Habillage fond de site

NeoFood, quand les cuisiniers se mobilisent pour le mieux manger

lundi 24 avril 2017

gabriel Riki

Samedi dernier, Gabriel Levionnois (à droite), qui tient le restaurant Au P’tit Café à Nouméa, a improvisé des recettes vegan avec le chef Riki, pour le plus grand plaisir des papilles des visiteurs présents. (© Vaiana Hargous)


Le Village de l’alimentation et de l’innovation, qui a reçu la visite de 12 000 à 15 000 personnes pendant trois jours, a fermé ses portes, samedi dernier. Parmi les différentes initiatives présentées, celle de NeoFood, lancée en Nouvelle-Calédonie, il y a trois ans, par Gabriel Levionnois, un enfant du fenua, a retenu l’attention de La Dépêche. Il s’agit d’un réseau de chefs cuisiniers et de personnes qui ont envie de faire évoluer la culture culinaire dans le Pacifique Sud, notamment au moyen de “recettes bénéfiques”.

“Ma responsabilité de cuisinier, c’est d’apporter du bon ma’a dans les assiettes”, lance Gabriel Levionnois, venu de Nouvelle-Calédonie afin d’animer des ateliers de cuisine et présenter son mouvement NeoFood au Village de l’alimentation et de l’innovation.

“NeoFood, c’est un réseau de chefs cuisiniers et de personnes qui ont envie de faire évoluer la culture culinaire dans le Pacifique Sud, explique-t-il. Nous souhaitons y participer de façon active par la cuisine, et notamment au moyen de recettes bénéfiques, un concept que je défends et que j’ai mis en place.”

Les “recettes bénéfiques”, c’est un projet pilote qui vise à développer des solutions collaboratives et durables en s’appuyant sur les professionnels de l’alimentation et de la restauration (responsables de cantines, chefs de cuisine, entreprises agroalimentaires, etc.) au bénéfice : de l’être humain, en lui proposant des recettes gourmandes, bonnes pour la santé et respectueuses de son budget ; de l’économie locale, en favorisant des ingrédients issus des producteurs et transformateurs locaux ; et de l’environnement, en privilégiant les produits locaux de saison, responsables et biologiques dans la préparation des menus. Un projet qui a d’ailleurs obtenu en décembre dernier le label Stratégies territoriales pour l’innovation du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, décrochant au passage un financement européen.

 

Un mouvement qui grandit

 

Le projet en est encore à ses débuts sur le Caillou, mais à côté de ça, la communauté NeoFood “grandit au fur et à mesure qu’on avance dans le temps”, reprend Gabriel Levionnois.

“J’ai de plus en plus de chefs qui rejoignent l’association, même des chefs qui sont en Nouvelle-Zélande. Je fais partie d’une grosse association au niveau mondial qui s’appelle World Chef Association Society et on est en train de mettre des choses en place et de se regrouper, afin de connaître et mieux comprendre ce qui se fait, et ensuite de pouvoir aller dans nos restaurants, mais aussi dans la restauration collective, parce que j’ai des chefs qui sont issus des cantines, pour apporter à la jeune population de meilleurs repas. Concrètement, je suis chef cuisinier, c’est mon expertise de faire à manger, et je veux le mettre au profit du mieux manger.”

 

Rendre à la communauté

 

“NeoFood existe en tant qu’association depuis trois ans, mais la démarche est dans mon cœur depuis petit, confie-t-il. Je suis né en Polynésie. Ma grand-mère est de la famille Tehuiotoa, mais on est plus connu sous le nom de Prokop. Quand j’ai quitté Tahiti, je suis allé m’installer en Nouvelle-Calédonie avec mes parents, puis je suis allé faire des études en France. Mais quand on revient au pays, et notamment en Océanie, on a envie de redonner à la communauté ce qu’elle nous a apporté. Je suis métissé farani, tahitien et tchèque, mais le sang qui coule dans mes veines a un esprit très communauté. On ne peut pas faire les choses tout seul, ça n’a pas de sens. Tout comme faire à manger pour soi-même. Ça a plus de sens de faire à manger pour la communauté, d’autant plus que partager le ma’a, c’est un acte qui est fondateur dans la civilisation polynésienne.”

