie française a pris ses marques à Paris. Il nous explique pourquoi il siège avec la Gauche démocratique et républicaine, comment il est formé à son nouveau métier, comment se passe le recrutement de ses collaborateurs et quels sont ses dossiers prioritaires, notamment pour sa première intervention à l’Assemblée nationale, le 2 août.

Vous faites partie du groupe Gauche démocratique et républicaine (GDR). Qu’est-ce qui a bloqué dans la création d’un groupe “indépendantiste” à l’Assemblée nationale ?

Le groupe devait s’appeler Territoires et diversité, regroupant d’un côté une dizaine d’ultramarins, des Corses, des Bretons et des Basques, et de l’autre côté des membres du Parti des radicaux de gauche (PRG) et des transfuges du Parti socialiste, qui étaient huit et voulaient s’inscrire dans la majorité présidentielle. Pour moi, pour les Martiniquais et pour les Corses, ce n’était pas possible. Les crispations sont arrivées assez vite, notamment sur la question de l’amnistie pour les nationalistes corses.

Mais rien ne presse, c’est la première fois que l’idée émerge, donc la graine est plantée. Est-ce que ça veut dire qu’on se retrouvera à nouveau ? Pourquoi pas ?

 

Quelle formation reçoit un primo-député tel que vous ?

J’ai eu une première formation donnée par les services de l’Assemblée nationale. J’ai suivi quatre demi-journées : le statut du député, le député employeur, le processus législatif et les moyens d’information et de contrôle.

Ensuite, la GDR a fait une formation pour les nouveaux députés, sur la manière dont le groupe fonctionne, qui sont les collaborateurs, qui s’occupe de quel dossier, pour notamment éviter les redondances au moment du choix de nos collaborateurs.

 

La GDR a-t-elle bien accueilli vos grands thèmes, comme la reconnaissance de la réinscription à l’ONU ou l’organisation d’un référendum d’autodétermination ?

Le Parti communiste nous avait déjà expliqué que sa position sur les colonies n’avait pas changé, qu’il fallait que les colonies s’émancipent. De toute façon, ils ont bien mis l’accent sur le fait que c’est un groupe technique. Il n’y a pas nécessité d’une unité de vote, on ne nous donne pas de consigne de vote.

C’est d’ailleurs la différence avec La France insoumise. Je n’avais pas l’impression que Mélenchon nous aurait laissé autant de liberté. En revanche, si un jour, j’ai un amendement à proposer ou une question écrite à poser, et que je ne suis pas là pour les défendre, même s’ils ne sont pas d’accord sur le fond, ils prendront le sujet en charge.

 

Une de vos priorités est que la France reconnaisse officiellement la réinscription de la Polynésie française sur la liste de l’ONU des territoires non autonomes. Quelle forme cela pourrait-il prendre ?

Je pense que ça ne se fera pas dans l’hémicycle, dans un premier temps. C’est plus un travail de pédagogie relationnelle, de rencontres avec les présidents de groupe et d’un maximum de députés dans chaque groupe. Je n’ai pas fait de rencontres spécifiquement pour ça, mais j’ai rencontré de nombreux députés à diverses occasions : la plupart ne sont tout simplement pas au courant que nous sommes réinscrits et la quasi-totalité sont un peu surpris par la position de la France jusqu’ici.

 

C’est ce sujet qui vous a poussé à intégrer la commission des affaires étrangères ?

Parmi les huit commissions de l’Assemblée nationale, trois sont considérées comme les plus prestigieuses : la commission des lois, celle des finances et celle des affaires étrangères. Le groupe GDR avait déjà désigné quelqu’un d’expérimenté aux finances.

La commission des affaires étrangères, c’est une commission un peu à part, où on a l’occasion de rencontrer énormément de personnes qui sont en contact avec l’étranger, qui font de la diplomatie, et ça, effectivement, dans l’optique du processus d’autodétermination, pour moi, c’est intéressant.

 

Vous vous êtes abstenu sur la déclaration de politique générale du Premier ministre Édouard Philippe. Quels sont les dossiers sur lesquels vous serez particulièrement vigilant ?

