MOOREA – Sursis à exécution pour le lancement des travaux à Vaiare

    vendredi 22 janvier 2016

    Le projet de l’extension de la marina de Vaiare vient d’obtenir un sursis, après la décision du conseil municipal, avec l’accord du ministre de l’Équipement, d’organiser une réunion publique pour information. La date n’a pas encore été arrêtée, mais la réunion devra impérativement avoir lieu avant le 6 février pour rester dans la procédure réglementaire de la consultation publique liée à l’étude d’impact. Il reviendra alors au conseil municipal de se prononcer sur la continuité ou non du projet, en prenant en compte que le Pays n’imposera pas un projet qui ne sera pas approuvé par la commune.

    S’il fallait retenir une chose essentielle du débat qui a suivi la présentation du projet d’extension de la marina de Vaiare, c’est la position qu’ont adoptée pratiquement tous les élus présents à cette réunion d’information (20 élus sur 33), qui regrettent de n’avoir pas été informés avant, par le maître d’ouvrage (Le Port autonome), sur la nature d’un tel projet. De ce fait, les conseillers se positionnent contre le lancement du chantier, tant que la population ne donnera pas, elle aussi, son avis. Une réunion sera donc organisée pour le public de Moorea. La date et le lieu n’ont pas encore été arrêtés, seule obligation : la faire avant le 6 février pour respecter la procédure légale mise en place dans le cadre de l’étude d’impact, prolongée, soulignons-le, depuis le 17 janvier, de deux semaines. Cela, à la demande du Port autonome.
    C’est à la demande du président du gouvernement Édouard Fritch que son ministre de l’Équipement Albert Solia et deux responsables du Port autonome, Boris Peytermann, directeur général par intérim et Quentin Donier, directeur technique par intérim, ont fait le déplacement hier matin à Moorea pour rencontrer le conseil municipal et présenter dans les détails, ce projet d’extension. Un projet qui fait parler de lui depuis deux semaines et qui aujourd’hui, fait l’objet d’une pétition « contre » avec 500 signatures, elles-mêmes appuyées par un cahier de doléances qui ne présente pratiquement que des avis opposés au projet.

    Répondre à toutes les questions

    Avant de laisser la parole au directeur général du Port autonome, Albert Solia a précisé que pour le Pays, il n’est pas question d’imposer un projet dont la population ne veut pas. « Mais il est de notre devoir d’apporter toutes les informations nécessaires afin que la population ait une meilleure connaissance sur ce que nous voulons faire. L’enjeu est important, et nous sommes là pour répondre à toutes les questions. » Il est revenu ensuite au directeur général la tâche de présenter le projet. Celui-ci n’est pas nouveau, il avait déjà été présenté au précédent conseil en 2007, mais avait été mis de côté à la suite de l’opposition de la population sur l’implantation d’une nouvelle gare maritime située à l’opposé de l’actuelle. Pour les dirigeants du Port autonome, l’extension s’explique en premier lieu par une situation de saturation de l’existant (100 places) et par l’apport de 250 places supplémentaires. Il s’agit d’un chantier d’un coût global de 600 millions de francs. La première phase des travaux qui consiste en procédures de déblais et remblais du site pourrait débuter maintenant, l’ensemble du chantier pourrait alors se clôturer au premier semestre 2017. Toujours selon les autorités, sur un plan environnemental, toutes les précautions auraient été prises : « Une esquisse, des études géotechniques et environnementales ont été effectuées et une mission de prédimensionnement des ouvrages a été réalisée par un bureau d’études spécialisé. Une enquête publique est en cours dans le cadre de l’instruction de l’étude d’impact, elle se termine le 3 février 2016, avec une permanence pour le public en mairie du 26 au 28 janvier. Des mesures compensatoires ont été proposées (déplacement et boutures de coraux et lâcher d’alevins avec suivi scientifique en relation avec la Direction des ressources marines). Un rideau antipollution en palplanches a été imposé dans le cadre des travaux de déblai/remblai. » 

