“Nous n’écartons pas de faire un recours contre cette ordonnance de renvoi”

    vendredi 17 mars 2017

    nicolas fourreau

    L’association 987 est prête à faire appel de l’ordonnance de renvoi, explique son président, Nicolas Fourreau. (© archives LDT)


    Le juge d’instruction chargé de l’enquête sur le crash d’Air Moorea, survenu le 9 août 2007, ayant provoqué la mort de 20 personnes, a rendu son ordonnance le 6 mars. Près de dix ans après les faits, six personnes sont donc renvoyées devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire. Deux personnes physiques, dont l’ancien directeur de l’Aviation civile, et une personne morale bénéficient d’un non-lieu.

    De quoi susciter la colère de l’association 987 et de son président Nicolas Fourreau. Aujourd’hui, à l’occasion de la présence du Garde des Sceaux, qui devait se poser hier soir sur le tarmac de l’aéroport de Tahiti-Faa’a, l’association 987 organise un rassemblement populaire, pacifiste et silencieux, de midi à 12 h 30, devant le palais de justice de Papeete, pour “demander une justice équitable, neutre et loyale”.

    L’instruction sur les raisons du crash d’Air Moorea vient d’être close, renvoyant six personnes devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire. Depuis longtemps, vous manifestez contre les lenteurs de la justice. Nous aurions pu penser que ce serait un soulagement pour vous de voir le procès se rapprocher. Pourtant, le sentiment qui domine est la colère.

    Nous sommes forcément extrêmement en colère. L’instruction a été menée à une vitesse que l’on peut déplorer, avec des erreurs de procédure de forme extrêmement importantes.

    Cela a conduit à la suppression de pièces majeures du dossier et, aujourd’hui, nous nous retrouvons avec un nouveau juge d’instruction qui fait une ordonnance de renvoi en supprimant purement et simplement les représentants des autorités de l’État, qui devraient répondre de leurs fautes dans ce dossier.

    Si nous reprenons les plus de 1 600 pièces du dossier, nous considérons que l’Aviation civile n’a pas fait son boulot de contrôle. Elle a autorisé des procédures de maintenance qui n’étaient pas réglementaires et que le constructeur de l’avion ne reconnaissait pas.

    L’Aviation civile n’est pas responsable de l’accident directement, mais on peut se demander si l’accident serait arrivé si elle avait fait son boulot.

    En l’occurrence, j’en doute. Que les personnes répondent aux questions devant un tribunal.

     

    En étant partie civile, vous êtes destinataire de l’ordonnance de renvoi. Avez-vous pu en prendre connaissance ?

    On peut s’étonner, une fois de plus, que les informations arrivent dans les médias avant les boîtes aux lettres des parties civiles.
    C’est le rôle des médias de trouver l’info, mais c’est le rôle du tribunal de préserver les familles qui ont souffert depuis tant d’années et de leur réserver la primeur des informations qui vont sortir. C’est scandaleux d’apprendre tout par voie de presse.

    Sur l’ordonnance, en elle-même, nous retenons qu’il y a des non-lieux sur les services de l’État, en l’occurrence l’Aviation civile.

    Le Groupement pour la sécurité de l’Aviation civile et l’Aviation civile sont des organismes de contrôle qui, s’ils sont blanchis, n’ont absolument plus aucun rôle. (…)

    Une expertise complémentaire a été annulée par une erreur de forme car elle n’avait pas été notifiée. C’est une défaillance du système que nous n’avons pas à supporter.

    Mais, en l’occurrence, s’il avait fallu le refaire, il fallait le refaire. Avant cette ordonnance, nous considérions que toutes les personnes n’étaient pas mises en examen. Aujourd’hui, il y en a encore moins. Évidemment, nous sommes scandalisés.

     

    Vous pouvez faire appel de cette ordonnance de renvoi. Envisagez-vous cette possibilité ?

