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“Il ne faut pas laisser courir un sentiment contraire à la réalité des chiffres”

jeudi 6 juillet 2017

 

interview perrault

“L’activité de police n’est pas très réjouissante car on ne voit que les mauvais côtés du fonctionnement d’une société”, confie
François Perrault, patron de la DSP. (© Photo : Florent Collet)


Demain, le haut-commissaire de la République offrira un cocktail à l’occasion du départ du commissaire divisionnaire François Perrault, directeur de la sécurité publique, et du colonel Pierre Caudrelier, commandant de la gendarmerie pour la Polynésie française. Arrivé en mars 2013, le patron de la police dresse le bilan après plus de quatre années d’exercice au fenua, où les tâches de la police diffèrent, en partie, de celles de l’Hexagone. Avant son départ pour le Brésil, où il a été nommé attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France, il se livre et évoque son métier mais aussi ses passions pour la musique et l’écriture.

 

 

Quel bilan dressez-vous de ces quatre années passées à la tête de la direction de sécurité publique (DSP) de Papeete ?
Je ne suis pas mécontent de ce qui a été fait, à l’analyse des résultats. Nous avons été encore une fois distingués par la direction centrale, la première fois en 2014-2015 et maintenant pour la période 2016-2017. Par rapport à des directions départementales comparables, les résultats en termes d’investissement des fonctionnaires dans l’élucidation des infractions, dans la lutte contre la délinquance routière et les trafics de stupéfiants, la DSP est sortie première de sa catégorie. J’ai reçu l’information il y a quelques jours. C’est vraiment une bonne nouvelle. Cela prouve que nous avons des résultats et qu’il y a un engagement de lutte contre la délinquance.
 

Vous devez également mener un travail de communication pour lutter contre une partie de la population qui a le sentiment que l’insécurité serait grandissante ?
Dès qu’il y a un événement, il est monté en épingle par les réseaux sociaux. Et c’est un problème. Nous n’arrêtons pas de lutter contre cette forme de désinformation. Je m’aperçois que très souvent, sur les réseaux sociaux, il y a des informations qui sont déformées. Quelqu’un lance une info et ensuite, c’est commenté de façon excessive car les gens ne connaissent pas la réalité des faits.

Après, on s’aperçoit que la réalité est autre, qu’il s’agit d’un événement isolé et que dans l’ensemble, il y a moins de faits. Par exemple, cela a été le cas pour les vols avec violence la nuit à Papeete. Ils avaient diminué de moitié entre 2015 et 2016 et sur les réseaux sociaux, l’impression diffusée était inverse. J’étais intervenu au conseil municipal de Papeete et devant la presse pour rétablir la réalité des choses.
(Il ouvre un dossier contenant des archives de La Dépêche de Tahiti des années 60.) Quand on regarde les journaux de l’époque, je n’ai pas les chiffres de la délinquance d’il y a 50 ans, mais cela a quand même l’air plus tranquille maintenant. Autre réalité, depuis le début de l’année, les vols par effraction ont diminué de 38 %. Il faut le dire. Si cela monte, on le dit aussi, mais il ne faut pas laisser courir un sentiment contraire à la réalité des chiffres.

 

Vous avez exercé dans plusieurs régions de l’Hexagone et en outre-mer. Avez-vous distingué une spécificité polynésienne dans l’exercice des tâches de la police au fenua ?
Il s’agit de mon cinquième poste de direction et de mon troisième en outre-mer, et oui, il y a des spécificités. Certaines sont très positives, ne serait-ce que par rapport à mon poste précédent : il n’y a pas de violences urbaines, d’équipes qui sillonnent notamment la nuit et qui vont dégrader des abris de bus, brûler des voitures ou qui occupent des halls d’immeuble (alors que) là-bas, c’était un casse-tête. Il n’y a pas non plus de vols de métaux.

Il y a eu une affaire il y a un peu plus d’un an. Les mis en cause ont été interpellés, c’était terminé. Il n’y a pas de délinquance organisée, d’équipes de braqueurs. Les chiffres de la délinquance sont assez importants ici, mais cela reste des faits considérés statistiquement comme mineurs. Nous avons plus de vols ici qu’en métropole, mais des vols simples, sans circonstances aggravantes.
 

Quelles spécificités négatives retenez-vous ?
Il y a le problème des stupéfiants, lié au climat. C’est très facile d’avoir des plantations ici, comparé à la métropole. Une de mes satisfactions est d’avoir créé une brigade canine antistupéfiants. Cela a demandé du temps, mais j’y suis parvenu. Cela était vraiment un outil indispensable pour être présent à l’arrivée des bateaux, devant les établissements scolaires, le soir lors des contrôles, ou lors des perquisitions pour essayer de limiter ce trafic.
 

Est-ce qu’une affaire vous a marqué durant ces quatre années ?
Cela a été celle des Pakumotu où nous étions allés interpeller le pseudo-roi et nous avons été accueillis par ses gardes du corps de façon assez surprenante avec des armes à feu. Heureusement, personne n’a été blessé, mais il y a quand même eu un moment de tension très forte et pour lequel, d’ailleurs, trois collègues ont été décorés de la médaille du courage et du dévouement pour leur maîtrise de la situation. Malgré les coups de feu, les policiers n’ont pas répliqué en tirant sur les personnes.
 

Mario Banner va vous succéder. Est-ce que cela ne va pas être compliqué d’exercer en un lieu où il a grandi ?
Déjà, je suis très content que ce soit lui. Mario est un ami. Cela fait deux ans que nous travaillons ensemble. Il a déjà exercé des fonctions similaires. Cela ne pose pas de difficultés. J’ai vécu cela dans mon poste précédent, je suis Dijonnais, j’y ai vécu 22 ans et y suis revenu 27 ans plus tard. Cela ne m’a jamais posé de problème. Si quelqu’un que j’ai connu dérape, il aura le sort qui est réservé à toutes personnes dans ce cas-là.
 

D’un point de vue plus personnel, qu’est-ce qui vous manquera de la Polynésie quand vous l’aurez quittée ?
Je ne sais pas ce que je vais trouver au Brésil, mais déjà, comme tout popa’a qui vient en Polynésie, je retiens l’accueil que j’ai reçu en arrivant. Les chants, les danses, c’était incroyable pour un directeur de la DSP. Après, comme je suis musicien, j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de Polynésiens à travers la musique, de jouer avec eux. C’est un vrai enrichissement, c’est un vecteur humain fort. J’espère retrouver dans mon poste suivant ce même type de relations chaleureuses, amicales et musicales.

Vous aimez également l’écriture, vous collaborez à l’écriture de séries policières et vous avez rédigé une suite des Tontons flingueurs. Est-ce que la Polynésie vous a inspiré ?
Je garde beaucoup de choses, ce qui fait que mes déménagements deviennent de plus en plus compliqués car je transporte beaucoup de papiers. J’écris occasionnellement ou je vais travailler avec un scénariste en donnant des idées. Quand on regarde, l’activité de police n’est pas très réjouissante car on ne voit que les mauvais côtés du fonctionnement d’une société.

Le matin, quand je fais l’analyse des 24 heures précédentes, je n’ai que des mauvaises nouvelles. Si on ne veut pas avoir une déformation professionnelle négative, il faut toujours avoir un certain recul par rapport à cela, l’analyser de façon technique et professionnelle, et puis un peu d’humour, car nous vivons des situations qui sont franchement drôles.

 

Propos recueillis par Florent Collet

Orianne Obrize
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