Ceux qui sont inscrits dans ma profession de foi. La première proposition de loi sur laquelle je suis en train de travailler, c’est celle qui concerne l’inéligibilité à vie d’élus condamnés. Une partie de nos demandes est déjà intégrée dans la “loi pour la confiance dans notre vie démocratique”, comme l’interdiction des emplois familiaux et la limitation du nombre de mandats consécutifs.

Mais elle commence déjà à être un peu édulcorée, on pouvait s’y attendre. On doit voir si on dépose simplement des amendements ou une nouvelle proposition de loi, selon ce qui sera le plus porteur.

 

Le code général des collectivités territoriales (CGCT) promet également de nombreux débats, notamment sur le financement. Un sujet pour l’élu municipal que vous êtes ?

Tout le monde a envie de le modifier ! Après, il faut voir comment. J’ai écouté le discours du président de la République sur la notion de contrat de territoire. Pour l’instant, c’est encore un peu flou. Je pense qu’il va être confronté à l’inertie de l’administration, notamment de Bercy, qui est un État dans l’État. Il en vient, mais est-ce que ce sera suffisant pour changer, je ne sais pas.

 

Et la loi travail, sachant que notre code du travail polynésien s’inspire de l’Hexagone ?

Je pense qu’il y a de sérieux motifs d’inquiétude parce que, ne serait-ce que par capillarité, cela aura des répercussions chez nous.

 

 

Quand retournez-vous à Paris ?

Du 28 juillet au 9 août. Ma première question d’actualité est prévue le 2 août. Elle concerne la situation des fonctionnaires d’État polynésiens qui sont – je ne sais pas comment on peut le dire autrement – pris en otage dans l’Hexagone. Soit dans le cadre d’une promotion, soit en passant des concours, ils partent faire une formation dans l’Hexagone, et une fois qu’ils arrivent là-bas, ils se retrouvent dans l’impossibilité d’être réaffectés ici.

Pour certains, ça fait neuf ans. Et pourtant, la loi Érom (égalité réelle outre-mer, NDLR) vient de passer et confirme tous ces éléments-là, mais dans les faits, rien ne se passe.
Exercer à Dunkerque ou dans le 93 ne va rien leur apporter par rapport à la spécificité de la Polynésie.
Et surtout, ce n’est pas ce qu’on leur avait dit au départ. Ils sont quand même 250   !

 

 

Avez-vous trouvé les collaborateurs que vous cherchiez ?

Il y a trois postes. Pour celui de juriste conseil en Polynésie, qui demande des compétences en sciences politiques et en juridique, j’ai eu quatre candidatures, et je pense avoir trouvé.

Pour le chargé de communication en Polynésie, j’ai eu une cinquantaine de candidatures, mais tout le monde n’a visiblement pas compris que je demandais des candidats parfaitement bilingues. Pour moi, c’est essentiel, car cette personne sera chargée de traduire en reo Tahiti l’ensemble des productions écrites, et elle doit aussi maîtriser la communication politique. Je vais recevoir quatre personnes en entretien cette semaine.

Et pour le poste d’attaché parlementaire juriste à Paris, là, j’en suis à 280 candidatures, dont 250 d’anciens attachés parlementaires qui se retrouvent au chômage.
J’ai une shortlist de trois personnes, avec qui je vais faire des sessions Skype avant ce soir, parce que je veux pourvoir le poste avant mon départ.

 

Comment allez-vous vous organiser pour concilier votre mandat de député avec vos rôles de délégué du Tavini et de conseiller municipal ?

Je pense que le rythme que je souhaite – une semaine à Paris et trois semaines à Tahiti – se mettra en place à partir d’octobre. Là, je retourne à Paris pour l’installation de mes collaborateurs, qui eux aussi vont bénéficier de formations. Ensuite, la période de vacances parlementaires va couvrir août et septembre.

 

Et enfin, le lavalava, c’est le meilleur gimmick politique de l’année ? À présent, tout le monde sait qui vous êtes ?

Ah oui, tout le monde, les huissiers, les questeurs, les gens de la sécurité, les médias, les collègues, aujourd’hui, quasiment plus personne ne se pose la question de savoir qui est M. Costaud avec une jupe et une chemise fleurie ! L’autre chose qui me fait plaisir, c’est d’avoir hérité du bureau d’Alfred Marie-Jeanne, leader indépendantiste martiniquais.

 

 

Propos recueillis par Caroline Perdrix

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