Naufrage d’un ferry en Corée du Sud : le parquet réclame la peine capitale contre son commandant

    lundi 27 octobre 2014

    La peine capitale a été requise aujourd’hui contre le commandant du ferry sud-coréen Sewol, accusé d’avoir menti et abandonné à leur sort plus de 300 passagers, en majorité des lycéens en voyage scolaire, qui avaient trouvé la mort lors du drame. Le capitaine Lee Joon-Seok est jugé depuis le 10 juin pour « homicide par négligence aggravée » aux côtés de trois autres gradés appartenant à l’équipage du bateau, qui avait fait naufrage en avril dernier au large de la pointe sud de la péninsule coréenne.
    L’accusé de 69 ans « porte la responsabilité la plus directe et la plus lourde dans ce désastre car il a quitté le navire sans faire aucun effort pour secourir les passagers », a lancé un représentant du parquet en réclamant la peine de mort à son encontre. « Pendant l’enquête judiciaire, il a cherché à se justifier et a menti. Il n’a montré aucun repentir », a-t-il ajouté.
    Le parquet a jugé que la responsabilité des trois autres membres d’équipages poursuivis pour les même chefs était moins lourde et qu’ils devaient être condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Le parquet a demandé des peines allant de 15 ans à 30 ans de réclusion à l’encontre de 11 autres membres d’équipage jugés pour leur rôle dans le drame.
    À l’énoncé des réquisitions, le capitaine Lee, qui avait déclaré lors de l’audience qu’il « méritait » la peine capitale, a souligné qu’il n’avait jamais eu l’intention de donner la mort.
    L’instruction a mis en évidence une combinaison de facteurs expliquant la catastrophe, de la surcharge du navire de 6.825 tonnes à l’incompétence de l’équipage, en passant par des travaux d’agrandissement illégaux qui ont affaibli sa flottabilité.
    Mais la colère des familles s’est centrée sur le commandant du ferry et sur les membres de l’équipage en raison de leur réaction face au naufrage. Ils furent parmi les premiers à grimper à bord des canots de sauvetage et l’opinion publique n’a pas supporté qu’ils abandonnent à leur sort des centaines de passagers toujours coincés à bord du navire en perdition.
    L’angoisse des familles s’est trouvée décuplée lorsqu’il est apparu au cours de l’instruction et du procès que l’équipage avait donné l’ordre aux passagers de ne pas bouger, au prix de nombreuses vies, d’après l’accusation.
    Des vidéos tournées par des lycéens sur leurs téléphones portables, et retrouvées lors de la récupération de leurs corps dans l’épave, ont fait entendre un message par haut-parleurs leur intimant de ne pas bouger alors que le ferry prenait de plus en plus de gîte. Il était alors trop tard : les passagers ne parviendront plus à remonter des couloirs à l’oblique et rendus glissants par l’eau qui s’engouffrait. « Je m’incline profondément devant les victimes et leur famille et je présente mes excuses pour ma conduite. Je continuerai à réfléchir à mon comportement et à prier pour les morts jusqu’au jour de ma mort », a déclaré le principal accusé. « J’étais trop paniqué, j’étais incapable de faire quoi que ce soit », a-t-il expliqué. « Je n’ai pas pris les mesures appropriées, ce qui a conduit à la perte de nombreuses vies précieuses. Mais je jure du fond du coeur que je n’ai jamais eu l’intention de tuer », a-t-il ajouté.
    Le verdict et les sentences seront rendus le 11 novembre. Si la peine capitale est toujours en vigueur en Corée du Sud, aucun condamné n’a été exécuté depuis 1997. Une soixantaine de condamnés se trouvent dans les couloirs de la mort.
    Sur les 476 personnes à bord du Sewol, 325 étaient des lycéens de la même école, le lycée Dawon. Seuls 75 d’entre eux ont survécu. Les corps de 10 passagers n’ont toujours pas été retrouvés.
    L’émotion suscitée par cette affaire est si vive en Corée du Sud que certains se sont demandés si les accusés bénéficieraient d’un procès équitable. La présidente Park Geun-Hye avait assimilé leurs agissements à des meurtres quelques semaines après le désastre et les accusés ont eu du mal à trouver des avocats qui acceptent de les défendre.
     
    AFP

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