Navarro, le “commissaire” du Fifo

    lundi 1 février 2016

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité. Aujourd’hui, voici le portrait de Jacques Navarro-Rovira, 66 ans cette année. En compétition cette année encore, Jacques Navarro se livre sans concession ici. C’est notre portrait de la semaine, spécial Fifo.

    Membre du jury en 2015, primé en 2014 pour La compagnie des archipels (Prix spécial du jury), Jacques Navarro est un habitué du Festival international du film documentaire océanien (Fifo). Il a déjà remporté différents prix et a été nominé au moins chaque année quasiment depuis les débuts de cette manifestation culturelle. Il est en compétition officielle cette année encore.
    Si Raimana van Bastolaer est le boss de Teahupo’o comme il est dit dans Raimana World (hors compétition), Jacques Navarro est sans aucun doute, le boss du Fifo.
    Venu une première fois à Tahiti, diplôme de l’Essec en poche, en tant que volontaire à l’aide technique (VAT), de 1973 à 1975, il revient une seconde fois en 1984 pour démarrer l’ICA durant deux ans.
    Entre-temps,, au tout début des années 1980, grâce à la montée en puissance du film d’entreprise, et par goût du terrain, il écrit et réalise une soixantaine de films institutionnels pour la plupart des grandes entreprises ou services publics français, dont plusieurs seront primés lors des différents festivals de Biarritz du film d’entreprise.
    À l’ICA, il réalise de très nombreux documentaires dans tous les archipels avant de repartir, encore, en métropole, travailler principalement pour la télévision. De la fin des années 1980 jusqu’en 1994, Jacques Navarro travaille notamment avec Serge Gainsbourg (clip Lemon Incest, dernier spectacle au Zénith), Jane Birkin (spectacle au Bataclan), ou encore Thierry Ardisson (émission Lunettes noires pour nuits blanches), Frédéric Mitterrand (émission Étoiles et Toile). Son troisième retour sur le sol polynésien est le bon. “Je suis revenu en 1995 et là, cela fait vingt ans que je n’ai pas quitté la Polynésie”, s’amuse l’intéressé.
    Avec 14 films documentaires tournés depuis une vingtaine d’années, Jacques est celui qui tourne le plus. “La plupart des réalisateurs font beaucoup de films institutionnels ou de pubs et font un documentaire tous les deux ou trois ans, j’essaye d’en faire un par an, soit personnel, soit commandé”, explique-t-il. “Et comme j’ai un film, en sélection ou hors compétition, à peu près chaque année, je suis le plus primé du Fifo, ce qui ne fait pas de moi le meilleur réalisateur”, tempère-t-il, plutôt modeste.
    Outre ses documentaires, Jacques Navarro réalise également, depuis son retour définitif, pas mal d’émissions pour les télés locales. Avec sa société Beau Geste, on lui doit des émissions comme Motamo, Aïto Kultur ou Anapa sur Polynésie 1ère ou bien encore, Fool Option sur TNTV.
    Mais, sans aucun doute, là où il se sent le mieux, c’est dans la réalisation, son credo. Et pour ses idées de création, il s’inspire “des sujets de société, des personnages”, précise-t-il. “Je déteste faire plus d’un film par an, cela me prend énormément de temps et je n’aime pas tourner plusieurs films en même temps. Le documentaire, pour moi, fait partie intégrante du cinéma. L’artistique dans un documentaire est très important pour moi, tant sur le fond que sur la forme. Quand je fais un film, je dis souvent qu’il est bon si on n’a pas le temps d’aller aux toilettes (rires). Je mets beaucoup de moi aussi dans mes films. Ils sont denses, j’essaye toujours de faire des films qui tirent vers le haut. J’essaye de faire de mon mieux pour que les gens s’enrichissent. Je suis très Arte, pas fan des telenovelas ou des mauvaises séries”, renchérit-il, dans un élan de passion, caméra posée, pour son métier. “Je travaille énormément sur chaque film, à chaque fois que j’en termine un, je suis épuisé. Pour moi, le talent, c’est 90 % de travail.”
    Et même si Jacques est un réalisateur de ceux “qui ne portent pas de films en eux”, il ne manque pas de projets. Outre son documentaire sur l’handidanse au titre provisoire de Alors, on danse ?, qui sera sans doute présenté au comité de sélection pour le Fifo 2017, Jacques Navarro termine quelques épisodes de 26 minutes, notamment sur la pêche, pour Te nati, une série prochainement diffusée sur TNTV.
    “J’ai un autre projet, une commande, sur la révision du procès de Pouvana’a, qui devrait être annoncé lors de la venue du président de la République”, en février. “Ce n’est pas un film sur Pouvana’a mais sur le feuilleton de la révision qui dure depuis quarante ans”, développe-t-il. “Faire mon 15e film, c’est comme faire le premier”, avoue l’intéressé. “Je suis toujours aussi angoissé, pas sûr du résultat. Mes films, c’est moi. Quand on n’aime pas mon film, je le prends pour moi. Avec le temps, on apprend à gérer cela. Je ne crains pas les critiques, constructives mais entendre : “Ce film, c’est de la merde”, sans rien d’autre, je n’apprécie pas”, s’emporte-t-il.
    Il a depuis longtemps dans ses “cartons” trois sujets qui auraient pu être polémiques, mais qui ne seront que purement biographiques sur Gaston Flosse, Oscar Temaru et Francis Sanford.
    Il aimerait également tourner un documentaire sur la guerre franco-tahitienne, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur et qui devrait se concrétiser un jour. “Si j’ai un combat à mener, et je ferai sans doute un film un jour là-dessus, c’est d’enseigner la philosophie dès le primaire. La philosophie, c’est savoir se poser les bonnes questions sur l’homme et sur ce qui nous entoure. Si on apprend cela aux enfants, dès le début, je pense qu’on est sauvé.”

