Négociations climat : les politiques vont devoir entrer dans l’arène

    vendredi 12 juin 2015

    Après un nouveau round de discussions sans grande avancée à Bonn, les politiques vont devoir s’impliquer dès maintenant dans la négociation de l’accord sur le climat espéré à Paris pour faire avancer des débats englués dans des questions de forme, soulignent les experts.
    A six mois de la conférence de Paris et avec tout juste dix jours de pourparlers officiels encore prévus d’ici là, la négociation doit passer à la vitesse supérieure si la communauté internationale veut parvenir à s’accorder sur les moyens de contenir le réchauffement global sous le seuil charnière de +2°C.
    Enferrés dans une minutieuse relecture collective de chaque paragraphe, les délégués des 196 membres de la Convention de l’Onu sur le climat ont quitté Bonn jeudi avec un projet de texte à peine plus court que la confuse version fourre-tout issue de la dernière session de Genève.
    Mais avant de se séparer, ils ont tous renouvelé leur souhait d’aboutir à un accord, et décidé de confier aux deux présidents des débats le soin de leur proposer un texte rationalisé et aminci d’ici leurs retrouvailles fin août.
    Un pas important, veulent croire participants et observateurs, qui durant cette quinzaine ont exprimé une préoccupation croissante au fil des jours.
    « C’était une espèce de moment de crise pour avancer vers l’étape suivante », estime Teresa Ribeira, directrice de l’Institut du développement durable (Iddri), qui évoque « un grand pas » si les deux présidents « se débrouillent pour produire un texte équilibré ».
    Les deux hommes marchent sur des œufs : il leur faudra produire un document clarifiant les options mais n’en éliminant aucune, comme l’ont expressément demandé des pays soucieux de garder au processus son caractère collectif. L’enjeu est de taille si l’on veut rallier tout le monde, sans risque de contestations de dernière minute, dans ce processus basé sur le consensus.
    « La confiance est installée. (Mais) nous pouvons la perdre ! », a prévenu l’un des coprésidents, Ahmed Djoghlaf, qui, avec l’ensemble de la communauté climatique, a tiré les leçons de l’échec de la conférence de Copenhague en 2009.
    « Si vous voulez allez vite, partez seul. Mais si vous voulez allez loin, partez ensemble », dit-il. « Un texte contraignant, ratifié par des gouvernements, incluant 196 parties, qui nous permettra d’affronter un défi sans précédent… ça ne peut pas se faire en une nuit ! »
    Alors en parallèle du processus onusien, les États devront s’activer pour commencer à parler du fond, tenter de trouver des points de convergence. Plusieurs réunions leur en fourniront l’occasion, comme celle, informelle, qui doit réunir les 20 et 21 juillet à Paris une quarantaine de ministres.
    Plusieurs sujets sensibles seront abordés : quels objectifs de long terme ? quelles actions dès avant 2020, année d’entrée en vigueur de l’accord ? quels mécanismes pour rehausser régulièrement les mesures nationales de réduction des gaz à effet de serre, source du réchauffement, pour tenir les 2° ?
    Le débat doit avoir lieu « à tous les niveaux », pas juste l’Onu, souligne Elliot Diringer, du think tank américain Center for Climate and Energy Solutions (C2ES) : « Tous les types de discussions informelles jouent un rôle crucial. »
    « Il serait bien que les ministres se plongent dans les enjeux et s’engagent maintenant plus directement, puisque des décisions dépendront d’eux, ou des chefs d’État au final. »
    « Les compromis ne vont pas se faire au niveau des négociateurs », abonde Alden Meyer, de l’Union of Concerned Scientists. « Les négociateurs auront besoin d’instructions pour accélérer la cadence quand ils se retrouveront à Bonn fin août. »
    L’accord de Paris sera au menu du G20, des assemblées de la Banque mondiale et du FMI, de l’AG de l’Onu. L’encyclique du pape sur l’environnement, attendue le 18 juin, va encourager l’action des États contre le réchauffement, a estimé la responsable climat de l’Onu Christiana Figueres.
    Ces réunions « offrent l’occasion parfaite pour envoyer des signaux politiques de haut niveau », souligne Jan Kowalzig de l’ONG Oxfam, notamment sur l’épineuse question des promesses financières des pays riches aux pays en développement, non encore concrétisées.

    AFP

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