    J’ai échangé avec les autres, je n’ai pas eu l’occasion de finaliser ce point avec nos avocats. Mais, effectivement, nous n’écartons pas de faire un recours contre cette ordonnance de renvoi, que l’on trouve peu adaptée aux circonstances de l’accident et à la procédure en cours.

     

    Quitte à retarder le procès ?

    Oui, car si c’est pour avoir un procès de pacotille, pour faire semblant, cela n’a aucun intérêt. Il faut du contenu, il faut des vraies accusations. S’ils risquent 30 000 F d’amende et de se faire taper sur les doigts, cela n’a aucun intérêt. Ce serait dix ans gaspillés.

    J’ai critiqué l’État. Mais, sans l’État, la carcasse de l’avion n’aurait pas été retrouvée et remontée. Le navire Île de Ré est venu aux frais de l’État. Nous n’aurions pas retrouvé le corps d’un des disparus. C’est grâce à eux.

    Mais tout cet argent dépensé pour rien : c’est non. Donc, s’il y a moyen de faire un recours, effectivement, nous ne nous en priverons pas.
    (…) Depuis le début, nous ne nous en cachons pas, nous sommes relativement choqués que les cadres dirigeants de l’entreprise ne soient pas mis en examen.

    Quand on préside une entreprise, on en assume toute la vie, ou alors on est déresponsabilisé et on est là uniquement pour percevoir des indemnités.

    En cela, c’est choquant, lorsque l’on sait qu’Air Tahiti et Air Moorea touchaient des subventions du Pays pour faire vivre des lignes. C’est de l’argent public.

     

    Le 21 février devait se tenir, au tribunal correctionnel, un procès à l’encontre d’Air Moorea pour défaut de maintenance sur les vols vers les Marquises en décembre 2007. L’association s’est d’ailleurs constituée partie civile. Avez-vous pu avoir accès aux informations de ce dossier ?

    Pas encore, mais je rappelle que c’est l’association qui a révélé cette affaire car ce n’était pas sorti, mais nous avons beaucoup de gens qui nous renseignent dans le milieu de l’aviation, donc nous l’avons dénoncé. Une enquête a suivi. Elle a été réalisée en catimini, le dossier est passé discrètement.

    Où peut-on trouver des excuses à une compagnie qui fait exactement la même erreur ? En l’occurrence, le câble de l’avion pour les Marquises, qui a rompu sur le vol d’Air Moorea qui s’est écrasé, n’était pas passé dans une roue d’entraînement. Il était à côté, et frottait généreusement sur l’axe de la poulie.

    Comment peut-on, après la mort de 20 personnes, oser refaire les mêmes erreurs ? C’est le même chef mécanicien qui a dit qu’il y avait un problème. Quand on est chef mécano, on doit interdire de voler mais on a la pression de sa direction.

    Si l’avion des Marquises s’était écrasé parce que le câble cassait à nouveau, ce n’était plus de l’homicide involontaire, on était quasiment dans le meurtre.

    Des centaines de voyageurs ont été mis en danger car l’avion a fait plusieurs vols. Dieu merci, un pilote a refusé de décoller. Cela lui a valu quelques soucis.

     

    L’instruction est terminée mais, comme l’a révélé TNTV, vous demandez qu’une personne soit ajoutée à l’instruction pour apporter un témoignage important dans l’affaire d’Air Moorea. Pouvez-vous nous en dire plus ?

    Effectivement, il y a des personnes qui souhaitent révéler des échanges suffisamment graves pour, soit faire partie du dossier, ou au moins qu’ils soient connus et sus de tous.

    Nous verrons quelle forme prendront ces témoignages, si c’est dans la presse ou au moment du procès, ou les deux. Je vais le découvrir comme tout le monde.

    Si la justice ne s’exerçait pas dans le palais, au moins il y aurait une réprobation de la population.
    Ce sera un jugement moral. Des gens devront supporter le regard des autres car ils savaient, n’ont rien fait et ont continué à faire.

    Propos recueillis par F. C.

     

     

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