    Débat intéressant et sincère

    Quant à l’intérêt économique, le directeur général du Port autonome rappelle que ce port accueillera presque essentiellement des plaisanciers de passage, donc qui viennent dépenser sur l’île, et ne sera pas une « marina dortoir » comme l’existant.
    La présentation du projet a été suivie d’un débat que le ministre Albert Solia a jugé intéressant et surtout, sincère. « Je le répète encore une fois : nous ne sommes pas là pour imposer quoi que ce soit. À votre demande, nous participerons à une réunion publique, nous expliquerons à la population les tenants du chantier et les enjeux d’un tel projet au niveau économique de l’île et nous attendrons la décision du conseil qui dira, oui ou non au projet. Si le conseil dit oui, il se fera dans la foulée avec les recommandations que vous nous apporterez, si le conseil dit non, nous arrêterons le projet. Chacun doit prendre ses responsabilités. » 

    De notre correspondant Jeannot Rey

    Descriptif des travaux, montant et planning

    Le montant de l’autorisation de programme du projet est de 600 millions de francs.
    Le montant du marché de travaux dragage/remblai qui démarre en février 2016 est de 200 millions de francs.
    Le montant des mesures compensatoires mises en œuvre pendant et après travaux s’élève à 40 millions de francs.
    Les travaux de déblai/remblai se termineront en août 2016.
    Les travaux d’aménagement du plan d’eau et des surfaces terrestres d’août à fin 2016.
    Les travaux d’aménagements des surfaces commerciales et le déplacement des activités en phasage avec la marina en service au premier semestre 2017.

    Plutôt contre mais avec des variantes

    Le premier à avoir pris la parole a été le maire délégué de Teavaro, Teriitepaiatua Maihi farouche opposant, qui a lancé un véritable réquisitoire contre cette extension. Pour ce proche du maire de Moorea, cette réunion vient trop tard. « Dans ce projet on a mis la charrue avant les bœufs. On a l’impression que le Port autonome veut faire quelque chose et que nous n’avons pas notre mot à dire. J’ai avec moi une pétition qui rassemble 700 signatures opposées au projet. J’ai un cahier de doléances qui ne contient que des avis défavorables.. La population a donné son avis ; faire une réunion d’information aujourd’hui, c’est trop tard, il fallait venir avant… » Et le maire délégué de Teavaro, commune où doit être implantée cette extension, d’insister sur le fait « qu’une marina n’apporte rien à la population si ce n’est qu’une interdiction d’accès ; que le projet va à l’encontre des directives du PGA (plan général d’aménagement). Comment faire revenir la population sur sa décision ? C’est trop tard. Personnellement je ne vais pas m’opposer à sa décision je la suivrai. »

    • Rocky Poroi : 
    « Cette extension apportera de l’oxygène à Vaiare. Le Port autonome induit, contrairement à ce qui se dit, beaucoup de retombées économiques sur l’île. Il y a les prestataires qui travaillent pour le port de Vaiare, plombiers, entreprise de ménage, sécurité… il y a des artisans, deux stands de mama vendent des fruits, légumes et colliers de coquillages. De nombreux pêcheurs utilisent nos structures (Marina) ainsi que des prestataires pour l’entretien des plaisanciers. Aujourd’hui quand on veut réparer un bateau, soit on va à Papeete soit on va à Raiatea ».

    • Manuella Nollemberger : 
    « Je suis contre la procédure qui a été engagée. On a vraiment l’impression que vous voulez nous imposer votre projet, vous auriez dû en parler à la population avant d’en faire état aux medias. Il faudrait commencer par améliorer l’existant par exemple sur le plan de l’assainissement. Je pense par contre que vous devriez prévoir une réunion avec la population. »

    • Jacqueline Boubée :
    « Je ne vois pas trop l’importance économique des plaisanciers. Ils sont là pour venir travailler sur notre île, pas pour investir ! Ce ne sont pas eux qui feront du remplissage de nos hôtels ».

    • Félix Lucas :
    « Je rejoins mes collègues, je pense que vous auriez dû venir nous voir avant pour en parler. »

    • Guy Gallimard :
    « Autant je suis d’accord sur le fait que la procédure a été mal engagée, par contre le dois souligner qu’une marina peut être un grand facteur de développement économique. Ayant été dans le milieu de la pêche hauturière, je sais qu’une marina peut développer tout un secteur économique lié à l’entretien avec mise à sec de bateaux, la vente d’accastillage etc. »

    • Hinano Ienfa :
    « Je suis contre pour des raisons plus environnementales. Étant impliquée dans le PGEM (Plan de gestion de l’espace maritime), je me pose des questions sur les conséquences des travaux qui seront engagés pour les extractions et remblai de matériaux dans cette baie. »

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