Moorea – Les agriculteurs, qui se considèrent “victimes”, se regroupent en collectif

    jeudi 29 septembre 2016

    agriculteurs

    Coco Teraiharoa, pilier de la culture d’ananas à Moorea, a été désigné président du collectif regroupant les agriculteurs concernés par l’affaire d’escroquerie à la défiscalisation Sofipac. (Photos : Jeannot Rey/LDT)

     

    Un collectif vient de voir le jour à Moorea. Celui-ci a pour but de rassembler et défendre les 311 agriculteurs impliqués dans l’affaire Sofipac, qui, depuis 2010, a fait l’objet d’une information judiciaire pour “faux et usage de faux, escroquerie en bande organisée et blanchiment”.

     

    Le président du collectif n’est autre que Coco Teraiharoa, l’un des piliers de la culture de l’ananas à Moorea depuis plus de vingt-cinq ans. Ce dernier a souhaité rencontrer La Dépêche de Tahiti pour avertir tous les agriculteurs impliqués dans cette affaire de défiscalisation qu’un collectif vient d’être monté.

    Nous voulons les avertir que ce collectif est là pour les aider. Certains sont en grande difficulté aujourd’hui après que leurs comptes bancaires ont été saisis. Tous les agriculteurs, dont nous faisons partie, sont aujourd’hui les victimes d’un escroc et nous ne sommes pas des coupables ayant sciemment recelé des sommes variables selon la surface des exploitations, qu’ils savaient provenir de l’escroquerie en bande organisée comme cela leur a été signifié.

    Et Coco Teraiharoa de poursuivre : “On parle ici d’agriculteurs, dont certains ne savent même pas parler français, à qui un homme, spécialiste en défiscalisation – un processus qui leur a été présenté comme étant légal – a fait miroiter de la terre et qu’on pouvait les aider par la “defisc” dans le but de redynamiser leurs exploitations. Ils ont foncé presque tête baissée. Aujourd’hui, on les accuse d’être des receleurs et complices d’escroquerie en bande organisée.

    Coco Teraiharoa annonce que les agriculteurs ayant déjà été entendus par la gendarmerie seront présentés dès le 5 octobre au juge d’instruction, d’autres suivront. La semaine dernière, le collectif a rencontré Yvette Tapea-Temauri, de la chambre de l’agriculture et de la pêche lagonaire, et Jean-Claude Tang, conseiller technique au ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, pour les informer de la situation.

    Ensemble, ils ont décidé de prévoir demain, au lendemain de l’ouverture de la foire agricole, une réunion qui débutera à  9 heures sur le site de la foire à Vaitupa. Ils espèrent rassembler tous les agriculteurs pour “en parler”. 

     

    D’abord pour l’achat de matériel

     

    Nous avons eu affaire à la défiscalisation depuis déjà plusieurs années, en particulier pour acheter du matériel, des tracteurs, des véhicules tout-terrain, etc. adaptés à nos champs. Tout s’est très bien passé. Un jour, ce spécialiste de la Sofipac (aujourd’hui en détention provisoire, NDLR) est venu nous voir pour nous annoncer que nous pouvions bénéficier de la “défisc” pour développer et rebooster nos productions d’ananas. Nous l’avons entendu, nous l’avons écouté, nous nous sommes dit, si cela est possible et légal, pourquoi pas ? Et un beau jour, nous avons été réunis par ce monsieur et des aides nous ont été octroyées officiellement par le principe de défiscalisation de la loi Girardin.

    Cette aide, souligne Coco Teraiharoa, était évaluée selon la superficie des exploitations. Il est considéré que 50 000 pousses d’ananas sont nécessaires à l’hectare. L’aide consistait donc à financer le défrichage, la plantation des pousses, la pulvérisation des engrais, la récolte, etc. Si l’aide globale obtenue par les 311 agriculteurs se chiffre à plusieurs centaines de millions de francs, celle versée aux 50 agriculteurs de Moorea se chiffre entre 50 et 100 millions de francs.

    Tous ces agriculteurs ont donné procuration à la société Sofipac pour le montage des dossiers et lui ont fourni leur carte d’agriculteur, condition sine qua non pour l’obtention de la défiscalisation agricole, leur RIB, leur pièce d’identité, etc. S’agissant d’une défiscalisation métropolitaine, tous les dossiers provenant de nos agriculteurs ont été montés par la Sofipac, filtrés par elle-même et par la société métropolitaine. Nos agriculteurs ont totalement fait confiance à cette société, n’étant pas des techniciens de la “défisc”, donc ne maîtrisant pas du tout ces types de montages financiers.

    Cette affaire, qui touche le secteur primaire, elle, ne fait que démarrer. Les premiers prévenus seront présentés à la justice dès la semaine prochaine, un autre groupe est attendu le 10 octobre. Selon Coco Teraiharoa, les agriculteurs de Moorea n’ont pas encore été entendus, mais cela ne devrait pas tarder.

    Aussi, nous voulons prendre les devants en nous regroupant et bien faire comprendre à qui de droit, que ces agriculteurs sont des victimes d’une escroquerie de la part d’une société de défiscalisation, et non pas des coupables comme certains le laissent entendre aujourd’hui.

     

    De notre correspondant
    Jeannot Rey

     

    Contact
    Collectif des agriculteurs – Tél. : 87.37.57.05
    Coco Teraiharoa, président du collectif – Tél. : 87.70.94.80

     

        Retrouvez dans notre édition du Jeudi 29 septembre 2016 :   

    • “Tous ses comptes bancaires saisis…”

     

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