Son idée, en venant parler de son association au fenua, était de continuer à étendre le réseau, parce que “finalement, en Océanie, dans le Pacifique Sud, on est tous relié par le même océan”. “C’est une grande communauté. On a à peu près le même climat, les mêmes produits et les challenges que nous avons à relever en termes d’alimentation, je doute qu’on puisse les relever tout seul en Nouvelle-Calédonie ou tout seul en Polynésie. On doit se connecter, interconnecter les îles entre elles. Je vais avoir 43 ans, et je sens qu’à l’intérieur de moi, j’ai ce besoin, cette envie, cette énergie de rendre plus fort notre communauté par le ma’a.”

 

V.H.

 

Manihi Lefoc, organisatrice du Village de l’alimentation et de l’innovation : “Je pense qu’on a vraiment lancé quelque chose”

manihi lefoc

(© Vaiana Hargous)

Quel bilan faites-vous de cette première édition du Village ?

Le bilan est très positif. Je suis vraiment contente parce qu’on a eu trois à quatre fois plus de personnes que ce qu’on attendait. On espérait toucher 3 000 à 4 000 personnes, et selon les compteurs, nous avons eu entre 12 000 et 15 000 visiteurs sur les trois jours, dont 1 300 qui ont participé aux différentes expériences sensorielles. Les exposants sont ravis parce que pour certains, ils n’ont jamais vendu autant.

Je suis contente pour eux puisque l’idée était aussi de présenter leurs produits et leurs démarches. Les intervenants sont enchantés parce qu’ils ont pu échanger entre eux, et certains ont des projets qu’ils ont envie de lancer ensemble. C’était aussi l’objectif du village, ce partage et ces échanges entre professionnels et grand public pour essayer d’amorcer des projets, donner envie aux gens de faire quelque chose sur la thématique avec cette approche un peu plus innovante et cette envie de promouvoir des produits de meilleure qualité tout en respectant l’environnement.

Les visiteurs aussi étaient enchantés. Je ne compte pas le nombre de personnes qui sont venues me voir, même des personnes que je ne connaissais pas, pour me dire qu’ils étaient ravis de cette initiative et je suis touchée par toutes ces personnes. J’étais très fière aussi d’avoir pu réunir autant de chefs. Au concours culinaire de samedi, nous avions six chefs : les parrains et marraines du village, Heiarii et Bénédicte du Coco’s ; Maheata des Bons petits plats de Maheata ; Yves Dhieras, qui est professeur au lycée hôtelier ; le chef Nico qui passe sur Polynésie 1ère et Gabriel Levionnois, un chef de Nouméa. Tout le monde est content et je pense qu’on a vraiment lancé quelque chose. On me parle déjà d’autres projets et je suis contente parce que le village va continuer à vivre.

 

Peut-on avoir une idée de ces projets amorcés ?

J’ai eu des propositions pour organiser un village similaire ailleurs dans le Pacifique. J’ai aussi des enseignants qui m’ont demandé si je pouvais leur prêter les posters de la Communauté du Pacifique sur le taro, ce que j’avais d’ailleurs déjà envisagé, puisque le support sur lesquels ils sont imprimés permet de proposer des expositions itinérantes et temporaires dans les écoles ou dans les institutions ou organismes qui souhaiteraient les utiliser. Certains voulaient récupérer de la déco.

Je suis contente parce que le matériel, dont on s’est servi pour animer les ateliers sensoriels, intéresse des associations et des enseignants qui souhaiteraient l’utiliser pour continuer à faire des expériences sensorielles. Je vais voir comment on peut s’organiser pour que tout le monde puisse bénéficier de ça.

 

Quelle est la suite pour le Village, connaît-on déjà les dates de la prochaine édition ?

Tout le monde me pose la question. Est-ce que ce sera l’année prochaine ou dans deux ans ? Les avis sont partagés. J’ai des personnes qui m’ont aidée, des écoles, des professionnels, qui sont vraiment motivés pour que dès l’année prochaine, on relance le village. Ce qui est bien si on le fait tous les deux ans, c’est que ça nous laisse le temps de préparer quelque chose de sympa à chaque édition, d’avoir le temps de creuser, de partir à la rencontre d’autres acteurs, d’autres initiatives.

Et du coup de revenir à la prochaine édition avec tout plein de nouveaux projets et de belles initiatives. Et en même temps, je me dis que vu comment les gens ont apprécié l’événement, tous les ans, ça peut être bien aussi pour s’inscrire dans cette dynamique qui a été lancée… Donc à l’heure actuelle, je ne sais pas du tout, je verrai ça dans la semaine avec mon équipe.

 

neofood

 

 

99
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

La pose des silhouettes noires peut-elle avoir un impact sur les habitudes de circulation ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete