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MUSIQUE – La Sacem Polynésie fête son premier anniversaire

lundi 1 avril 2019

sacem virginie bruant

“Nous devons aider au développement de notre musique polynésienne mais aussi à son rayonnement à l’étranger”. (© Christophe Cozette)


Un an déjà. Avec l’installation de l’antenne locale de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), la Sacem Polynésie, installée officiellement depuis le 22 mars 2018, dans son local de Taunoa, les artistes se sentent enfin considérés et protégés, après les années noires dues à la feu-Spacem. Jean-Noël Tronc, directeur général et gérant de la Sacem, était venu à cette inauguration. Aujourd’hui, c’est avec la directrice de la Sacem Polynésie, la représentante Virginie Bruant, que nous faisons un bilan, après un an d’intense activité.

La Sacem Polynésie fête bientôt son premier anniversaire. Combien d’artistes et de diffuseurs sont adhérents ?

Sur la partie artistes, le travail a déjà été fait avant la création de la Sacem Polynésie, car cela fait sept ans que je représentais la Sacem France en Polynésie, à titre personnel et ma mission était de remettre à jour le catalogue des artistes. Ces derniers avaient été inscrits à la Sacem, mais tous ceux qui sont résidents fiscaux en Polynésie basculent automatiquement sur la Sacem Polynésie.

Nous étions environ 500 artistes, un peu plus maintenant, car toutes les semaines, nous avons de nouvelles adhésions. On sent bien que l’arrivée de la Sacem Polynésie a relancé ces auteurs-compositeurs, qui pendant des années, ne touchaient plus rien. Certains étaient démotivés à créer. Cela a donné un renouveau, un enthousiasme et on voit tous les jours des artistes déposer leurs œuvres.

 

Des anciens comme des nouveaux ?

Oui. Parfois des anciens ressortent même de vieilles chansons qu’ils n’avaient pas déposées. Ils sont désormais attentifs. Cette mise à jour est terminée à 97 % même si beaucoup sont nouveaux, d’autres n’ont que des textes sans interprète. Et comme c’est la maison des artistes, certains s’y croisent.

Il y a à peine un mois, un auteur-compositeur est venu déposer son œuvre, un interprète était là également. Ils se sont rencontrés, l’un a fait écouter sa maquette à l’autre et ils sont repartis tous les deux, prêts à collaborer autour de cette chanson. Il faut maintenant que les gens prennent l’habitude de déposer leurs oeuvres, à chaque fois.

 

Et les diffuseurs ?

Il y a l’adhésion des diffuseurs mais aussi la collecte des playlists et des programmes. Je pensais au début, qu’il allait être plus facile de récupérer les playlists que de faire adhérer les diffuseurs, mais c’est un peu l’inverse qui se passe. Les gens ont conscience que c’est une obligation légale. Ils comprennent que c’est important pour les auteurs-compositeurs et payent donc rubis sur ongle.

Beaucoup avaient l’habitude de payer avant la Sacem Polynésie. Les nouveaux ne savaient pas trop, d’où notre travail d’information effectué
en 2018. Ce qui est plus compliqué, c’est de récupérer les playlists.

 

Pour les radios et les TV ?

Non, pour les télévisions, c’est nickel. Pour les radios, certaines sont encore un peu réticentes mais on travaille dessus. La difficulté vient, par exemple, d’un restaurant qui fait des animations régulièrement. Si c’est régulièrement, avec un auteur-compositeur-interprète, ce dernier va me donner en amont, ses différentes playlists qu’il joue.

 

Justement, certains se plaignent, comme des boîtes de nuit et ont l’impression de payer deux fois, une fois par forfait, puis une seconde fois lors d’un concert, alors qu’ils payent souvent un cachet à l’artiste…

C’est là où nous avons encore un devoir d’information. Les gens doivent bien comprendre que la prestation d’un interprète n’est pas la même chose que le droit d’auteur. Le droit d’auteur est le cachet de l’auteur-compositeur car dans beaucoup de cas, les patrons pensent que le cachet suffit mais l’interprète ne chantent peut-être pas ses chansons.

Si un chanteur X ne chante aucune de ses chansons, on vient collecter tout de même les droits d’auteur, c’est-à-dire le salaire des gens qui ont composé ces œuvres. Si l’interprète chante ses chansons, il touchera ses droits d’auteur, s’il ne chante pas ses chansons, il ne touchera que son cachet. Cela a toujours marché comme cela. Mais maintenant, tout le monde a signé, les restaurants-bars, les hôtels, les boîtes de nuit, les grandes et moyennes surfaces, même à Moorea et Bora Bora.

