Nauru fait banqueroute : « un chantage » du gouvernement nauruan

mardi 30 septembre 2014

Nauru fait banqueroute. Le gouvernement pointe les conséquences dévastatrices sur la vie sur l’île, et sur le centre de rétention ouvert par l’Australie.
La semaine dernière les juges australiens ont obligé la banque WestPac à geler les comptes de la micro République. Le gouvernement nauruan tente de faire annuler cette décision de justice. La décision est entre les mains de la Cour Suprême de la Nouvelle-Galles du Sud, car tous les comptes de l’État nauruan sont basés en Australie. Il n’y a pas de banque à Nauru.  
 
Les gouvernements nauruans successifs ont pris l’habitude de beaucoup dépenser, depuis le boom du phosphate dans les années 60 et 70. Le fonds créé afin d’investir cette manne pour le bénéfice des générations à venir a été très mal géré et largement siphonné par la corruption. « La plupart des observateurs estiment que Nauru a dilapidé les énormes profits tirés de l’exploitation de ses mines de phosphate. Les gouvernements successifs ont fait de très mauvais investissements. Et pour combler les pertes, ils ont pris l’habitude d’emprunter en émettant des obligations. Donc ils se sont placés dans une situation désespérée en vivant au-dessus de leurs moyens », explique Bill Hodge, professeur de droit à l’Université d’Auckland et spécialiste de Nauru.
 
La semaine dernière, Firebird, le fonds américain qui a prêté de l’argent à Nauru, a fait bloquer les comptes du gouvernement par la banque WestPac. Il y a deux ans, une décision de justice a imposé à Nauru de verser 16 millions de dollars à Firebird. Le gouvernement n’a rien fait, et en deux ans, sa dette a doublé. Nauru doit désormais 30 millions de dollars à Firebird.
 
Le ministre nauruan des Finances, David Adeang, a envoyé une lettre aux juges de la Nouvelle-Galles du Sud, dans laquelle il plaide pour un dégel immédiat des comptes bancaires de Nauru. Pour l’instant le gouvernement pare à l’urgence grâce à l’argent liquide qu’il avait sur l’île. Mais très vite, sans accès à ses comptes, Nauru ne pourra plus acheter de fuel pour ses générateurs d’électricité. Cela signifierait, entre autres, la fermeture de l’hôpital, l’arrêt de la production d’eau à l’usine de désalinisation, et la fermeture du centre de rétention des demandeurs d’asile. 
« Il semble que ce soit un message peu subtil au gouvernement et aux contribuables australiens. En clair : que l’Australie est le dernier recours, et que faute de financement immédiat, il n’y aura plus d’eau potable, plus d’électricité, et le centre de rétention ne pourra plus fonctionner. Et alors le gouvernement australien sera obligé de débloquer des fonds pour fournir de l’eau et de l’électricité au centre, et ces solutions d’urgence seraient encore plus chères. Mieux vaut prévenir que guérir. Donc je pense que c’est un chantage à peine voilé de la part du gouvernement nauruan », analyse Bill Hodge.
 
Que ce soit l’Australie ou d’autres fonds étrangers qui épongent les dettes de Nauru, le résultat sera le même : une perte de souveraineté. 
« Concrètement, les bailleurs de fonds étrangers contrôleraient Nauru totalement. Nauru redeviendrait, en réalité, une petite colonie, même si techniquement, Nauru reste un État souverain avec son propre pouvoir judiciaire », poursuit Bill Hodge dans ses explications.
 

Depuis la fin de l’âge d’or du phosphate, près de la moitié des 9 500 habitants de Nauru est employée par le gouvernement.

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