Motu à vendre : un “rêve”, un “défi”, un budget…

    mercredi 22 juin 2016

     

    Acheter une île... Un rêve, vraiment? (Crédit DR)

    Acheter une île… Un rêve, vraiment? (Crédit DR)

    Des luxueux, des venteux, des vierges ou des construits… Si toutes les agences de la place n’en proposent pas, il y aurait “plein de petits motu différents” à saisir en Polynésie, souvent mis en vente par des héritiers Polynésiens “qui ne savent pas quoi en faire”, ou des propriétaires étrangers qui se lancent dans de nouveaux projets.

    “On en a toujours à la vente”, raconte ainsi Hugues Cochard, le directeur général de JCM Immobilier.
    L’agence vient d’être contactée par un propriétaire à Bora Bora. À Tikehau, elle propose aussi un “motu paradisiaque de 5 000 m2”, construit, équipé, et avec un bateau, à 85 millions de francs.

    Sur la Toile, les annonces font rêver. Ici, l’agence locale Jeanine Sylvain propose deux petits îlots à Ahe, pour 43,5 millions de francs.
    Là, des sites américains, anglais ou allemands offrent des biens d’exception à plusieurs millions… d’euros ou de dollars.  
    Les acheteurs peuvent donc avoir des motivations variées, mais un dénominateur commun : un minimum d’argent de côté.

    À JCM Immobilier, il s’agit principalement d’entrepreneurs qui souhaitent développer un projet. L’agence a vendu ses deux derniers motu, en 2014 et en 2015, à Taha’a, à respectivement près de 100 et 70 millions de francs, taxes comprises. Le premier acquéreur vient d’y ouvrir son hôtel La Pirogue Api.
    L’autre pense à des locations de vacances, le plan général d’aménagement de la commune interdisant depuis 2005, “en raison des risques naturels”, selon la mairie, la construction de résidences à usage d’habitation personnelle sur les motu.

    Mais au bout du monde, les projets sont compliqués à réaliser. “Beaucoup d’Européens et d’Américains rêvent de s’acheter une petite île ici, pour y faire une activité touristique, raconte Hugues Cochard. Mais dans la réalité, il y a la problématique de la desserte, des constructions… Au final, entre l’envie et la signature de l’acte, on a 1 % de concrétisation.”
    Les coûts seraient multipliés par deux par les aménagements, le bateau, le gardien, l’eau, l’équipement… “Quelqu’un qui n’a pas deux à trois millions d’euros de réserve (240 à 350 millions de francs) ne se lance pas”, selon Hugues Cochard.

    Des particuliers très fortunés

    Au-delà de ces rares investisseurs, comme un perliculteur qui vient d’acquérir pour 40 millions de francs un motu à Arutua, l’agence internationale Sotheby’s, qui dispose d’une franchise depuis un an à Tahiti, mise donc plutôt sur “une clientèle de gens qui s’intéressent à nos motu pour y construire un lieu de villégiature”.

    Ces clients d’Europe, de la west cost américaine et du Pacifique, “très fortunés”, souvent des célébrités propriétaires d’un jet et qui préfèrent garder leur identité secrète, ne regardent pas à la dépense.  “Je ne crois pas qu’ils calculent pour faire le bon placement. Ils se font plaisir, explique Benoît Bernard, le directeur marketing de l’agence de luxe. Pouvoir dire ‘j’ai une île à Bora Bora’, ça fait partie du standing…” Mais là encore, “c’est toujours très compliqué de faire aboutir ces affaires”, souligne-t-il, évoquant la concurrence internationale et les difficultés logistiques, toujours dues à l’éloignement.

    Les demandeurs s’enquerraient également du niveau de la mer, sujet à caution dans certaines régions du fenua, et des actes de propriété.
    “C’est le problème number one dans les îles”, lâche Benoît Bernard. Pour les vérifier, Sotheby’s a dû intégrer en son sein un département juridique.
    Pour acheter un motu ici, “il faut donc avoir des sous, et vouloir relever le défi”, observe Jacques Charles Menahem, ancien propriétaire de JCM Immobilier et fondateur de Sotheby’s en Polynésie.

    Marie Guitton

     

     

    De 500 Francs le mètre carré au motu Tane à 5,3 milliards de Francs

    Les prix des motu et des îlots sont dictés par l’offre et la demande. “La fourchette est très large”, selon les agences de la place.

    Sans se prononcer sur le prix estimé de l’atoll Anuanuraro, acquis 35 millions de francs dans les années 1980 par Robert Wan et revendu en 2002 à 800 millions de francs au gouvernement Flosse, ce qui vaut aux deux hommes d’avoir comparu devant la cour d’appel de Papeete, la semaine dernière, JCM Immobilier parle de 10 000 à 80 000 F le mètre carré, en fonction de la situation, de la superficie, de la hauteur du motu, des possibilités de desserte, etc. “C’est la logique du confort, précise le directeur général de l’agence, Hugues Cochard.

    S’il n’y a que du caillou et que le motu est à 45 minutes de bateau après une heure d’avion, ça ne vaut pas grand-chose. Il y a des motu arides, d’autres avec une face principale côté océan, exposée aux vents et aux embruns, donc ils ont moins de valeur qu’un bien avec une plage agréable et une partie protégée…”
    Pour un motu vierge aux Tuamotu, le prix peut même tomber entre 500 et 2 000 F le mètre carré, selon l’agence Sotheby’s, qui propose des biens d’une dizaine d’hectares entre 30 et 50 millions de francs, à Rangiroa, Manihi ou Aratika. Mais les coûts sont démultipliés lorsqu’il s’agit d’y installer l’eau, l’électricité, et d’y transporter des matériaux et de la main-d’œuvre pour y construire une habitation.

    Les prix grimpent aussi aux îles Sous-le-Vent, où Sotheby’s propose des îlots privés, parfois entièrement aménagés, entre 500 et 800 millions de francs, jusqu’au bien “d’exception” : à Bora Bora, le motu Tane et sa splendide villa, en vente depuis deux mois à 50 millions… de dollars, soit 5,3 milliards de francs!

     

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