Même l’hôpital a signé, les cinémas sont en cours, le Fifo, le Heiva ont signé également, toutes comme les compagnies aériennes, les files d’attente de services administratifs, les kermesses d’école, les soirées…

Certains ont même payé sans diffuser de la musique dans leur magasin, mais le jour où ils le décident, ils seront en règle. Mais le fait de passer les voir et de leur dire que la musique est bonne pour les clients, certains en mettent dorénavant. Nous devons être à plus de 300 diffuseurs aujourd’hui. Mais pour payer le plus justement les auteurs-compositeurs, nous devons savoir ce qui a été diffusé. Pour un magasin qui diffuse la radio, pas de souci, on prend la playlist de la radio. Si la musique est diffusée via une clé USB, il suffit d’une copie d’écran des titres de la clé. Il nous reste encore beaucoup de monde à voir mais c’est passionnant même si nous sommes que trois, contrairement à la Nouvelle-Calédonie, où ils sont huit. Mais c’était une volonté de ne pas avoir une grosse masse salariale, pour reverser un maximum à nos auteurs.

 

Mécaniquement, un auteur-compositeur touche plus de droits avec un maximum de diffuseurs adhérents ou pas ?

Mécaniquement, forcément. Plus je vais aller collecter, plus il va y avoir de la répartition, à condition que ces diffuseurs diffusent de la musique polynésienne. C’est aussi notre mission auprès des diffuseurs, de faire passer de la musique polynésienne. Plus ils en passent, plus les droits d’auteur restent en Polynésie. (…)

 

L’Union européenne vient de signer un nouveau texte sur les droits d’auteur notamment avec les Gafa. Les auteurs-compositeurs vont-ils toucher des droits pour un clip sur Facebook ou YouTube, par exemple ?

La Sacem a déjà signé avec ces plateformes. Elle est la seule société d’auteurs-compositeurs au monde à avoir signé avec Facebook, Spotify et YouTube.

 

Je fais allusion à un courrier reçu, en septembre dernier, par les artistes sur la situation de Polynésie la 1ère. Cette situation va-t-elle changer ?

Le montant que dédie Polynésie la 1ère aux droits d’auteur reste fixe. Avant, sur 100 par exemple, ces 100 étaient partagés par disons, 30 auteurs, car ils étaient déclarés avoir été diffusés par cette chaîne. Aujourd’hui, les listes sont beaucoup plus exhaustives, donc toujours sur une base de 100, 95 sont déclarés. Le “gâteau” est donc à partager avec plus de monde. Résultat ? Certaines personnes touchent moins (de droits d’auteur, ndlr) mais beaucoup de personnes, ont commencé à toucher et ne touchaient pas avant car leurs diffusions n’étaient pas déclarées.

 

Quelle va être la mission pour cette année ?

En juillet 2019, c’est notre première répartition de la Sacem Polynésie, sur les collectes de 2018, si on a les playlists. Tout ce qui est abonnement, pour un magasin ou un hôtel par exemple, la collecte démarre au 1er janvier 2019. Nous devons continuer notre travail de sensibilisation mais nous allons développer notre action culturelle qui a démarré.

On a déjà soutenu différents projets financièrement, comme Tikahiri et Aranud. D’autres suivront. Nous devons aider au développement de notre musique polynésienne mais aussi à son rayonnement à l’étranger.

 

En tant qu’artiste, quelle est la meilleure situation, pour toucher un maximum de droits d’auteur ?

Il vaut mieux être auteur-compositeur-éditeur que simple interprète. Faire un clip, à condition qu’il soit diffusé, est un plus. Nous avons une autre mission d’information, à ce sujet. Beaucoup de gens pensent que lorsqu’ils déposent une oeuvre ici, elle va générer automatiquement des droits.

Une œuvre doit être impérativement diffusée pour que des droits d’auteur soient collectés pour être redistribués. Le fait de protéger l’œuvre génère des droits, à condition qu’ils soient diffusés.

 

Toutes les troupes du Heiva et en musique traditionnels sont également enregistrés ?

Oui, cela va être notre premier Heiva, cette année. Il faut que les troupes déposent leurs œuvres avant le Heiva, cela doit être systématique.

 

Le milieu artistique n’était pas vraiment unifié. L’arrivée de la Sacem a fait du bien ?

Oui, nous avons notre AG au mois de juin, nous espérons que nos artistes soient présents en nombre. C’est un moment de partage aussi. C’est un rendez-vous annuel, il est important de se retrouver ensemble.

 

On peut imaginer un jour, un concert Sacem Polynésie, avec tous les artistes ?

Évidemment. On travaille dessus mais nous n’avons pas vocation d’être organisateur de concert, mais nous pouvons venir en soutien à des projets, dans lesquels nous avons toute notre place, oui.

 

Propos recueillis par Christophe Cozette

 

 

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