    Christophe Cozette

    Lui et le Fifo, une longue histoire d’amour…

    Plusieurs fois nominé, souvent primé, en compétition cette année avec Aux armes Tahitiens (lire notre article dans notre supplément spécial Fifo de vendredi dernier), Jacques Navarro a eu le privilège, l’année dernière, de faire partie du jury, une expérience enrichissante, selon lui. “Ce fut très sympa à plusieurs niveaux” se souvient-il. “Un, c’est bien de se pencher sur le travail de ses confrères et cela m’a permis de voir tous les films en compétition. Et secundo, notre président du jury, Jan Kounen, est un mec vraiment bien. Il a tourné avec des grands, mais il est resté humble et tourne encore des documentaires. J’ai aimé sa vision réaliste des choses, je me suis totalement retrouvé dans le choix du jury, j’avais fait le même choix. Concernant Tender (le Grand Prix 2015, NDLR) malgré les critiques, j’ai trouvé que ce film parlait à tout le monde. Nous l’avons aussi trouvé très cinématographique, contrairement aux autres films de l’année dernière, plus docs.” Mais là où Jacques Navarro assure un max, c’est en sélection, officielle ou non. Tenez-vous bien, sans compter les sélections dans des festivals étrangers, Jacques Navarro n’est ni plus ni moins que le réalisateur de Ia Orana Gauguin, photographies d’un retour (en compétition Fifo 2006), Horo’a le don (Grand Prix du jury du Fifo 2008), Marquisien, mon frère (Prix du public Fifo 2009), Fa’aheimoe, ou l’encre et le geste (hors compétition au Fifo 2010), Makatea, l’oubli (en compétition Fifo 2011), Les as de cœur (hors compétition Fifo 2011), Mama’o Blues (en compétition Fifo 2012), Père Laval, un paradoxe mangarévien (hors compétition au Fifo 2013), La pirogue du cœur (Écrans océaniens Fifo 2014), La compagnie des archipels (Prix spécial du jury Fifo 2014) et Aux armes Tahitiens (2015) (en compétition Fifo 2016). Qui dit mieux ?

    Navarro express

    Jacques Navarro est né en 1950
    Diplômé de l’Essec en 1973, année de création de sa société de production Les films du sabre en métropole.
    Il crée Beau Geste à Tahiti en 1995.
    Après deux séjours, il s’installe définitivement à Tahiti en 1995.
    Il est membre fondateur et ancien président de l’Association tahitienne des professionnels de l’audiovisuel (Atpa).

    Tout le programme du Fifo dans le document ci-dessous

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